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Avec ou sans compromis, avec ou sans contradictions
Porte d'entrée dans le monde intellectuel de Yánis Varoufákis: l'homme intègre

En quelques mois, l'ex-ministre des Finances grec, qui a tenu tête aux dirigeants de la zone euro, est entré dans l'histoire.  On entendait déjà beaucoup parler de Yánis Varoufákis lorsqu'il était ministre des Finances de la Grèce.  Mais depuis qu'il a démissionné de son poste, le 6 juillet 2015, il ne se passe pas trois jours sans qu'il ne se livre à la presse européenne, et qu'on ne lise une nouvelle révélation sur les cinq longs mois de négociation entre le gouvernement d'Aléxis Tsípras et ses homologues de la zone euro, ou sur le parcours de cet enseignant en économie super star qui s'est retrouvé au cœur des tourments du Vieux continent.  Cet économiste hétérodoxe par sa persistance à l'innovation, par son refus de la langue de bois, par sa vision large de l'économie, sa capacité d'introspection personnelle et ses connaissances de la finance mises aux service de la population grecque, mérite d'être un héros de JosPublic.

 

 
 

L' universitaire

 
 

Docteur en économie de l'Université d'Essex, au Royaume-Uni, Yánis Varoufákis s'est spécialisé dans la théorie des jeux, autrement dit dans l'art de la négociation !

Économiste dégouté par la politique de Margareth Thatcher, il enseigne en Angleterre, en Australie, en Grèce, avant de quitter à cause de coupes budgétaires à l'Université d'Athènes pour l'Université d'Austin, au Texas, où il collabore avec l'économiste James Galbraith.

De 2004 à 2006, il conseille Giórgos Papandréou, alors président du Pasok, le parti socialiste grec, qui devient ensuite Premier ministre. Et en 2010, il met en garde contre un possible défaut de son pays. Débute alors sa carrière politique.

 
 

La Superstar

 
 

Déjà à Austin, il était noté meilleur professeur par les étudiants de la Lyndon B. Johnson School of Public AffairsEt en janvier 2015, dans la région d'Athènes, il est élu député sous la bannière de Syriza, dont il n'est pas membre, avec 135 000 voix, soit le meilleur score de l'Assemblée : 40 000 voix d'avance sur le deuxième meilleur élu. 

Sur Twitter, dont il est devenu la coqueluche, ( 01 ) il compte aujourd'hui plus de 616 000 abonnés.

Sur son blog, il analyse "le monde post-2008", mais évoque aussi le retour en Australie de son ex-femme et de leur fille Xénia, ou son idylle avec la sculptrice Danae Stratou, avec qui il parcourt le monde en suivant ses installations aux dimensions hors normes.
( 02 )

 
 

L'économiste "Rock"

 
 

Ministre, il portait un sac-à-dos rouge, une chemise blanche col ouvert - sans cravate - et des bottes de moto. Son style et son sang-froid lui valent d'être comparé à Bruce Willis.  Mais son franc-parler agace profondément ses homologues de l'Eurogroupe, habitués à la discrétion des représentants des petits pays. 

Alors qu'il est ministre, il se fait chahuter à une terrasse de restaurant du quartier Exárcheia, bastion rouge d'Athènes, par des anarchistes qui lui demandent de quitter le secteur.  "Ils m'ont visé pendant quelques secondes sans m'atteindre, relate-t-il.  J'ai entamé un dialogue avec eux, disant que je voulais entendre ce qu'ils avaient à dire, au risque d'être touché. Après quinze minutes de discussion tendue mais non violente, les esprits se sont calmés."

 
 

L'Anti-Austérité

 
 

En 2011, il publie "Le minotaure planétaire", ( 03 ) critique de la financiarisation qui a provoqué la récession. Varoufákis estime que depuis 2008, seules les banques ont été aidées.

"Les journaux titrent toujours : 'Une nouvelle aide financière pour les Grecs'", note-t-il, "alors qu'ils devraient dire 'Les banques reçoivent de nouveau l'argent des contribuables'" (…) ce n'est rien d'autre qu'une aide pour BNP, Société générale et Deutsche bank."

«

La négociation entre le gouvernement Tsipras et l'Eurogroupe ?  C'était une guerre.  Une guerre financière.  Aujourd'hui, pas besoin de tanks pour vaincre un pays.
Il y a les banques

»

 
 

Le Radical

 
 

La Troïka ? "Nous ne reconnaissons pas cet organe que le Parlement européen lui-même qualifie de ridicule". Si un accord sur la dette n'est pas trouvé, "mieux vaut la mort", répète Varoufákis.

