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Un homme humble et une cause noble: un avocat qui s'est lancé corps et âme dans la défense des citoyens et citoyennes de la ville de Shannon, dont les familles de soldats de Valcartier, région de la Capitale-nationale/Québec, Canada, qui sont affublés de cancers car ils ont bu de l'eau provenant de puits artésiens contaminés au TCE appartenant à SNC/Lavalin (General Dynamic) et à la Défense nationale (ministère de la guerre et des armées du Canada).

«

Cette cause de l'eau des puits artésiens de Shannon, j'ai l'intention, si Dieu le veut, de la mener jusqu'au bout. Je continue pour les citoyens et pour ceux qui ont voulu supporter cette cause.
                                           - Charles Veilleux

»

Il roulait beaucoup. Son tableau de chasse professionnel comptait des dizaines de municipalités - entre 60 et 80, affirme-t-il -, toutes des clientes prêtes à décaisser pour ses services juridiques. Mais c'était avant l'ouragan TCE. Avant qu'il se jette «naïvement» corps et âme dans le recours collectif des citoyens de Shannon qui accusent la Défense nationale de les avoir empoisonnés en polluant leur eau potable...

Dix ans après le début de l'aventure, un an après la défaite en Cour supérieure, tandis que le pourvoi en Cour d'appel progresse rondement, l'heure est au bilan.

Seul derrière un bureau planté dans un petit entrepôt bondé, l'avocat Charles Veilleux est loin du faste de ses belles années, lorsqu'il sillonnait le Québec en voiture pour participer aux cocktails, aux congrès et aux autres activités de réseautage lui permettant de recruter de nouveaux clients du monde municipal. Il était associé «senior» d'un cabinet prospère. «Je gagnais bien ma vie.»

Me Veilleux est aussi loin du faste des dernières années quand, dans le nouveau cabinet qu'il avait fondé, une vingtaine de personnes bossaient à ses côtés sur le dossier de la contamination de l'eau de Shannon par le trichloroéthylène (TCE) - le dégraissant industriel cancérogène déversé dans la nappe phréatique depuis les terres voisines de la Défense et d'un sous-traitant.

Le bureau bourdonnait alors, quelques avocats y étaient assistés par du personnel technique et des étudiants venus prêter main-forte. Mais les vannes du financement se sont refermées à la suite de la demi-victoire douloureuse encaissée il y a un an en première instance. Le tribunal a reconnu la pollution, mais n'a pas reconnu le lien avec les maladies des résidants de Shannon et de la garnison Valcartier. Un léger «trouble de voisinage» qui ne donnait pas droit aux faramineuses indemnisations visualisées.

Depuis, les employés ont quitté progressivement - le dernier fidèle est en transition vers son prochain emploi. La plupart sont partis sans brouhaha. Le départ de son associé, l'Américain Stephen Owen Clarke, a fait plus de bruit : il a perdu son droit de pratique au Québec et le fisc a saisi ses biens, lui réclamant 1,1 million $, comme l'avait révélé Le Soleil en décembre ( 01 ).

Me Clarke est rentré chez l'Oncle Sam, emportant son carnet contenant les contacts d'avocats états-uniens ayant investi gros dans le recours collectif. Le cabinet de Me Veilleux leur doit beaucoup, beaucoup d'argent. Des millions de dollars? «Oui.»

Charles Veilleux a récemment accueilli le journaliste du journal Le Soleil à travers les classeurs et les montagnes de boîtes contenant la preuve du dossier de l'eau contaminée par les TCE à Shannon, région de Québec.

Comme un entrepôt

C'est donc seul, entre les classeurs, les bibliothèques débordant de cahiers à anneaux contenant la preuve, les montagnes de boîtes, les rouleaux de plans, les rapports scientifiques, que Charles Veilleux a récemment accueilli Le Soleil. «Quand j'ai commencé comme étudiant [en 1968], j'étais dans des conditions meilleures que celles-ci. On était deux à partager un bureau, mais là c'est un peu comme un entreposage.» Chaque jour, tout de même, il est sur place.

Me Veilleux, est-ce que ce dossier est en train de vous avaler? «J'espère que ce n'est pas ça qui va arriver. Je suis forcé d'y penser très régulièrement... Mais je me sens l'obligation morale de continuer. Et pendant que je m'occupe de ce dossier-là, je ne peux pas aller m'en chercher d'autres.»

