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Retrait de l'asile politique de Julian Assange par l'Équateur

Le 11 avril 2019, la police métropolitaine de Londres  arrêtait Julian Assange, éditeur et rédacteur en chef du site internet Wikileaks, à l’ambassade d’Équateur.   En retirant le droit d'asile politique, le gouvernement de Lenin Moreno président de l'Équateur a invité la police d'Angleterre à investir son ambassade à Londres et à mettre en état de garde à vue le journaliste diffuseur Julian Assange. (et non un pirate de l'informatique).  Dans l'instant les États-Unis ont réclamé qu'il soit extradé et arrêté pour avoir publié des documents dévoilant les turpitudes de l'État américain.  En terme de droit constitutionnel c'est toute la presse mondiale qui doit s'inquiéter de cette arrestation puisque c'est la protection de toutes les sources journalistiques qui est en cause.

L'exemple au Québec serait le cas de Louis Robert l'agronome qui a dévoilé des études que le ministère de l'Agriculture du Québec gardait cachées des politiciens.  Dans ce cas lorsque la Société CBC/Radio-Canada a publié les données, selon les théoriciens du complot états-uniens que sont les dirigeant du pays, son président aurait du être arrêté. Mais les oligarques au pouvoir aux États-Unis ont trouvé une passe et bâti tout un scénario pour inculper Julian Assange.  Voici les premiers textes sur le sujet.

 
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3 questions sur l’arrestation de Julian Assange
Investig’Action - 11 avril 2019

 
 

Il aura donc fallu sept ans pour mettre la main sur celui qui a eu le malheur de révéler au grand public des crimes de guerre. Les auteurs de ces crimes de guerre coulent encore des jours heureux à l’heure actuelle. Le fondateur de Wikileaks, lui, risque gros.

Pourquoi Julian Assange est-il arrêté ?

Scotland Yard déclare qu’Assange a été arrêté « à la demande des États-Unis, qui veulent son extradition ».  C’est la confirmation, tardive, que tout le reste n’était que du flan.

A tous ceux qui prétendaient le contraire, je leur réponds: « Nous avions raison. Vous aviez tort. Maintenant, défendez Assange ou fermez-la. »  Apparemment, la demande d’extradition mentionne le fait qu’Assange aurait « aidé » Bradley–Chelsea Manning à voler des documents en 2010.

Les fameux journaux de guerre en Irak et Afghanistan.  Pourquoi maintenant ?  Je pense que plusieurs facteurs ont pu jouer.  La montée, lente mais sensible, de la solidarité envers Assange.  La position délicate dans laquelle se trouve le président de l’Équateur, empêtré dans un scandale financier.  Les élections britanniques qui approchent et qui pourraient voir la victoire de Corbyn.  Peut-être aussi la visite imminente à l’ambassade de deux Rapporteurs Spéciaux de l’ONU, sur la torture et la violation de la vie privée.

Que risque le fondateur de Wikileaks?

D’être condamné.  Wikileaks a été qualifiée d’entité ennemie.  On pourrait donc coller à Assange un acte d’espionnage et il pourrait risquer, en théorie, la peine de mort.  Plus vraisemblablement, il devrait subir des séances de torture.  Les États-Unis pensent en effet qu’Assange détient des secrets.  Et certainement une longue peine de prison dans des conditions « dignes » d’un ennemi de l’Empire.

Pourquoi cette arrestation devrait tous nous inquiéter ?

A cause de son aspect « extraterritorial ». Assange est Australien, il n’a jamais vécu aux États-Unis, ni travaillé là-bas.  Son activité se déroulait hors de toute juridiction US.  Le précédent est effrayant.  Ce qui vient de se passer relève d’une opération de « rendition », terme qui désigne la pratique US consistant à kidnapper à l’étranger des suspects pour les envoyer dans des prisons clandestines, des trous noirs, pour y être torturés.

