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 Retour à : Plan du site - MétéoPolitique- Démocratie - Honneur et Éthique des politiciens et fonctionnaires

Raymonde Saint-Germain renonce à 210 976 $ par décence et intégrité
Un exemple pour les politiciens et politiciennes ?

Raymonde Saint-Germain renonce à son indemnité de départ de 210 976 $ qu’elle a laissée sur la table en quittant son poste de protectrice du citoyen.   Elle demande maintenant un resserrement des règles pour tous les mandarins.

 
 
 
 

Elle renonce à un magot

 
 

«Quand j’ai téléphoné aux Emplois supérieurs pour leur dire, j’ai compris que c’était peut-être bien la première fois que ça arrivait», a lancé Mme Saint-Germain lors d’une entrevue avec les médias.

L’ex-ombudsman des Services gouvernementaux fait une croix sur un chèque de 210 976 $.   Comme tous les hauts fonctionnaires de l’État, elle avait droit à un montant calculé en fonction de ses années de service et son salaire annuel.   Elle a toutefois choisi de dire non, puisqu’elle savait qu’elle aurait rapidement un autre emploi, cette fois-ci au sénat canadien.

Elle a informé le secrétaire général du Conseil exécutif, Juan Roberto Iglesias, dans une lettre rédigée en novembre 2016.

«Pour moi, c’était facile, car je n’étais pas à l’aise de prendre l’argent.   Ça n’a même pas été une décision.   J’ai été nommée au sénat le 2 décembre 2016 et j’ai quitté en novembre 2016.  Je n’ai pas eu de transition.  Je ne trouvais pas ça justifié», a-t-elle souligné.

À l’aise

Mme Saint-Germain n’aura pas de difficulté à joindre les deux bouts avec son salaire de sénatrice de près de 145 000 $ et sa pension provinciale, à laquelle elle a contribué «pendant 42 ans», a-t-elle précisé.

Rappelons que selon la loi, elle a droit à 50 % de son salaire de 210 000 $ après 10 années de services comme protectrice.

 
 

Chapeau, Madame Raymonde Saint-Germain!
par Josée Legault, chroniqueuse

 
 
«

Pour moi, c’était facile, car je n’étais pas à l’aise de prendre l’argent
                                                               
- Raymonde Saint-Germain

»

«Facile», dit-elle?

Dans ce cas-ci, le mot n’est pas nécessairement le mieux choisi.

En fait, ce que Mme Saint-Germain fait en refusant sa prime de départ est de poser un geste éminemment «éthique».

Qu'en surcroît, il lui ait été «facile» à poser en dit long sur la droiture personnelle de Mme Saint-Germain et du respect qu'elle démontre envers l'argent des citoyens.

Or, chez les plus hauts placés dans les officines publiques et parapubliques, ce geste est aussi rare qu’une tempête de neige en juillet.

Rarissimes sont pourtant ceux ou celles qui, parmi ces mêmes hauts placés, ne passent pas la majeure partie de leur vie professionnelle à voguer de poste bien rémunéré en poste bien rémunéré – que ce soit au public ou au privé.

Alors, pourquoi prendre une généreuse prime de départ payée à même les fonds publics au moment même où un autre poste vous attend rapidement ou d’ici quelques semaines?

Essentiellement, parce que ces mêmes primes sont négociées dès le départ par le Secrétariat aux Emplois supérieurs.   Soit avant même la signature du contrat d’embauche.   De fait, ces primes font partie des nombreux «avantages» pécuniaires venant avec les emplois dits supérieurs.

Pour savoir précisément ce que fait le Secrétariat aux emplois supérieurs (SEP), c’est ici. Fait à noter : le SEP est également une des composantes du Ministère du Conseil exécutif, lequel «relève directement du premier ministre».

Notons aussi que pour les nominations dites partisanes – ce qui n’est pas le cas pour le Protecteur du citoyen dont la nomination doit être entérinée par les deux tiers des membres de l’Assemblée nationale -, ces fameuses primes de départ servent également d’«assurance» informelle contre tout changement de régime en cours de contrat.  Question d'assurer une pont de transition à un ami du Parti libéral du Québec s'il perd son poste quand le PQ prend le pouvoir... ou vice-versa.

Ce qui détonne surtout dans le geste posé par Mme Saint-Germain est l’extrême «normalité» qu’elle y voit. Et ce, avec raison.  Protectrice du citoyen pour deux mandats, nul doute que Mme Saint-Germain a vu son propre quota de situations troubles d’abus de fonds publics.  Ou encore, à l’opposé, de drames humains provoqués par le manque de fonds publics ou de services adéquats lorsque vient le temps de prendre soin des plus vulnérables d’entre nous.

Son sens de l’éthique l’honore

Dans son dernier rapport, Mme Saint-Germain a déploré les coupes du gouvernement Couillard «moins éprouvantes pour la bureaucratie que pour les personnes vulnérables».