Entre 2009 et 2011, il suggère à Papandréou, dont il conseille le gouvernement, de reconnaître la faillite de la Grèce, avant de démissionner, à défaut d'être entendu. Et lorsqu'Aléxis Tsípras, malgré une forte opposition au référendum, accepte le plan d'austérité européen, le ministre des Finances, fidèle à ses convictions, préfère claquer la porte. ( 04 ) Depuis, il revient sur les événements sans langue de bois.

 
 

Le Prévoyant

 
 

Il y avait bien un plan B à Athènes en cas de Grexit. A la demande d'Aléxis Tsípras, Varoufákis crée début janvier 2015 un cabinet secret - composé notamment de James Galbraith ( 05 ) - chargé de préparer le pays à un changement soudain de monnaie, au cas où la Grèce y serait contrainte. 

Cela suppose notamment de récupérer toutes les données fiscales des grecs à l'insu de la Troïka.  Et donc de pirater le système informatique de son propre ministère! En cas d'effondrement des banques, il serait venu avec un ordinateur à la direction des Finances publiques, pour activer le nouveau système bancaire. C'est ce plan qui lui vaut aujourd'hui d'être accusé de trahison par certains opposants. Mais il a reçu le soutien du Premier ministre.  ( 06 )

  Ridicules accusations de haute trahison

Athènes avait prévu une enquête anticorruption contre des sociétés allemandes

Le plan de défense du gouvernement grec, en cas de sortie du pays de la zone euro, comprenait des mesures de nationalisation ainsi que l'ouverture d'une enquête anticorruption agressive ciblant des entreprises allemandes actives dans le pays, comme Siemens ( 08 ) et Lidl.

Après le plan B de Varoufákis pour sortir de l'Euro, un journal grec dévoile que le gouvernement grec prévoyait d'enquêter sur des firmes allemandes. Ce plan d'urgence, au cas où le pays aurait été contraint de rompre avec ses créanciers, comprenait des mesures de nationalisation ainsi qu'une enquête anticorruption agressive ciblant des entreprises allemandes, a affirmé le quotidien Efimerida Ton Syntakton.  Ce plan était conçu pour "accroître le coût de la rupture" pour les créanciers de la Grèce. "Dans le langage du basketball, le gouvernement comptait appliquer une 'pression défensive'", a expliqué le quotidien. 

Athènes prévoyait de s'atteler à la lutte contre la corruption, ciblant plusieurs sociétés allemandes actives en Grèce, comme Siemens, Lidl, Allianz, MAN et Hochtief. 

Le plan incluait également la nationalisation de la société OPAP, détenant le monopole des jeux et privatisée en 2013, en plus des recettes de péage provenant des autoroutes et du plus grand pont du pays, a indiqué le journal citant des sources gouvernementales.

"Plan de défense"

Le Premier ministre Alexis Tsipras a déclaré au Parlement qu'il avait demandé à son ex-ministre des Finances, Yánis Varoufákis, de préparer un "plan de défense" au cas où la Grèce aurait été contrainte de quitter la zone euro sous la pression de ses créanciers les plus intransigeants, parmi lesquels l'Allemagne. 

"Le gouvernement n'avait pas de plan de 'Grexit' mais j'avais ordonné un plan d'urgence au ministère des Finances" pour faire face aux menaces de certains cercles européens qui souhaitaient fin juin 2015, lors de l'interruption des négociations entre Athènes et ses créanciers, la sortie de la Grèce de la zone euro, a affirmé le chef du gouvernement grec. 

Dans un entretien au magazine britannique New Statesman, réalisé juste avant le compromis en vue d'une nouvelle aide à l'économie grecque, il révèle n'avoir pas réussi à imposer ses vues sur la riposte à apporter à l'obligation pour le gouvernement de fermer les banques grecques le 29 juin 2015, à cause d'un début de panique bancaire.

Il dit qu'il avait prévu que la Banque Centrale Européenne BCE, en jouant sur ses prêts d'urgence aux banques grecques, parviendrait à les faire fermer «pour nous amener à un accord humiliant».

