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Grippe A (H1N1): l'OMS au banc des accusés
Doute et suspicion
Le scandale de la grippe A H1N1 - Entrevue avec le Dr Fernand TURCOTTE

Extrait de la Revue Protégez-vous
Paru en février 2010



 

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Doute et suspicion

Pierre Biron, ex-professeur de pharmacologie en médecine à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, est un vieux routier de la pharmacovigilance. Il n’hésite pas à qualifier d’«hystérie pandémique» la situation qui a prévalu en 2009. Pour lui, des besoins criants en santé publique ont été évacués au profit d’une pseudo-crise qui a rapporté gros aux compagnies pharmaceutiques.

«Ne nous leurrons pas : ces compagnies sont parties prenantes des décisions en santé. Plusieurs des membres du conseil consultatif en matière de vaccins de l’OMS sont en conflit d’intérêts», explique ce rare observateur indépendant de la scène pharmaceutique au pays.

Fernand Turcotte, professeur émérite de santé publique et de médecine préventive à l’Université Laval, estime que «c’est un cadeau sensationnel pour l’humanité qu’on ait pu trouver au sein du Conseil de l’Europe des gens qui avaient les connaissances et le courage de dénoncer la situation».

Deux grandes revues médicales,
The British Medical Journal et The Lancet, avaient déjà mis en doute la gestion de l’OMS dans le dossier de la grippe aviaire en 2005. «Autant de signes de dysfonctionnement auraient dû nous pousser à reprendre le contrôle», écrit le Dr Pascal Sacré, médecin spécialiste belge. Surtout que, sans un monitorage serré des cas de grippe et des effets secondaires du vaccin, comment savoir si les personnes malades avaient bel et bien le fameux virus?

L’OMS répond

Aux accusations de conflits d’intérêts, l’OMS répond que son personnel doit remplir une «déclaration d’intérêts», c’est-à-dire dévoiler ses liens avec l’industrie. C’est le même principe pour tous ceux qui signent des articles dans les revues scientifiques. Mais dans le contexte actuel, sans une extrême vigilance et une parfaite intégrité des autorités en place, le glissement est facile, croit Pierre Biron. Car c’est la principale menace qui plane actuellement sur les institutions médicales :

«Depuis les années 1990, nous assistons à une castration systématique des mécanismes de protection. On étire les indications des médicaments en en faisant des instruments de prévention primaire qui sont pour plusieurs personnes complètement inutiles. On assiste à une véritable orgie de dépenses actuellement, car on crée des maladies de toutes pièces», assène le professeur Turcotte.

Dans un point de presse le 14 janvier 2010, l’OMS a maintenu que la pandémie était toujours en vigueur – tout en évoquant une possible troisième vague cet hiver – et a dit qu’elle soumettrait éventuellement sa gestion de la crise à un examen externe. Mais pour elle, le dossier est clos : les observateurs critiques sont dans l’erreur, exagèrent ou font une lecture incomplète des données disponibles. Un dialogue de sourds, quoi.

Des liens incestueux

Liens incestueux entre compagnies pharmaceutiques et chercheurs, études cliniques tronquées ou rédigés par des prête-plumes (ghostwriters) sont mis au jour régulièrement. L’indépendance semble être une denrée rare par les temps qui courent : «Le risque de collusion avec un partenaire qui a un intérêt dans les résultats doit toujours être évalué», dit Pierre Biron. Car qui, au final, paie les pots cassés? La réponse est toujours la même : les citoyens. C’est le danger des partenariats public-privé qui envahissent le domaine médical : une dérive lente, mais sûre, des intérêts citoyens vers des intérêts commerciaux. C’est ce que certains nomment «la marchandisation de la santé».
 

