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Le microcrédit, un des chemins pour se sortir de l'indigence
"Éradiquer la pauvreté"
Portrait de
Muhammad YUNUS

Le "social-business" ou "l'Économie sociale" aura-t-il raison de la pauvreté ? C'est en tout cas sur ce nouveau modèle économique que le prix Nobel de la paix mise pour résoudre, un à un, les grands problèmes de santé publique et d'environnement dans le monde.

 Médias: La Presse, ESG UQÀM, L'Express et L'Expansion

Publié: le 2 octobre, 1 novembre 2010, 28 avril 2011, 20 mai 2011

Publié ici le 25 mai 2011

Fusion des textes et commentaires JosPublic

En photo: Muhammad YUNUS

 

Muhammad Yunus n'est pas un homme d'affaires comme les autres. Âgé de 70 ans, il a lancé tellement d'entreprises - une quarantaine? - qu'il en a perdu le compte exact. Il a fondé une banque, commercialisé des panneaux solaires, fabriqué des sous-vêtements et des souliers, produit des yaourts...

«Les gens croient que je suis riche, aussi sont-ils toujours surpris quand je leur dis que mes entreprises ne m'appartiennent pas», dit-il en blaguant.

Son sourire est irrésistible, sa conviction de pouvoir changer les choses, inébranlable. Et pourtant, c'est une réalité noire qui, toute sa vie, l'a poussé à agir. «Toutes les choses que j'ai réalisées dans ma vie étaient des actes de désespoir, dit-il. Je ne connaissais rien à ces industries. Mais je savais que je devais plonger

Dans son dernier ouvrage, Manifeste pour une économie plus humaine, l'inventeur du microcrédit défend son nouveau credo, le social business. (au Québec on dit "Économie Sociale"). Un outil au service d'une transformation de l'économie mondiale que le Prix Nobel de la paix appelle de ses voeux.

Entrevue

Comment définiriez-vous le social business? (L'économie sociale)

C'est avant tout un état d'esprit. Dans le social business, le profit n'est absolument pas un objectif. A partir du moment où votre esprit est libéré de cette obsession, vous pouvez commencer à vous consacrer à la résolution des problèmes.

Vous réfléchissez alors de manière beaucoup plus libre et créative. Cela peut s'appliquer à tout type de problèmes : emploi, énergie, santé... Et il ne s'agit pas d'une douce rêverie : le souci doit être permanent d'apporter des solutions concrètes et efficaces aux défis de la société.

Par exemple, Grameen Danone commercialise des yaourts à haute valeur nutritive à un prix abordable pour les populations rurales du Bangladesh. 

N'est-il pas utopique de croire que l'on puisse se passer du moteur que constitue le désir de s'enrichir?

Je ne le crois pas. Prenez mon cas personnel. Tout ce que j'ai fait, dans le domaine du microcrédit ou de la santé, n'a jamais eu pour finalité de m'enrichir. J'aurais pu prendre des parts dans les sociétés que j'ai créées : je ne l'ai jamais fait. On m'a traité de fou : "Si vous ne cherchez pas à gagner de l'argent, alors quoi ?"

Ce qui m'intéresse, c'est de contribuer à améliorer la vie des personnes qui en ont besoin. C'est la source de grandes satisfactions. Et je n'ai pas l'impression d'être une exception. Peut-être que ce sentiment est inhibé chez certains, mais il existe quand même quelque part. On peut vouloir gagner beaucoup d'argent, c'est respectable, mais on peut aussi vouloir aider les autres. Et on peut concilier les deux ! Le désir d'accumulation n'est qu'une facette parmi d'autres de la nature humaine. 

Parmi les secteurs de développement du social business, vous évoquez notamment la santé et l'emploi... deux domaines de compétence privilégiés des Etats. S'agit-il de se substituer à la puissance publique ?

Non. Je pense que les deux sont complémentaires. Je comprends les contraintes et les difficultés des Etats. Ils doivent avoir recours à l'argent des contribuables, ce qui suscite toutes sortes de discussions et de polémiques. Le social business, en revanche, les entreprises y viennent volontairement. Si cela fonctionne, tant mieux : c'est aussi une manière de soulager les Etats, confrontés à d'extrêmes difficultés financières.

Avez-vous le sentiment que les dirigeants des grands pays, au sein du G 20 par exemple, sont sensibles à votre message ?

Oui, je rencontre des présidents, des Premiers ministres, des gouverneurs de Banque centrale... Ils sont prêts à écouter ce que j'ai à leur dire. J'ai parlé, par exemple, à votre ministre de l'Economie (France), Christine Lagarde, de la nécessité d'ouvrir le G 20, actuellement présidé par la France, à cinq pays pauvres, dont le Bangladesh, et elle s'est montrée réceptive. Le G 20 de Cannes, en novembre 2011, sera l'occasion de passer aux actes. 

La crise a ouvert une période d'incertitudes et de remises en question en matière d'organisation du système économique. Qu'en pensez-vous ?

Dans une famille, lorsque vous avez un enfant en bas âge, vous êtes obligés de lui racheter des vêtements très souvent, au fur et à mesure de sa croissance. Si vous continuez à mettre les mêmes vêtements à votre enfant, il ne sera pas à l'aise. Et pourtant, c'est ce que l'on fait en matière d'économie. L'environnement a changé, les aspirations ont évolué, mais le système continue à fonctionner avec des règles obsolètes - et, bien souvent, une absence de règles qui laisse la place à la loi du plus fort.

J'observe beaucoup les jeunes : ils ne sont pas intéressés par le pouvoir ou l'argent. Ce qu'ils veulent, c'est faire du monde un endroit plus vivable. On le constate partout, et c'est aussi le moteur des révolutions qui se sont déroulées en Tunisie, en Libye, en Égypte... Tout cela est le produit d'une force nouvelle qui ne pourra pas être stoppée.  

Vous semblez bien optimiste...

C'est vrai. Cela vient de tous les changements que j'ai pu observer au cours de ma vie. Prenez la chute du Mur de Berlin. Personne ne s'y attendait, même pas vingt-quatre heures avant ! Mikhaïl Gorbatchev lui-même ne l'avait pas vue venir. Qui aurait cru, il y a encore vingt ans, que l'on pourrait communiquer aussi facilement, partout dans le monde ? Il y a quelques années, au Bangladesh, personne n'avait de téléphone ; aujourd'hui presque tout le monde possède un mobile ! Donc, oui, les choses peuvent changer, et très rapidement.

Dans dix ans, un certain nombre d'événements que tout le monde pense aujourd'hui impossibles se seront produits. Alors, faisons une liste, et commençons déjà à nous y préparer. Eradiquer la pauvreté, par exemple : pourquoi pas ? C'est possible ! 

Selon vous, dans ce nouveau monde, le social business pourrait être la norme, et le capitalisme financier, l'exception...

Oui. Certains disent : le social business, c'est une goutte d'eau dans l'océan, cela ne représente pas grand-chose. Mais voici seulement quelques années que j'ai commencé à bâtir ce concept, et nous en sommes encore à expliquer ce que nous faisons. Et nous progressons. Même si cela ne représente que 10 % de l'activité, ce sera déjà énorme. Et qui sait ? Peut-être, un jour, le social business sera majoritaire et le business traditionnel ne pèsera plus que 10 %. On me dit : "Si tout le monde suivait votre système, l'économie s'effondrerait !" Je le répète : si vous ne faites du social business que pour la galerie, alors c'est vrai, cela ne marche pas. En revanche, si c'est quelque chose qui vient du plus profond de vous, cela fonctionne. 

Ce Nobel qui dérange

Prolixe sur ses projets, le Prix Nobel de la paix se montre beaucoup plus réservé sur ses récents démêlés juridico-politiques. Tout commence en décembre 2010, lorsqu'un documentaire norvégien l'accuse d'avoir détourné l'argent versé par la Norvège à la Grameen Bank, "la banque des pauvres ou du village ", dont il est le fondateur et directeur général.

Un simple jeu d'écritures comptables, selon ses partisans. Yunus tient d'ailleurs à rappeler qu'il "n'a jamais touché le moindre penny sur les sociétés" qu'il a fondées. Mais l'occasion est trop belle pour la Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, de lancer l'offensive contre celui qu'elle accuse de "suceur le sang des pauvres"... et qui ne cache pas ses ambitions politiques.

Jalousie ?

Règlement de comptes ?

Toujours est-il que l'économiste devenu entrepreneur est limogé, début mars 2011, de son poste à la tête de la banque, au prétexte qu'à 70 ans il a largement dépassé la limite d'âge (60 ans). Yunus, qui a reçu de multiples soutiens au niveau international, dont celui de Nicolas Sarkozy, a été disculpé fin avril 2011 des soupçons de détournement de fonds qui pesaient sur lui. Mais il a dû renoncer à son siège à la Grameen Bank


Reportage sur Muhammad Yunus et la Grameen Bank
Société Radio-Canada Télévision
Téléjournal avec

 

Troisième d'une famille de quatorze enfants dont cinq sont morts en bas âge, Muhammad Yunus est né dans le village de Bathua au Bangladesh.