Ensuite, on a la confirmation que « révéler des crimes est un crime ».  Ceux qui ont été dénoncés par les révélations de Wikileaks sont libres.  Le rédacteur en chef du site qui a publié les documents accablants lui, a souffert et va souffrir encore plus.  Enfin l’inconscience ou la complicité de la presse dans cette affaire est inouïe. La trahison des médias, des politiques, du gouvernement de Moreno et de la Grande-Bretagne est consommée.  Qu’ils soient tous maudits. 

 

 

 

 

Slavoj Žižek : « Il n’y a que nous pour aider Assange ! »
Le philosophe slovène réagit à l’arrestation du fondateur de WikiLeaks
12 avril 2019

 
 

Cela a fini par arriver : Julian Assange a été extrait de l’ambassade équatorienne de Londres et arrêté. Ce n’est pas une surprise : de nombreux signes laissaient présager une telle issue depuis un certain temps. Il y a une semaine ou deux, WikiLeaks avait prédit une arrestation prochaine, ce à quoi le ministre des Affaires étrangères de l’Équateur avait répondu que son pays n’envisageait pas de retirer à Assange l’asile qu’il lui avait accordé – un mensonge flagrant, comme nous pouvons le constater maintenant.

Ce mensonge fut agrémenté d’autres encore : WikiLeaks, affirma-t-on, s’apprêtait à divulguer des photographies du président équatorien relevant pourtant de sa vie privée (mais quel aurait été l’intérêt pour Assange d’agir ainsi, de se mettre ainsi en danger ?) 

La récente arrestation de Chelsea Manning (largement ignorée par les médias) rentrait également dans ce cadre.  Alors qu’elle avait été pardonnée par le président Obama, Manning est désormais tenue à l’isolement, l’objectif étant à l’évidence de l’obliger à divulguer des informations sur ses liens avec WikiLeaks – et tout cela afin d’étayer la procédure judiciaire qui serait automatiquement déclenchée si les États-Unis mettaient la main sur Assange.

Un assassinat symbolique

Pendant sept ans, il reste cloîtré dans quelques dizaines de mètres carrés, à l'intérieur du modeste bâtiment diplomatique qui compte une douzaine de pièces.  Lui vit dans une petite pièce que l'ambassade a mise à sa disposition. Selon ses proches, il l'aurait divisée en une partie chambre et une partie bureau. Dans cette pièce, où il dit vivre comme dans une «capsule spatiale», on trouve notamment un lit, une lampe à bronzer, un tapis de course offert par le réalisateur britannique Ken Loach… mais surtout un ordinateur relié à internet qui lui permet de continuer à travailler. Assange a également accès à la kitchenette de l'ambassade, même s'il préfère se faire livrer à manger, d'après son entourage.

La possibilité d’une extradition vers les États-Unis semble réelle au regard de l’attitude de la Grande-Bretagne qui, au lieu de dire qu’elle n’extraderait pas Assange vers les États-Unis, a déclaré qu’elle ne l’extraderait pas vers un pays où il serait passible de la peine de mort.

Songeons aussi à la campagne de communication parfaitement orchestrée menée ces derniers mois sans relâche et qui culmina avec ces rumeurs invérifiées selon lesquelles les Équatoriens entendaient bien se débarrasser de Assange en raison de sa mauvaise odeur et de ses vêtements sales.

C’était là un assassinat symbolique. Dans un premier temps, les attaques visant Assange, venues d’anciens amis et collaborateurs, avaient consisté à déplorer l’évolution de WikiLeaks et la dérive politique de son fondateur, à pointer du doigt sa prétendue obsession anti-Hillary et ses liens suspects avec la Russie.  Ces attaques furent suivies d’autres, diffamatoires et visant cette fois directement sa personne : il fut dès lors présenté comme un individu paranoïaque et arrogant, obsédé par le pouvoir et le contrôle…  Enfin, je l’ai dit, ce furent les mauvaises odeurs et les vêtements tachés.