«L’industrie s’infiltre de plus en plus dans la recherche médicale. Avec la bénédiction des autorités provinciales et universitaires. L’institution médicale est éthiquement en faillite»

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Pierre Biron, ex-professeur de pharmacologie en médecine et expert en pharmacovigilance à l’Université de Montréal
 

En fait, c’est le système tout entier qui est remis en question à travers la polémique actuelle. Plusieurs observateurs estiment que la proximité de l’industrie et des instances décisionnelles est beaucoup trop grande. «Par exemple, en 2009, la nomination d’un représentant de Pfizer au conseil d’administration des Instituts de recherche en santé du Canada a soulevé l’ire de 4000 scientifiques qui ont signé une pétition pour protester. Mais cela n’a rien donné», dit M. Biron.

En 2005, le Dr Jerome Kassirer, professeur à la Faculté de médecine de la Tufts University et ex-rédacteur en chef du New England Journal of Medicine, exposait dans son livre On the take les liens financiers qui unissent compagnies pharmaceutiques et médecins, et la dangereuse influence que ces liens ont sur les chercheurs et les politiques sanitaires. «L’industrie s’infiltre de plus en plus dans la recherche médicale. Avec la bénédiction des autorités provinciales et universitaires. On approuve des protocoles dont les objectifs, les méthodes, l’interprétation et la diffusion des résultats sont biaisés en faveur du commanditaire du produit étudié», dit Pierre Biron. Pour lui, «l’institution médicale est éthiquement en faillite».

La gestion québécoise de la crise

Les Drs David Butler-Jones et Alain Poirier, respectivement directeur de la santé publique du Canada et du Québec, étaient à la tête des opérations au pays : «Une fois que l’état-major, c’est-à-dire l’OMS, a passé la commande, les Drs Butler-Jones et Poirier n’avaient pas d’autre choix que de passer à l’action. Dans ce contexte, la crise au Québec a été bien menée : on a prouvé qu’on avait un système de santé capable de faire le travail. Le scénario proposé aux instances internationales a bien fonctionné. Ce qui est potentiellement problématique, c’est ce qui s’est passé au niveau de l’état-major», observe M. Turcotte.

Plusieurs observateurs critiquent cette «militarisation de la santé»

«Les objectifs de santé publique ont été mis de côté par une gestion quasi militaire, totalement inadaptée au problème posé : fin juin, les informations sanitaires permettaient d’envisager une grippe très contagieuse, mais sans gravité particulière», dénonçait le Syndicat des médecins généralistes français dans un éditorial daté du 5 janvier 2010

«La population s’attendait à voir des gens mourir dans la rue. Or, une pandémie de niveau 6 veut simplement dire que le virus est très contagieux et qu’il se répand partout dans le monde», rappelle le Dr Karl Weiss, épidémiologiste et professeur de médecine à l’Université de Montréal.  Note du Webmestre: les médias aidant à la cause voir ici

«La population s’attendait à voir des gens mourir dans la rue. Or, une pandémie de niveau 6 veut simplement dire que le virus est très contagieux et qu’il se répand partout dans le monde»

Dr Karl Weiss
Microbiologiste-infectiologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et professeur titulaire de clinique à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal

Payer la note

Les gouvernements de tous les pays se retrouvent donc avec des millions de doses de vaccins sur les bras.

Au Canada, les dépenses entourant la pandémie s’élèveraient à plus de un milliard de dollars (dont 200 millions au Québec).

En Italie, une association de consommateurs réclame 9,3 milliards d’euros au ministère de la Santé, l’accusant d’avoir exagéré la menace pandémique et d’avoir gaspillé «des sommes faramineuses». Car la note, nécessairement, sera refilée aux citoyens.

Le Dr Alain Poirier relativise : «Les coûts reliés à l’absentéisme et aux consultations du million de gens qui ont eu la grippe au Québec sont beaucoup plus élevés que ceux qui sont reliés au vaccin. Un vaccin qui a justement empêché beaucoup de maladies et d’hospitalisations aux soins intensifs

Pierre Biron n’est pas d’accord : «C’est peut-être l’immunité naturelle des gens qui a joué et non le vaccin. Quand on est prêt à dépenser des centaines de millions de dollars pour acheter, promouvoir et distribuer un vaccin, on doit bien avoir quelques millions pour faire une enquête épidémiologique, qui est de première importance. Or, cette étude n’a pas été faite. Et ça, c’est inexcusable.»

Pour le Dr Poirier, c’est un peu comme si le Québec avait fait des réserves : «Le matériel acheté sera utilisé de toute façon.»

Pierre Biron est catégorique : «C’est scandaleux que des dépenses exagérées, puisées à même les fonds publics, suivies d’une propagande qui étouffe dans l’œuf toute possibilité de débat public, aient pu avoir lieu», dit-il.

«Les coûts liés à l’absentéisme et aux consultations sont beaucoup plus élevés que ceux qui sont reliés au vaccin. Un vaccin qui a justement empêché beaucoup de maladies et d’hospitalisations aux soins intensifs»



Dr Alain Poirier,
Directeur national de santé publique au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec

Perdre confiance

Beaucoup sont restés sceptiques devant l’alarmisme des autorités sanitaires.

Même la directrice générale de l’OMS, la Dre Margaret Chan, reconnaît que le monde a perdu confiance en son organisation. «En grande partie à cause des moyens de communication modernes, Internet en tête», dit-elle. Il faut dire que les points de vue, la lecture des données et l’interprétation des événements sont extrêmement polarisés sur le Net. Pour le profane, difficile de savoir qui dit vrai.

Maintenant que le doute est semé, comment la population réagira-t-elle la prochaine fois? «Le grand danger, c’est que l’échec rejaillisse sur les gens qui ne sont pas responsables du désastre: 99,9 % des acteurs de la scène nationale ont été de bonne foi dans cette histoire. Il a peut-être suffi d’une demi-douzaine de scientifiques véreux pour créer pareille dérive au niveau mondial», observe le professeur Turcotte.

«Je ne crois pas que les citoyens perdront confiance», dit le Dr Alain Poirier. «Nous avons ajusté toutes nos interventions en fonction de la gravité de la situation, et nous avons agi avec modération

Dans un contexte pandémique, «on vous blâme autant si vous agissez que si vous ne faites rien», observe le Dr Karl Weiss. Il est vrai, admet-il, que le risque de voir des gens sous-estimer l’alerte la prochaine fois est bien réel.

Un grand défi attend les autorités sanitaires si les accusations de conflits d’intérêts se confirment : «Il faudra alors expliquer à la population que nous avons été collectivement victimes d’un organisme qui était investi de la mission de nous protéger et qui ne l’a pas fait pour des motifs bassement commerciaux», conclut Fernand Turcotte.

 

Entrevue avec le Dr. Fernand Turcotte

Le Dr Fernand Turcotte est l'un des cofondateurs du Département de médecine sociale et préventive de l'Université Laval. Il y a enseigné durant plus de 30 ans et demeure actif dans le domaine de la santé publique

Extrait de la Revue Protégez-vous
Paru en février 2010


 

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Q. Le Conseil de l'Europe a ouvert une enquête sur le rôle des compagnies pharmaceutiques dans la campagne orchestrée autour du virus H1N1. Un débat d'urgence a été lancé le 26 janvier 2010 et un rapport est attendu d'ici l'été. Que pensez-vous de cette démarche?

R. S'il y a un organisme capable d'aller au fond des choses, c'est bien celui-là. L'hypothèse de la sous-commission de la Santé du Conseil de l'Europe, c'est que les organismes chargés de conseiller la direction de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont peut-être été corrompus. Faire ce travail est absolument essentiel. C'est un cadeau du ciel qu'on ait pu trouver au sein de cette commission technique des gens qui avaient à la fois les connaissances et le courage de prendre l'initiative et de la mener à son terme.