Malgré l'aide internationale qu'il reçoit, ce pays surpeuplé d'Asie reste l'un des plus pauvres du monde.

Près de la moitié de sa population de quelque 155 millions d'habitants vit avec moins de 1,25$US par jour.

Il est entouré de femmes ayant bénéficié du microcrédit.
Économiste formé aux États-Unis, Muhammad Yunus est retourné au Bangladesh peu après l'indépendance du pays, proclamée en 1971.

 L'analphabétisme, la faim et les maladies sont des problèmes criants.  Économiste formé aux États-Unis, Muhammad Yunus est retourné au Bangladesh peu après l'indépendance du pays, proclamée en 1971. 

Choqué de voir des paysans mourir de faim, il a abandonné le confort de l'université où il enseignait pour s'intéresser à leur sort.

C'est alors qu'il établit un programme de microcrédit, un concept qui, à l'époque, n'a même pas encore de nom.

La suite de l'histoire est connue. Muhammad Yunus a fondé la banque Grameen (qui signifie village), une institution financière qui, par l'entremise de ses 2 500 succursales au Bangladesh, a financé les projets de 8 millions de personnes.

Pour la plupart, ce sont des femmes pauvres qui n'ont rien d'autre à donner en garantie que leur volonté de s'en sortir.

Un après-midi en1976
Une bénéficiaire du microcrédit

En 2005, Muhammad Yunus a réussi l'exploit d'être simultanément nommé pour le prix Nobel d'économie et le prix Nobel de la paix. C'est le Nobel de la paix qu'il décroche, en 2006. Mais vous ne le sauriez pas en l'apercevant. Vêtu d'un pantalon beige et d'une tunique kurta grise surmontée d'un gilet crème, Muhammad Yunus n'a rien de la vedette rock à qui la presse française le compare en raison de la popularité de ses conférences à Paris.

Le social-business, qu'est ce que c'est ?

Construire le social-business". Le principe est simple : pas de perte ni de dividende. Autrement dit, il faut que l'entreprise soit suffisamment rentable pour être durable et ne pas dépendre des aléas de l'aide extérieure des ONG ou des organisations internationales. Mais il faut aussi qu'elle soit libérée de la pression actionnariale et donc de l'exigence de maximisation des profits pour pouvoir offrir des prix abordables. Comme le résume son ami Michel Rocard, "le social business, c'est la logique d'économie marchande et capitaliste mais sans la distribution de dividendes". Pour l'ancien premier ministre, ce modèle est la preuve que "l'on peut vivre dans une économie de marché de manière non cupide"

L'économie sociale n'est-ce pas naïf?

Cela semble certes idéaliste, mais de grandes entreprises ont d'ores et déjà tenté l'expérience, qui s'est avérée souvent fructueuse.

Yunus a en effet monté des joint ventures au Bangladesh avec des groupes aussi bien français, comme Veolia et Danone qu'allemands (BASF, Adidas), japonais (Uniqlo) et américains (Intel).

C'est sûr que le concept contredit le B.A BA de la théorie classique de l'économie qui veut que l'intérêt général résulte de la poursuite par chacun de son propre intérêt individuel, c'est-à-dire de la maximisation de ses profits.

Mais Yunus se présente comme la preuve vivante du contraire. Le prix Nobel a créé une cinquantaine d'entreprises, allant du textile à la formation, en passant par la construction ou la high-tech. Et pourtant : "je ne détiens pas la moindre action, a-t-il déclaré. Pourquoi? Parce que je ne les ai pas créées pour gagner de l'argent mais pour résoudre des problèmes. Les hommes ne sont pas des machines à gagner de l'argent. L'humain peut aussi être désintéressé. Le succès ne se mesure pas forcément qu'en termes d'argent mais aussi en termes d'impact. Or cet aspect est absent de la théorie économique."

Comment ça marche ?

Le projet pilote que mène actuellement Veolia Environnement au Bangladesh illustre bien le fonctionnement du modèle. Le pays est confronté à un vaste fléau de santé publique : l'eau des puits est en grande partie contaminée à l'arsenic. Résultat, la moitié de la population consomme une eau empoisonnée, soit "la plus importante contamination de masse de l'histoire", selon l'OMS.

Veolia décide de créer un social-business pour s'attaquer au problème. "En tant que leader mondial de services essentiels, Veolia a voulu apporter sa pierre à l'édifice des solutions pour améliorer l'accès à l'eau potable", explique Antoine Frérot, PDG de Veolia environnement.

