Retour à : Plan du site - MétéoPolitique - Société - Fiche: Vision du Monde - Héros & Héroïnes

Je suis et vous êtes en vie grâce à Stanislav Petrov
L'homme qui a sauvé le monde en ne faisant absolument rien

Il y a trente ans, Stanislav Petrov a prouvé son sang froid pendant la "guerre froide" entre l'Union des républiques socialistes soviétiques et les États-Unis-d'Amérique. S'il avait suivi les instructions à la lettre comme tout bon fonctionnaire, je serais et vous seriez sûrement déjà mort. Une histoire captivante...

 

Reportons-nous au 26 septembre 1983, Stanislav Petrov, un lieutenant-colonel de la Force de défense de l'air soviétique, était en devoir à Serpukhov-15, un bunker secret à l'extérieur de Moscou.

Son travail consistait à vérifier en temps réel le système informatique
Oko. Ce dernier servait à prévenir l'Union soviétique contre une attaque nucléaire provenant des États-Unis-d'Amérique.

Le lieutenant-colonel devait référer toute alerte à ses supérieurs.

Quelques minutes après minuit, les cloches d'alarmes se mirent à sonner.

Tout à coup elle s'arrêtèrent toutes. Sur le panneau devant lui un bouton à pulsion rouge à partir duquel clignotait un seul mot: "DÉMARRER"

Un des satellites du système venait de détecter que les États-Unis avaient lancé 5 missiles balistiques. Ils se dirigeaient vers l'URSS. Des cartes électroniques clignotaient; des cloches sonnaient; des rapports s'imprimaient.

Un écran derrière le panneau de contrôle s'allume et tout à coup apparaît le mot "LANCER".

Que les États-Unis puissent lancer des missiles sur l'Union soviétique, leur contrepartie à la guerre froide, n'était pas hors de question durant cette particulière période dans l'histoire humaine. Trois semaines auparavant, les Russes avaient tiré sur un avion de la Corée du Sud qui s'était aventuré dans l'espace aérien soviétique.

Durant une cérémonie en 2012 Petrov a reçu un prix des mains de Karlheinz Koegel, chef du Centre de recherche des médias allemands

L'OTAN avait répondu par une démonstration de force en déployant un exercice militaire. La guerre froide, même au début des années 80, menacait de guerre nucléaire tout l'espace terre et mer entre Washington et Moscou.

Cependant, Petrov se remémore qu'il avait une intuition. un drôle de "pressentiment dans ses tripes". Il sentait que l'alarme tonitruante du bunker était une fausse alarme.

C'était une intuition basée sur le bon sens.

L'alarme indiquait que seulement 5 missiles se dirigeaient vers l'URSS. Si les États-Unis-d'Amérique avaient lancé une attaque nucléaire, Petrov se disait qu'elle serait intensive, beaucoup plus forte que 5 missiles.

Au même moment, les radars au sol de l'État soviétique ne captaient aucune évidence de missile en route, même après plusieurs minutes d'alarmes. En rétrospective, il est évident que Petrov n'avait pas entièrement confiance dans la fiabilité de la technologie soviétique, lorsqu'il était question de détecter des bombes. Plus tard il qualifiera le système de "brute" comme dans manque de raffinement.

Mais que feriez-vous?

Vous êtes seul.e dans un bunker, des alarmes crient, des lumières "flashent", et vous êtes entraîné.e à réagir aux ordres du système, vous avez vos intuitions, et vous avez deux choix: suivre le protocole ou faire confiance à votre instinct. De toute manière, le monde compte sur vous pour prendre la bonne décision.

Petrov s'est fait confiance. Il a déclaré la détection par les satellites comme étant une fausse alarme. Ensuite il s'est morfondu en espérant que sa décision fut la bonne.

On sait maintenant que les États-Unis n'avaient pas attaqué l'URSS. C'était vraiment une fausse alarme. Si l'alarme n'avait pas été traitée comme telle, il y aurait eu représailles de l'URSS contre les États-Unis et leurs alliés de l'OTAN. Ce qui aurait déclenché une guerre nucléaire anéantissant les principales villes d'Amérique, d'Europe et de Russie.... bon, je crois bien que vous pouvez imaginer le reste.

Maintenant retraité, Petrov vit dans une ville près de Moscou, et dit de sa décision «C'était mon emploi, mais nous fument tous chanceux que ce soit moi sur ce quart de travail.»

Trente ans plus tard, des questions demeurent à propos de l'événement du 26 septembre 1983. Était-ce vraiment à Petrov, l'homme seul, à faire le choix? N'y avait-il pas d'autres systèmes "sans failles" qui auraient pu identifier une technologie déficiente?

Est-ce que d'autres personnes auraient répondu de la même manière aux événements? Pour sa part, Petrov insiste sur l'ambiguïté de la situation, expliquant qu'après l'incident il n'a jamais pu affirmer que durant l'événement il fut vraiment convaincu hors de tout doute que l'alarme était erronée.

Aujourd'hui, il évalue que les chances d'être correct dans son évaluation étaient de 50-50.

Une chose semble évidente, le monde a continué sa vie après le 27 septembre 1983 en partie parce que Stanislav Petrov a décidé de se faire confiance au lieu de faire une confiance aveugle en la machinerie.

Et cela a pu faire toute la différence.

Les collègues de Petrov étaient des soldats professionnels avec seulement une formation militaire; ils étaient entraînés à suivre les directives à tout prix. Ils auraient sûrement rapporté une attaque s'ils avaient été à ce quart de travail . Voilà une situation qui remet à sa place la gestion du risque par les machines. Cela devrait nous ouvrir les yeux sur la gestion du nucléaire et de ses déchets. En tout temps, la technologie nous fait courir le risque...surtout d'en devenir complètement dépendant.

D'autre part Petrov à fait confiance à son intelligence, à son instinct, à ses tripes. Il a pris une brave décision. En ferions-nous autant?.

Et nous sommes ici aujourd'hui pour en témoigner, grâce à lui.

Ce n'est pas rien.

Sources: BBC News société d'État pour l'Angleterre, Wired magazine pour la famille Samuel I. Newhouse.

Choix de photos, traduction de l'anglais, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 10 octobre 2013

  Pour faire parvenir ce texte à d'autres : 

 

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet: