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Yacouba Sawadogo
l'Africain qui plantait des arbres

Yacouba Sawadogo est un paysan originaire de la région semi-désertique de Yatenga, au Burkina Faso.   Les paysans de cette région sont habitués à cultiver un sol aride depuis 1980.   Toutefois, la plupart finissent par partir n’y voyant pas un avenir heureux.   Quant à lui, il a décidé de rester et de faire face à la sécheresse afin de redonner espoir aux siens.   Considéré aujourd’hui comme un véritable héros, ce vieux paysan partage avec le monde entier son savoir-faire.    Découvrez l’histoire de cet homme qui a eu raison du désert.

Héros & Héroïnes

 
 
 
 

Défi écologique pour sauver les siens

 
 

Avant de devenir un héros incontesté dans la région de Yatenga, Yacouba Sawadogo travaille en tant que commerçant en pièces détachées.   Grâce à ce métier, il gagne bien sa vie et peut subvenir aux besoins des siens.   Par amour pour sa patrie, il décide de laisser son travail afin de venir en aide aux paysans de sa région qui ne savent plus quoi faire pour exploiter un sol devenu encore plus aride à cause de la sécheresse.

Remarquant l’inefficacité des méthodes de culture ancestrales, il décide d’essayer une autre technique culturale : le zaï.

Le zaï consiste à créer des trous dans le sol pour mieux retenir l’eau de pluie.   Les trous sont par la suite remplis de fumier et de compost, des éléments qui emmagasinent mieux l’eau.   Cette technique permet au sol, au lieu d’absorber tout simplement l’eau de pluie, de la retenir au moins pendant 15 jours.   Grâce à la présence de compost et de fumier, les termites viennent dans les trous, s’y reproduisent et creusent de petites galeries souterraines. 

La structure du sol est ainsi améliorée, le rendant plus fertile.

En mettant au point cette technique, Yacouba Sawadogo a réussi à augmenter de façon significative son rendement.   Il affirme même que sa production agricole en une année lui permet de faire vivre sa famille pendant au moins trois ans.   Il réussit également à créer une petite forêt s’étalant sur quatre hectares, un exploit qui lui permet d’arrêter la désertification.   Malheureusement, par pure jalousie, des habitants du village ont mis le feu à l’ensemble de sa forêt et de sa culture.

 

 
 

Partage d’expérience

 
 

Refusant de s’avouer vaincu, Yacouba Sawadogo décide de reprendre son projet à zéro après l’incendie de sa petite forêt et sème entre 1 000 et 2 000 plants par an.  

Cette fois, il parvient à créer une véritable forêt de plusieurs centaines d’hectares, une réalisation qui redonne espoir aux habitants.  

Des animaux de différentes espèces s’y sont installés et différentes variétés de plantes y ont également pris vie.

Constatant l’efficacité de sa technique, les autres paysans ont pris conseil auprès de lui et adoptent le zaï. Grâce à ce miracle écologique, il reçoit deux distinctions des services de l’Environnement et de l’Agriculture. La FAO a même été fascinée par sa technique culturale qu’ellel juge particulièrement intéressante pour les paysans qui vivent dans des régions désertiques.  

Ainsi, le fermier a été invité à plusieurs conférences sur l’agriculture notamment aux États-Unis afin de partager sa technique miraculeuse.   De nombreux agriculteurs africains n’hésitent pas à traverser des kilomètres rien que pour découvrir le secret de Yacouba Sawadogo.

Réintroduite en 1974, la méthode a très vite donné des résultats probants.   Dès les premières pluies, les rendements se sont multipliés par quatre.   Encouragé par ce succès, Yacouba Sawadogo a, aidé de Ali Ouédraogo, un autre cultivateur, amélioré la technique en plantant des arbres; ce qui a amélioré la rétention de l’eau dans le sol.   « Les gens pensaient que j’étais fou quand j’avais commencé à planter ces arbres. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’ils se rendent compte de l’avantage de la forêt », raconte-t-il.

L’homme doit sa réussite au zaï, une technique culturale traditionnelle originaire d’Afrique de l’Ouest (Mali, Niger, Burkina Faso) et aujourd’hui principalement pratiquée par la population du Nord du Burkina Faso.

Le zaï permet de faire des petits trous dans la terre desséchée.  

L’idée de Yacouba Sawadogo est de faire des trous plus grands, et de les garnir de fumier et de compost qui retiennent mieux l’eau, bien que cette idée allait contre l’avis de la coutume qui interdisait de pratiquer le zaï avant la saison sèche..

Mais Yacouba ne s’arrête pas là. 

Il a également fait construire des murets de cailloux qui ralentissent le ruissellement, gardant ainsi plus d’eau dans la terre.  

Il a aussi pris l’initiative de replanter des arbres afin de créer un écosystème autosuffisant.  

Pourtant, à ses débuts, personne ne comprenait pourquoi il ne pratiquait pas les méthodes traditionnelles.

Mais à force de combat et de persévérance, les habitants et paysans ont vu que ses techniques prospéraient bien plus rapidement, et ont alors laissé de côté leur haine pour saluer le travail de Yacouba.

Depuis, l’homme sillonne tout le pays pour initier les agriculteurs à cette méthode.   « J’aimerais que les gens aient le courage de se développer à partir de leurs racines.», confie-t-il.

Le Zaï a permis aux agriculteurs burkinabés de hausser leurs revenus, freiner l’exode rural et renforcer le processus d’autosuffisance alimentaire du pays.   On compte plus de 3 millions d’hectares reboisés depuis la réintroduction de cette technique séculaire.   8 pays du Sahel font désormais appel à l’expertise de Yacouba Sawadogo pour lutter contre la désertification.

 

 
 

Qu'est-ce que le progrès ?

 
 

Aujourd’hui, ce héros fait face à un nouveau problème cette fois-ci d’origine humaine.   En effet, un projet immobilier est en phase de négociation et sa forêt est menacée de destruction.   Les autorités semblent plus intéressées par les gains qui découleraient de ce projet que par les enjeux écologiques de la forêt de Yacouba Sawadogo.

Voilà la preuve qu'on peut arrêter le désert mais pas la cupidité des humains qui nomment progrès les gestes qu'ils posent pour s'enrichir personnellement.

 
 

Bande annonce 5 minutes
Yacouba Sawadogo, l’homme qui a arrêté le désert.

 

Le film documentaire 50 minutes
L'homme qui arrêta le désert 50 min 36

 

Sources: Courant positif; Rue 89 nouvel Obs pour Claude Perdriel.

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 2 juin 2015

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