Ainsi, la multinationale française et la Grameen Bank créent en 2008 une société pilote pour traiter l'eau de rivière et fournir de l'eau pure à deux villages. Yunus fixe le prix, très faible, auquel l'eau devra être vendu. Pour compenser, le groupe développe une activité complémentaire de vente de bonbonnes d'eau dans la capitale, Dhaka. Ainsi, "la vente à un prix plus élevé de l'eau aux habitants de la capitale permet de subventionner l'eau dans le village", explique Eric Lesueur, directeur du projet. Le groupe vise un équilibre économique à l'horizon 2014-2015.

Le phénomène « Grameen »
( Cliquez ici pour avoir accès à toute l'analyse )

Mohammed Yunus, prix Nobel de la paix 2006, est l’homme derrière ce phénomène. Il adhère à la théorie de la pauvreté de masse de John Kenneth Galbraith (1979).

Ce dernier estime que « de tous les maux de l’homme, la pauvreté est le plus puissant et le plus massif ». 

D’une part, il dénonce l’existence de forces qui annulent les efforts des pauvres pour s’en sortir et qui les ramènent toujours au point de départ de telle sorte qu’ils finissent par s’accommoder.

Cette «accommodation», selon Galbraith, est renforcée par des croyances religieuses en ce qui a trait aux vertus de l’humilité et de la pauvreté. Des vertus d’ailleurs prônées par la plupart des religions. Un constat qui a été également dénoncé par Marx qui qualifiait la religion d’«opium du peuple».

D’autre part, Galbraith reconnaît l’importance du capital comme facteur clé du succès des pays riches. La disponibilité d’une offre de capital apparaît occuper une place de choix dans la panoplie de remèdes contre la pauvreté.

L’accès au capital vient soutenir les efforts des pauvres qui désirent rompre l’«équilibre de la pauvreté» auquel la majorité s’est accommodée. Le modèle d’affaires de Mohammed Yunus prend donc ses racines dans cette lutte pour l’affranchissement, le bien-être, l’amélioration des conditions de vies des populations et la responsabilité envers la société.

Il est convaincu qu’une « paix durable ne peut pas être obtenue sans qu’une partie importante de la population trouve les moyens de sortir de la pauvreté» et que « le microcrédit est l’un de ces moyens »

La Grameen Bank: le microcrédit comme outil de lutte contre la pauvreté

Fondée officiellement sous le nom de « Grameen » en 1977 par Mohammed Yunus avec pour objectif de transformer le cercle vicieux de la pauvreté en cercle vertueux, elle devient « Grameen Bank » en 1983.

Il s’agit d’une banque qui intègre la dimension sociale. On y prête de l’argent à un groupe de cinq personnes qui sont en quelque sorte mutuellement responsables du remboursement : la défaillance d’un seul membre du groupe annule l’éligibilité de tous à un éventuel prêt dans le futur. La Grameen Bank appartient aux membres à 94% et le reste au gouvernement. Elle privilégie les clients de sexe féminin, 97% de la clientèle sont des femmes, avec un taux de remboursement autour de 95%.

Les « 16 décisions » de Grameen Danone inspirées des valeurs morales de Grameen

1 - Nous devons suivre les quatre principes de la Grameen Bank : discipline, unité, courage et travail;

2 - Apporter la prospérité dans nos familles;

3 - Nous ne devons pas vivre dans des maisons délabrées, nous devons les réparer et travailler pour en construire de nouvelles;

4 - Nous devons cultiver des légumes toute l’année, en manger beaucoup et vendre le surplus;

5 - Durant la saison des semences, nous devons semer autant de graines que possible;

6 - Nous devons planifier dans le but d’avoir des familles de petite taille, minimiser nos dépenses et nous occuper de notre santé;

7 - Nous devons éduquer nos enfants et nous assurer du financement de leurs études;

8 - Nous devons toujours garder nos enfants et notre environnement propres;

9 - Nous devons construire et utiliser des latrines;

10-Nous devons boire de l’eau du robinet. Si cette dernière n’est pas disponible, nous devons la bouillir ou la purifier;

11 - Nous devons éviter d’exiger et de donner des dots lors de mariages. Arrêter la pratique du mariage des enfants;

12 - Nous ne devons pas infliger des injustices et empêcher quiconque d’en infliger;

13 - Nous devons investir collectivement pour de revenus plus élevés;

14 - Nous devons être toujours prêts à nous entraider. Si une personne est en difficulté, nous devons lui apporter de l’aide;

15 - Si nous sommes au courant d’un bri de discipline dans un centre quelconque, nous devons nous y rendre et y restaurer la discipline;

16 - Nous devons prendre part collectivement aux activités sociales.