Yánis Varoufákis ex-ministre des finances et Aléxis Tsípras premier ministre de la Grèce

M. Varoufákis avait alors songé à mettre en oeuvre «un triptyque» d'actions «agressives mais sans atteindre le point de non-retour»: «émettre des IOUs» (phonétiquement «I owe you», «je vous dois», des reconnaissances de dettes en euros) «ou au moins annoncer que nous allions émettre nos propres liquidités en euros»; «appliquer une décote sur les obligations grecques» détenues par la BCE depuis 2012, pour réduire d'autant la dette, «ou annoncer que nous allions le faire», et «prendre le contrôle de la Banque de Grèce».

Cela laissait, selon lui, entrevoir une possible sortie de la Grèce de l'euro pour faire peur aux créanciers.

Mais lors d'une réunion de cabinet, il a été mis en minorité par quatre voix à deux. Il a procédé ensuite, parce qu'il a «l'esprit d'équipe», à la fermeture ordonnée des banques, avec laquelle il n'était pas d'accord.

Et le soir du référendum, il regrette qu'à nouveau, «le gouvernement ait décidé que ce 'non' retentissant n'était pas une raison pour déclencher cette approche énergique». Le lendemain, il était parti.

Interrogé sur le point de savoir s'il avait préparé un Grexit, une sortie de la Grèce de la zone euro, M. Varoufákis déclare: «La réponse est oui et non». Il mentionne «un conseil de guerre» de quelques collaborateurs, avec lequel il avait «couché sur le papier tout ce qu'il fallait faire pour ou en cas de Grexit».

«Mais pour préparer le pays entier à une chose pareille, il faut une décision politique, qui n'a jamais été prise», remarque-t-il, assurant avoir pour sa part toujours «fait bien attention de ne pas déclencher» un Grexit par inadvertance.

M. Varoufákis décrit ainsi le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble: selon lui, le groupe des ministres des Finances de la zone euro est «complètement, totalement» dominé par lui. «C'est comme un orchestre extrêmement bien dirigé, dont il serait le chef», raconte M. Varoufakis.

Selon lui, «il n'y a que le ministre des Finances français (Michel Sapin, ndlr) qui émettait une tonalité différente de la ligne allemande, et c'était très subtil».

M. Varoufákis, universitaire de carrière, s'en prend à l'absence de débat de fond au sein des instances européennes: «Il y avait un refus pur et simple d'engager des débats économiques».

Et d'assurer que lorsqu'il exposait un argument économique à ses homologues européens, il était confronté à «des regards vides». «J'aurais pu tout aussi bien chanter l'hymne national suédois, j'aurais obtenu la même réponse», assène-t-il.

 
 

L'Allemand!

 
 

Malgré sa vive opposition à la politique de Berlin, Varoufákis ne souhaite pas être taxé d'anti-germanisme primaire. Il ne manque pas une occasion de complimenter le plus dur des Allemands, le ministre des Finances Wolfgang Schaüble, ( 07 ) dont il salue la "consistance intellectuelle" et "l'engagement européen résolument fédéraliste".


Le Grec n'est d'ailleurs pas totalement étranger à la culture allemande, comme il le note au magazine "Stern" (lien en anglais) : "Ma mère parlait assez bien l'Allemand, relate-t-il, et quand j'avais trois ans, j'ai commencé à l'apprendre aussi. A partir de six ans, durant les sept années de dictature militaire, je me cachais sous les couvertures avec mes parents à 20h ou 21h et on écoutait secrètement les programmes de la radio allemande internationale. C'était notre lien avec la liberté. C'est comme cela que j'ai découvert Willy Brandt. Durant les mornes années de junte, nous passions toutes nos vacances d'été dans le sud de l'Allemagne ou en Autriche – échappant brièvement à la dictature."

 
 

Le Politisé

 
 

Son engagement politique, Varoufákis l'explique par son histoire familiale. D'abord son père, riche industriel ayant fait fortune en Égypte : "Mon père a passé quatre ans dans un camp de prisonnier pendant la guerre civile parce qu'il refusait de dénoncer les Communistes. Il était libéral, éduqué dans l'esprit de la Révolution française. Rousseau, Voltaire, c'était ses dieux. La liberté de pensée, voilà ce qui comptait pour lui. Mon père, la personne la plus sympathique du monde, torturé brutalement encore et encore. Un de mes oncles, à qui j'ai souvent rendu visite, a été emprisonné et condamné à mort sous la junte militaire."

