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Mme Sylvie Therrien
Une femme perd son emploi pour que la vérité soit connue

Une employée de Service Canada a été congédiée, après avoir divulgué de manière anonyme des informations confidentielles montrant que les enquêteurs de l'assurance-emploi avaient des quotas de prestations à récupérer. ( 01 ) Il existe une loi pour protéger les alerteurs et alerteures, mais elle ne couvre pas ce genre de situation. Y aura-t-il un parti politique qui sera prêt à vraiment permettre la dénonciation lorsque le gouvernement ment?

Et qu'en est-il du journal Le Devoir, a-t-il bien expliqué les façons de faire à Mme Therrien? Pourquoi avoir accepté des courriels provenant de son lieu de travail ? Pour le journaliste, ce n'était pas une bonne façon de protéger sa source. Les employés.es qui alertent en sont toujours à leur première expérience tandis qu'un journaliste fait son beurre de l'information cachée. Pitoyable gouvernement, journaliste imprudent et une héroïne qui paie un lourd tribut pour avoir suivi la voix de sa conscience. Son geste nous questionne: si nous n'avions pas été prêt à en faire autant, alors comment exiger et mériter de vivre dans une société probe ? 


Commentaire de
JosPublic

 

Sylvie Therrien a expliqué que les enquêteurs avaient reçu des instructions leur demandant de récupérer environ 500 000 $ par an de prestations d'assurance-emploi touchées de manière frauduleuse. Estimant que l'imposition de tels quotas allait à l'encontre de ses valeurs, elle avait décidé de divulguer ces informations de manière anonyme aux médias, au printemps.

« C'était contre mes valeurs, de harceler les prestataires [...] d'essayer de les pénaliser afin de faire économiser de l'argent au gouvernement. Nous avons des quotas à respecter tous les mois », explique-t-elle, en entrevue à CBC.

Les documents divulgués à l'époque indiquaient que les enquêteurs affectés au service d'intégrité de Service Canada devaient récupérer chacun 485 000 $ de prestations versées en trop tous les ans.

Le gouvernement conservateur avait nié vigoureusement l'existence de tels quotas, ( 02 ) mais il avait été talonné à plusieurs reprises lors de la période des questions à la Chambre des communes, en février 2013.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, avait accusé le gouvernement de faire passer les prestataires de l'assurance-emploi pour des « tricheurs et des criminels ».

Après le dévoilement des documents, les enquêteurs de Service Canada avaient été eux-mêmes interrogés, afin de trouver l'origine de la fuite.

Le président national du Syndicat des employés de l'immigration et de l'emploi du Canada qualifie la situation de « chasse aux sorcières ». « Ils essayaient de trouver qui a dit aux médias qu'il y avait des quotas à atteindre », dit Don Rogers.

L'employée a divulgué les documents par principe.

Mme Therrien a été questionnée par les enquêteurs au mois de mai 2013. Elle a admis qu'elle était à l'origine de la fuite, et a été suspendue sans solde, par la suite.

« Je savais que mon emploi était en danger, je le savais, mais je ne pouvais continuer. Je ne pouvais pas dormir », explique-t-elle.

Elle ne regrette pas son geste, estimant qu'elle a agi par principe. « Je pensais à ces gens [...] J'étais en train de les envoyer dans la rue avec leurs enfants [...] et maintenant, c'est moi qui suis dans la rue », dit-elle.

Ressources humaines Canada a refusé de donner des détails au sujet du cas de Mme Therrien en particulier. Mais le ministère explique que les fonctionnaires n'ont pas le droit de rendre publiques des informations internes.

 

Celle qui a révélé l’existence des quotas à l’assurance-emploi
déplore le sort réservé aux dénonciateurs

 

Pour un journaliste, c’était une source privilégiée. Pour le gouvernement, c’était plutôt une taupe à attraper. Et Sylvie Therrien s’est fait prendre.

La fonctionnaire des services d’intégrité de l’assurance-emploi a été officiellement congédiée pour avoir révélé au Devoir l’existence des quotas imposés aux enquêteurs.

Elle déplore aujourd’hui le sort réservé aux dénonciateurs. 

« J’ai agi pour l’intérêt du public et j’en paie un prix immense, dit-elle. C’est horrible à vivre : pendant, et surtout après parce que personne ne veut donner d’emploi à une dénonciatrice. Ça a détruit ma carrière, et ma vie. »

Emploi et développement social Canada a définitivement révoqué la cote de fiabilité (ou sécurité) de Sylvie Therrien, cote obligatoire pour tout travail appelant la manipulation de « renseignement et de biens protégés ». Fin des opérations. À 53 ans, Mme Therrien se retrouve sans emploi, coupable d’avoir fait part aux médias d’une situation qu’elle jugeait inacceptable. 

Elle n’a pas touché de salaire depuis le 13 mai 2013, mis à part des prestations de maladie (pour stress et anxiété) qui venaient à échéance la semaine dernière. Comme elle a été congédiée pour inconduite, Mme Therrien ne pourra recevoir de prestations d’assurance-emploi.

Enquête large

On lui reproche donc d’avoir violé la Politique de communication du gouvernement du Canada et le Code de conduite du ministère des Ressources humaines.

N’étant pas une personne autorisée par le ministère, elle ne pouvait transmettre à un média des informations protégées et pour usage interne seulement. 

 Dans son enquête, Service Canada (son employeur) a notamment calculé le nombre de fois où Sylvie Therrien a visité le site Internet du Devoir.

Ses courriels ont été passés au peigne fin. On a fait des recoupements entre des notes qu’elle s’envoyait et des citations qui sont apparues dans le journal, de même qu’avec des questions envoyées par Le Devoir aux représentants médias de Service Canada. 

La nouvelle de son congédiement n’a pas surpris Sylvie Therrien cette semaine. Elle avait choisi de se dévoiler publiquement cet été (à la CBC), en espérant que ses aveux pourraient permettre de recentrer sa défense sur une question de principe. 

« J’ai dénoncé l’existence des quotas parce que ce système va à l’encontre de mes valeurs éthiques et de ma conscience, dit-elle en entretien. Avant d’en parler aux médias, j’en ai parlé en interne. Je ne comprenais pas ce qu’on faisait : le but n’était pas de trouver des fraudeurs, c’était d’en créer. On nous forçait à couper, comme si tout prestataire était un voleur et un criminel. Je n’en dormais pas. »

Mais parler de ces questions en interne ne l’a pas aidée, dit-elle. « Je suis devenue un paria, une cible », affirme Sylvie Therrien. Dans un message envoyé en mai, une de ses supérieures lui dit :

« Je vous ai avertie que vous ne pouvez plus faire de références négatives au gouvernement et à ces programmes. »

Dénonciateurs

Aujourd’hui, Sylvie Therrien s’interroge. « Le gouvernement a été élu en 2006 en promettant de protéger les dénonciateurs. Mais il n’y a aucune protection dans les faits. »

La Loi sur la protection des fonctionnaires divulgateurs d’actes répréhensibles existe bel et bien, mais elle ne s’applique pas à des cas comme celui de Mme Therrien. Le bureau du Commissariat à l’intégrité du secteur public précisait que la loi protège les fonctionnaires qui contestent à l’intérieur de l’appareil étatique, pas ceux qui communiquent avec les médias. Et il faut que les actes dénoncés soient répréhensibles - essentiellement illégaux - pour se qualifier. 

Ce qui n’a pas de sens, dit le député néodémocrate Yvon Godin. « On congédie quelqu’un qui a dit la vérité. Il y a des quotas. Ils existent. La seule raison pour laquelle on lui fait perdre son emploi, c’est parce que ça ne plaît pas au gouvernement. » M. Godin dit que les « fonctionnaires ont un devoir de loyauté envers le gouvernement, mais pas au point de mentir ».

À partir d’aujourd’hui, c’est l’Alliance de la fonction publique du Canada (dont la présidente, Robyn Benson, a qualifié Sylvie Therrien d’« héroïne ») qui prend le dossier en main pour tenter de faire casser la décision. Mais le processus de contestation sera long - jusqu’à deux ans.

Quand on lui demande si elle regrette son geste, Sylvie Therrien hésite avant de répondre. « J’ai vraiment l’impression de vivre en marge de la société depuis que j’ai avoué que c’était moi, dit-elle. Je dirais à n’importe qui d’y penser à deux fois avant de le faire, surtout que je n’ai pas l’impression que ça a changé grand-chose. Mais en même temps, oui, je le referais. Parce qu’il y a des choses inacceptables dans la vie et qu’on doit être capable de les dénoncer. »

N’empêche : « Le prix à payer est terriblement élevé. »

Source: Ici Radio-Canada pour la société CBC/Radio-Canada

Choix de photos, réaménagement de texte, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 24 octobre 2013

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Notes & Références encyclopédiques:

01

 

Les fonctionnaires à l'assurance-emploi ont des quotas de prestations à récupérer - Sur Radio-Canada Est, le 1er février 2013

 

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02

 

Le gouvernement conservateur avait nié vigoureusement l'existence de tels quotas - Sur Radio-Canada Antlantique, le 25 février 2013

 

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