Au cours de l'entretien, il observera des pauses, plongé dans les souvenirs, soupesant les réponses à venir. «Il faut dire que j'ai pris de l'âge, que les gens de mon âge qui étaient dans le domaine municipal, durant ces 10 années-là, se sont retirés ou ont été remplacés. La vie fait en sorte qu'on s'en va tous vers notre fin.»

Plus tard durant notre échange, il s'ouvrira un peu plus : «Si j'avais su, je ne l'aurais pas fait

Trop de sacrifices, d'impacts sur sa femme, ses enfants, sur l'ensemble de sa vie. Malgré les dettes, les revers et les saisons qui défilent, à 69 ans il cultive l'espoir : «[Cette cause], j'ai l'intention, si Dieu le veut, de la mener jusqu'au bout. Je continue pour les citoyens et pour ceux qui ont voulu supporter cette cause. Autrement, je pourrais m'occuper à autre chose.»

Il avoue cependant de l'amertume, peut-être un peu de découragement, quand on lui demande s'il voulait devenir l'avocat d'un seul combat : «Ce n'est pas ce que je recherchais. J'avais cru, naïvement, que mes anciennes clientes me reviendraient, mais ça s'est produit dans un seul cas.»

Me Veilleux, n'avez-vous pas envie de jeter l'éponge? Pour répondre, le juriste fait un grand détour par sa jeunesse chez les Jésuites qui enseignaient aux jeunes à trouver leur «vocation». «C'est vrai que ce n'est pas facile, mais je pense qu'il y a des conditions pires que ça dans la vie. Je vais tenir la route tant que Dieu le voudra.» Mais n'est-ce pas une lutte folle? «Ce n'est pas une lutte folle, c'est une lutte plus lourde que ce que j'avais imaginé au départ. [...] Ça en vaudra le coût si les citoyens obtiennent justice

N'empêche, le doute surgit parfois. «J'ai tenté de vérifier chaque fois si je me trompais. Si je m'étais trompé, je n'aurais pas continué. [...] Je suis certain qu'on nous a caché des choses.»

Un deuxième match

Justement, parlant de continuer, la suite de l'histoire, c'est quoi? Les citoyens ont décidé d'interjeter appel. La Défense nationale et son sous-traitant aussi. Tout le monde prépare donc le deuxième match... en pensant déjà à la finale qui devrait être arbitrée par la Cour suprême.

L'argent sera le nerf de la guerre. L'avocat dit apprendre à cultiver une vie plus simple, à composer avec moins, à marcher, à prendre l'autobus. «On n'a pas besoin d'autant d'argent pour vivre.»

Mais pour mener à bon port un dossier d'une telle ampleur, il faut bien du carburant. «Pour l'appel, on parle de sommes très considérables.» D'autant plus que le trajet s'annonce encore long et houleux. «Si ça s'arrête au niveau de la Cour d'appel, on peut prévoir que ça s'arrête à la fin 2014, on peut prévoir une décision à la fin 2014», décrit Me Veilleux. «Réalistement», il est raisonnable de prophétiser que les parties en appelleront au plus haut tribunal canadien après. «Si ça monte en Cour suprême [...] on peut envisager un jugement à la fin 2016 ou au premier semestre de 2017.»

Marie-Paule Spieser

La présidente du Regroupement des citoyens de Shannon ( 02 ), Marie-Paule Spieser, est convaincue que la cause sera portée à l'attention des neuf magistrats de la Cour suprême.

Elle espère que Me Veilleux tiendra le coup. Le recours collectif a pris une telle ampleur, est devenu si tentaculaire, que le juriste a été happé, observe-t-elle. Il a investi toutes ses énergies dans cette cause...

Une cause peu rentable jusqu'à maintenant. «Je suis profondément désolée de ce qui lui arrive. C'est sûr que c'est un processus qui est pénible. Ce ne sont jamais des causes faciles

Source: Baptiste Ricard-Châtelain pour le journal Le Soleil/Gesca pour Power Corporation of Canada

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : le 7 juin 2013

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Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Notes & Références encyclopédiques:

01

À propos de Stephen Owen Clarke - TCE à Shannon: l'intérêt du fisc a un lien avec le recours collectif, selon Me Veilleux - Sur Le Soleil, le 4 décembre 2013

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02

Site du Regroupement des citoyens de Shannon

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