Multinationales et la Banque Grameen
Trois exemples de social business développé avec des multinationales de France

 Grameen Danone (mars 2006) L'entreprise produit des yaourts en achetant le lait à des fermiers locaux, qui peuvent ainsi rembourser leurs microemprunts. L'objectif est double : lutter contre la malnutrition et garantir une source de revenus aux agriculteurs

Grameen Veolia Water (avril 2008) La société produit et distribue de l'eau potable à 40 000 habitants de villages reculés du Bangladesh

 Fondation Grameen Crédit agricole (septembre 2008) Elle apporte aux institutions de microfinance, dans les pays émergents ou en développement, des solutions de financement, sous forme de crédits, garanties ou fonds propres, ainsi qu'une plate-forme de conseil et d'assistance technique

Ce sont les expériences et les écrits de professeur Yunus avec les entreprises sociales qui retiennent l'attention La banque Grameen a formé des coentreprises à but non lucratif avec des multinationales comme Danone, Adidas, Intel et Uniglo, entre autres. Un intérêt qui n'est pas sans lien avec la crise financière, croit Muhammad Yunus, de passage à Montréal à l'invitation de l'Université McGill.

«Les gens se sont rendu compte que le système en place n'était pas infaillible, dit-il en entrevue. Ils ont perdu confiance. Et ils sont plus ouverts maintenant aux entreprises sociales.»

En lançant une petite usine de yaourt à Bogra, à 250 kilomètres au nord de la capitale Dacca, Danone est la pionnière d'une expérience étudiée par des chercheurs en santé de l'université américaine Johns Hopkins. Danone et Grameen ont construit en 2006 une toute petite usine qui produit du yaourt à partir du lait de fermiers locaux. Ces yaourts à bas prix, fortement enrichis pour pallier les carences nutritionnelles des jeunes, sont revendus par des femmes qui sillonnent les villages.

Franck Riboud

Le grand patron de Danone, Franck Riboud, a été séduit par le projet du professeur Yunus. Mais Danone, une multinationale pour qui les marchés émergents représentent 42% de son chiffre d'affaires, en a aussi tiré des enseignements qui lui servent ailleurs.

«Quand vous n'êtes pas là pour faire des profits mais pour résoudre des problèmes sociaux, vous vous mettez en alliance avec des acteurs qui ne seraient pas nécessairement prêts à travailler avec vous, dit Emmanuel Faber, directeur général délégué de Danone, en entrevue à La Presse.

«Les confrontations entre les entreprises et les ONG sont parfois très dures. Cela démilitarise une zone d'intérêt commun

Le lait des fermiers habitant des zones reculées était altéré par la chaleur avant même qu'il n'arrive à l'usine de Danone. C'est une ONG qui a identifié une enzyme, le stabilac, qui bloque le développement de bactéries pendant quatre heures. Cette enzyme sera utilisée dans un projet semblable au Sénégal.

Danone a aussi eu du mal à fortifier le yaourt en fer pour qu'il contienne 50% de l'apport journalier recommandé. Impossible de masquer le goût du fer dans ce yaourt si oxydé qu'il était de couleur orange. C'est une autre ONG, GAIN, qui a suggéré un changement de fournisseur de fer, qui a réglé le problème.

L'entreprise française croyait aussi qu'en construisant une usine de petite capacité, ses coûts à la tonne exploseraient. Or, ses ingénieurs ont trouvé le moyen de produire une usine avec une capacité de 3 000 tonnes par an avec un investissement modique de 1 million de dollars.

«C'est quatre fois inférieur à la moyenne de nos usines dans le monde, dit Emmanuel Faber. Ce savoir-faire nous permettra de construire des usines à moindre coût en Inde, au Cambodge, en Thaïlande, au Sri Lanka et ailleurs.» Des usines à profit, il faut bien le préciser.

Changement culturel plus profond, les 10 000 gestionnaires de Danone dans le monde sont maintenant récompensés en fonction de leurs engagements sociaux, qui comptent pour le tiers de leurs primes au rendement.

«Nous passons notre vie à faire de l'argent. Pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas faire autre chose? s'interroge Muhammad Yunus. Dans mon esprit, cela ne veut pas dire d'arrêter de faire des profits. Cela veut juste dire de travailler en parallèle à un monde meilleur.»

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