Assange, paranoïaque ?  Lorsque vous vivez en permanence dans une pièce farcie de micros, en étant l’objet d’une surveillance constante des services secrets, n’avez-vous pas quelques raisons de le devenir ? Assange, mégalomane ? Quand le chef de la CIA (l’ancien chef désormais) déclare que votre arrestation est sa priorité absolue, ne laisse-t-il pas entendre que vous représentez au minimum une menace « considérable » pour certains ?  Assange, se comportant comme le chef d’un réseau espion ?  Mais WikiLeaks est un réseau espion, mais un qui sert les populations, les tenant informées de ce qui se déroule dans les coulisses du pouvoir.

 

Julian Assange dans le car de police lors de l'arrestation

Soulevons donc la grande question : pourquoi maintenant ?  Un nom explique tout, me semble-t-il : Cambridge Analytica.  Un nom qui résume tous les combats de Julian Assange – qui consistent à divulguer les liens entre de grands consortiums privés et les structures gouvernementales –, un nom qui représente tout ce contre quoi il se bat.  Souvenez-vous de tout le tapage fait autour de l’ingérence russe dans les élections américaines, de cette véritable obsession pour ce sujet.

Nous savons maintenant que ce ne sont pas les hackers (pirates informatique) russes (et Assange) qui ont poussé le peuple américain dans les bras de Trump mais des sociétés spécialisées dans le traitement des mégadonnées et entretenant des relations particulièrement étroites avec le pouvoir politique.

Cela ne signifie pas que la Russie et ses alliés sont innocents : ils ont probablement tenté d’influer sur l’issue de ces élections de la même manière que les États-Unis s’efforcent de le faire dans d’autres pays (mais cela s’appelle alors venir en aide à la démocratie…).  Mais cela veut dire que le grand méchant loup qui dénature notre démocratie se trouve bien ici, parmi nous, et non au Kremlin.  Voilà précisément ce que Assange affirmait constamment tout haut.

Mais où se trouve exactement ce grand méchant loup ?  Il y a bien contrôle et manipulation, mais pour en prendre la pleine mesure il importe d’aller au-delà du lien qui peut se constater entre certaines entreprises privées et les partis politiques (comme dans le cas de Cambridge Analytica).  C’est à l’interpénétration de sociétés comme Google et Facebook, spécialisées dans le traitement des mégadonnées, et d’agences gouvernementales dédiées à la sécurité étatique qu’il faut surtout s’intéresser.

Plutôt que de nous indigner de ce qui se passe en Chine, nous ferions mieux de nous indigner de nous-mêmes, qui acceptons de tels contrôles tout en prétendant être pleinement libres, tout en croyant que ces médias nous aident simplement à réaliser nos objectifs (les Chinois, eux, ne se racontent pas d’histoires : ils savent parfaitement qu’ils sont contrôlés).

Le tableau général qui se dessine alors – lorsque nous le complétons par ce que nous savons des toutes dernières avancées de la biogénétique – nous offre une image absolument terrifiante des nouvelles formes de contrôle social, en comparaison desquelles le bon vieux « totalitarisme » du XXe (20e) siècle passe pour une machine de contrôle plutôt grossière et malhabile.

 
 

Faire échapper la Toile au contrôle du capital privé et du pouvoir d’État

La réalisation majeure du nouveau complexe militaro-cognitif a consisté à rendre superflue toute oppression directe et manifeste : les individus sont bien mieux contrôlés et « poussés » dans la direction qui convient lorsqu’ils continuent de se vivre comme des acteurs libres et autonomes de leurs propres existences…  Il y a une autre leçon essentielle de WikiLeaks : notre absence de liberté est dangereuse au plus haut point lorsqu’elle est vécue comme le médium même de notre liberté.

Qu’y a-t-il de plus libre en effet que ce flux communicationnel incessant qui permet à chacun de faire connaître à tous ses opinions et de former à volonté des communautés virtuelles ?  Dans la mesure où la licence et le libre choix font figure de valeurs suprêmes, il semble que le contrôle social et la domination ne menacent plus le sujet et sa liberté : l’individu supposément libre en fait l’expérience en tant qu’expérience de soi-même et, ce faisant, les conforte.  Qu’y a-t-il de plus libre en effet que nos manières de « surfer » sur la Toile sans la moindre contrainte ? Voilà comment opère aujourd’hui « le fascisme qui a l’odeur de la démocratie ».

C’est pourquoi il est absolument impératif de faire échapper la Toile (cybertoile ou Internet) au contrôle du capital privé et du pouvoir d’État, de la rendre entièrement accessible au débat public.  Google contre WikiLeaks (Ring, 2018), ce livre d’Assange étrangement ignoré, contient des pages profondément justes sur le sujet : afin de comprendre comment nos vies sont contrôlées aujourd’hui, et comment ce contrôle est vécu comme une liberté, il nous faut nous intéresser avant tout à la relation tout sauf transparente entre les entreprises privées qui contrôlent nos communs (le bien commun) et les agences de renseignement étatiques.

Nous pouvons maintenant comprendre pourquoi Assange a été réduit au silence : une fois que le « scandale » Cambridge Analytica a éclaté, le pouvoir politique s’est efforcé de le ramener à un cas isolé témoignant d’un « mauvais usage » du fait de quelques sociétés et de quelques partis.  Mais où est l’État lui-même ?  Où sont les appareils à moitié invisibles de ce que l’on appelle le « deep state-l'État profond » ?  Il n’est pas étonnant que le journal The Guardian, qui a consacré des pages entières au « scandale » Cambridge Analytica, ait récemment publié une attaque proprement dégoûtante contre Assange, le présentant comme un mégalomane et un délinquant en cavale.

Écrivez autant que vous le voulez sur Cambridge Analytica et Steve Bannon mais ne réfléchissez surtout pas aux sujets sur lesquels Assange avait attiré votre attention : au fait que les appareils d’État qui sont désormais censés enquêter sur le « scandale » sont eux-mêmes partie intégrante et active du problème.

 

Il espionne les puissants pour le compte des populations

Assange se présentait lui-même comme l’espion des populations, travaillant en leur nom et pour elles : il n’espionne pas les populations pour le compte des puissants ; il espionne les puissants pour le compte des populations.

Voilà pourquoi il n’y a que nous maintenant, nous les populations, pour pouvoir réellement lui venir en aide. Seule notre mobilisation, seule la pression que nous pourrons alors exercer sur le pouvoir politique permettront de le sortir de ce très mauvais pas.

On a pu lire bien des choses sur les méthodes des services secrets soviétiques : comment ils châtiaient leurs traîtres, y compris lorsqu’il leur fallait attendre des décennies pour cela ; comment ils pouvaient aussi libérer leurs membres retenus prisonniers par l’ennemi, et l’obstination qu’ils y montraient.

Assange n’a aucun État avec lui : il n’a que nous, les populations.  Alors faisons au moins ce que faisaient à l’époque les services secrets soviétiques : obstinons-nous à le libérer, et peu importe le temps que cela prendra !

WikiLeaks n’est que le début, et notre devise devrait être une devise maoïste : que fleurissent cent WikiLeaks.  La panique et la rage avec lesquelles les puissants, tous ceux qui contrôlent nos communs numériques, ont réagi au combat de Julian Assange démontrent à elles seules qu’une telle activité touche le nerf le plus sensible.

Dans ce combat, de nombreux coups seront portés en-dessous de la ceinture : de même que Assange avait été accusé de s’être placé au service de Poutine, notre camp sera accusé de jouer le jeu de l’ennemi ; mais il faut s’habituer à cela et apprendre à rendre les coups, à jouer impitoyablement un camp contre l’autre afin de les faire tous deux s’effondrer. (Traduit de l’anglais par Frédéric Joly)

 

Sources: L'intercept; Investig’Action; le Saker France; l'Obs;

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 12 avril 2019

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Notes & Références encyclopédiques:

C'est pourquoi il est absolument impératif de faire échapper la Toile..

 

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