L'engagement de Varoufákis vient aussi de l'histoire de sa mère : "Ma mère avait autrefois de la haine pour les gens de gauche. Elle était alors membre d'une organisation terroriste d'extrême droite. Une de ses missions, c'était d'espionner mon père, qui était le meneur des étudiants d'Athènes. C'est comme ça qu'ils se sont connus."

 
 

Le Pro Européen

 
 

C'est toujours plus compliqué de ne pas avoir une position simpliste. Surtout face à l'Eurogroupe. Varoufákis est contre la politique européenne d'austérité, et il le dit à l'Eurogroupe et, puisqu'il n'est pas entendu, dans les médias.  Cela ne signifie pas qu'il est contre l'Europe, bien au contraire. 

 

Il a développé un plan B à l'euro, mais il ne veut pas que la Grèce sorte de la monnaie unique.  Il est pour des plans d'aide aux populations défavorisées, mais il n'est pas opposé à toutes réformes de l'économie grecque.  Pour autant, il estime faire l'objet d'une campagne de dénigrement orchestrée par ses opposants.  "C'est insidieux de mettre Syriza au même niveau que le communisme. C'est ce que font nos ennemis pour nous discréditer."

 
 

L'Analyste

 
 

Au sujet de la France, Varoufákis estime qu'elle fait partie du petit groupe de pays de la zone euro qui ne prône ni n'applique l'austérité. Mais qui, afin d'éviter de s'attirer les foudres du gouvernement Allemand, ne va pas jusqu'à défendre les pays qui la subissent.


Cela pourrait lui coûter cher, estime le Grec, car le gouvernement allemand n'a pas renoncé au Grexit et compte s'en servir comme arme de dissuasion pour forcer la France à accepter un transfert de souveraineté budgétaire vers l'Union européenne à Bruxelles.

 

Sources: L'OBS pour Claude Perdriel: L'Express pour pour Serge Dassault: Marianne pour Yves de Chaisemartin et Maurice Szafran

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 11 août 2015

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 
 
 
 
 
 

Varoufákis, roi de la pop-culture des internets: En moins de 6 mois, le désormais ex-ministre de l'Économie grec, charismatique, est devenu une star sur le web, son image faisant l'objet de nombreux détournements. - Sur L'OBS, le 7 juillet 2015

 
 
 
 
 
 

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02

 

La sculptrice Danae Stratou et ses installations aux dimensions hors normes - Sur Wikipédia

 

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03

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

En 2011 Varoufakis publie : Le Minotaure Planétaire:  L’ogre américain, la désunion européenne et le chaos mondial.

"The Global Minotaur"

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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04

 
 
 
 

Et lorsqu'Alexis Tsipras, malgré une forte opposition au référendum, accepte le plan d'austérité européen: Tsipras parle aux Grecs : "J'assume un texte auquel je ne crois pas" - Sur l'OBS, le 15 juillet 2015. Le ministre des Finances, fidèle à ses convictions, préfère claquer la porte - Sur l'OBS, le 6 juillet 2015 - Le pourquoi de la démission de l'ex-ministre des Finances - Sur MétéoPolitique via l'Express, le 14 juillet 2015

 
 
 
 

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05

 
 
 
 
 
 
 
 

"L'Europe ne peut et ne devrait pas tenir très longtemps". Une Union européenne bloquée, réactionnaire et mesquine s’est étalée sous nos yeux à l’occasion de la crise grecque. Son effondrement est désormais envisageable. Par James K. Galbraith. - Sur l'OBS, le 1er août 2015

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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06

 
 

Varoufákis a dû pirater le système informatique de son propre ministère! - Sur l'OBS, le 27 juillet 2015 - Pour plus de détail sur ce dossier: Ridicules accusations de haute trahison

 
 

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07

 
 
 
 
 
 
 

Wolfgang Schäuble, l'homme de fer qui voulait chasser la Grèce. Jusqu’au bout, l’inflexible ministre des Finances allemand a prôné le "Grexit". Au risque, pour cet Européen convaincu, de fragiliser l’union monétaire. Portrait d’un très austère "père la rigueur". - Sur L’OBS 16 juillet 2015

 
 
 
 
 
 
 

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08

 
 
 
 

Grèce: Faillite ou corruption? Surprises! - Sur Politique/Actu

 
 
 
 
 
 
 

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