Elle juge aujourd’hui que le «fondement de ce décret d’embauche» devrait être revu: l’allocation de transition devrait être versée mensuellement et devrait se tarir lorsque la personne se trouve un emploi.

Elle fait toutefois une distinction pour les députés, qui «vivent beaucoup d’insécurité».»   La suggestion de Mme Saint-Germain est tout à fait sensée, juste, éthique et responsable.

Mais croyez-vous vraiment que cela se fera un jour? Pour ma part, vous me permettrez d’en douter...
 

 

La tendance se développe même chez les politiciens et politiciennes
(Liste non exhaustive des députés.es ayant renoncé volontairement à l'indemnité de départ )

 
 

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Françoise David, députée provinciale de la circonscription de Gouin et co-chef de Québec Solidaire - 18 janvier 2017

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Pierre-Karl Péladeau, député provincial de la circonscription de Saint-Jérôme et ex-chef du Parti Québécois - 2 mai 2016. Note:  bien sûr ce n'est pas un gros sacrifice pour quelqu'un qui est propriétaire d'une entreprise qui lui rapporte personnellement 8 millions$ annuellement

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Bernard Drainville, député provincial de la circonscription de Marie-Victorin et ex-ministre du Parti Québécois - 14 juin 2016

114 000 $

Gérard Deltell, député provincial de la circonscription de Chauveau et membre de la Coalition Avenir Québec- le 7 avril 2015

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Élaine Zakaïb, députée provinciale de la circonscription de Richelieu et ex-ministre du Parti Québécois  - 29 septembre 2014

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Christian Dubé, député provincial de la circonscription de Lévis et porte parole de la Coalition Avenir Québec à propos des finances - 15 août 2014

181 000 $

Pauline Marois, députée provinciale de la circonscription de Charlevoix et chef du Parti Québécois - 9 avril 2014 - Beau geste pour une  milliardaire ex-propriétaire d'un château Moulinsart à la Tintin

 
 

Allocation de transition:
Québec étudiera la demande de l'ancienne protectrice du citoyen

 
 

«Je vais certainement donner suite à la déclaration de Mme Saint-Germain et à l’étonnement du Bureau des emplois supérieurs, demander à ce que le dossier arrive sur mon bureau pour qu’on examine les enjeux», a lancé le président du Conseil du trésor Pierre Moreau, mercredi le 25 janvier 2017, à l’entrée du conseil des ministres.

M. Moreau estime que «ces primes-là sont arrivées dans le décor» pour attirer des gens de qualité «à des postes ou des fonctions qui exposent au public la vie des gens».  Il promet toutefois de réfléchir à la question.

Pour le politologue Thierry Giasson, le geste de renoncer à une prime de 200 000 $ démontre «de l’éthique, de la morale personnelle et l’expression d’un jugement très éclairé» de la part de l’ex-ombudsman.

«Le jugement éthique de chacun lui appartient, mais je présume qu’un certain nombre de personnes ne se posent pas cette question, on peut penser au ministre Yves Bolduc, qui est parti en s’en mettant plein les poches», a-t-il souligné. Il estime que dans le climat actuel de cynisme de gaspillage de fonds publics, l’appel de Mme Saint-Germain aux politiciens devrait être entendu.

M. Giasson croit toutefois qu’il ne faut pas faire de généralisation sur les mandarins qui choisissent de prendre l’allocation de transition même s’ils ont déjà un emploi ailleurs.   «Le jugement appartient à la personne qui doit statuer sur cette décision.   Parfois c’est lié à une réflexion plus large, ils se disent qu’ils ont servi l’État durant leur carrière et qu’ils y ont droit», a-t-il souligné. 

Qui est Raymonde Saint-Germain ?

Après deux mandats consécutifs de cinq ans, Raymonde Saint-Germain a quitté le Protecteur du citoyen le 14 novembre 2016.

Recommandée par Justin Trudeau, elle occupe désormais les fonctions de sénatrice à Ottawa.

Elle travaillait auparavant comme sous-ministre aux Services gouvernementaux.

 

La pointe de l'iceberg: des indemnités de départ qui ont fait les manchettes et il y en a d'autres....
(Liste non exhaustive des députés.es n'ayant pas renoncé volontairement à l'indemnité de départ
)

654 000 $ 

à Charles Lapointe, président de Tourisme Montréal, lorsqu’il a pris sa retraite en 2013. Pas de remboursement malgré le scandale.

378 000 $

à Henri-Paul Rousseau, l’ex-PDG de la Caisse de dépôt et placement, lorsqu’il quitte en 2008 de son plein gré l’institution pour aller travailler chez Power Corporation.

565 503 $

à Thierry Vandal lorsqu’il a quitté Hydro-Québec en 2014.

650 000 $

à Michael Goldbloom, recteur de l’Université Bishop’s, qui compte 2825 étudiants. Après un reportage du Journal, il n’en a conservé que la moitié, soit près de 325 000 $

 

Mme Raymonde Saint-Germain

Source: Journal de Montréal et Journal de Québec pour Québecor Inc.

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 28 janvier 2017

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