Q. Le Dr Wolfgang Wodarg, qui présidait la sous-commission de la Santé, estime qu'il s'agit d'une «pseudo-pandémie» et que cette affaire illustre la faillite des grandes institutions de santé publique nationales...

R.
Ce diagnostic me paraît plausible, même si j'y mettrais un bémol. Quand on a créé l'OMS après la Seconde Guerre mondiale, il avait été convenu qu'elle aurait la responsabilité de reconnaître une situation d'urgence et de déclencher les mécanismes de santé publique qui, eux, relèvent de la compétence des États membres des Nations Unies. Évidemment, tout cela repose sur le postulat que l'OMS doit prendre des décisions fondées essentiellement sur la connaissance scientifique et la protection de la santé de l'humanité. Il est possible qu'il y ait eu conflit d'intérêts au sein de cette organisation. Une fois que la décision est prise par l'OMS, même si les autorités nationales de santé publique ne sont pas tout à fait d'accord, elles n'ont pas vraiment le choix, elles doivent passer à l'offensive. On fonctionne un peu sur le modèle militaire. Il faut examiner les circonstances qui ont mené les comités consultatifs de la direction de l'OMS à changer la définition de pandémie. Il y a eu une telle précipitation des événements que tout cela est inquiétant. En tout cas, cela soulève des questions auxquelles il faut donner des réponses convenables. Et la seule façon d'y arriver, c'est d'utiliser le mécanisme préconisé par le Conseil de l'Europe.

Q. Ne faudrait-il pas réévaluer la façon dont les décisions sont prises à l'OMS?

R.
 C'est peut-être en effet l'une des conclusions auxquelles l'enquête finira par aboutir. Mais en ce qui concerne le Canada et le Québec, j'ai été agréablement surpris de voir l'extraordinaire capacité de notre système de santé publique à mener une mission aussi délicate que celle-là. À ma connaissance, c'est la première fois qu'on a été en mesure d'assister à pareille démonstration. Bien sûr, il y a eu quelques accidents de parcours, mais dans l'ensemble il est très rassurant de voir qu'on a été capable de rejoindre la proportion de la population qu'il fallait rejoindre pour la protéger contre les effets d'une pandémie, dans les délais requis et sans bouleverser pour autant l'organisation et le fonctionnement habituels du reste du système de santé.

Q. Mais en fin de compte, il n'y a pas eu de pandémie...

R.
En effet, il est clair qu'il n'y en a pas eu. Certains diront qu'il n'y a pas eu de pandémie précisément parce qu'on a vacciné les gens... Jusqu'à un certain point, les arguments en faveur ou non de la vaccination de masse ne sont pas vérifiables. Dans les faits, on pourrait arguer qu'il y a toujours un risque quand on anticipe l'arrivée d'une pandémie; il y a toujours la possibilité que la pandémie ne survienne pas, même si on ne fait rien. Le problème, c'est d'évaluer l'ordre de grandeur du risque qui est acceptable pour l'opinion publique. Et c'est là que les scientifiques qui sont censés siéger aux comités consultatifs sont tellement critiques. Mais encore faut-il que ces scientifiques-là ne soient pas en conflit d'intérêts.

Q. Sachant que le système de santé québécois est à bout de souffle, n'a-t-on pas dépensé de manière inconsidérée quelque 200 millions de dollars et gaspillé beaucoup d'énergie pour contrer une menace largement exagérée?

R.
Bien sûr que ça a coûté du fric! Il est évident que cette dépense-là est une perte sèche nette si le risque n'existait pas. Rétrospectivement, on peut s'apercevoir que la menace était théorique ou mal identifiée. Nous avons été victimes de mécanismes auxquels nous faisions confiance et qui n'ont pas été à la hauteur. Mais parce qu'il faut préserver intacte la crédibilité du système de santé publique, il importe de trouver exactement ce qui n'a pas fonctionné. Selon moi, c'est au sommet du système de santé publique international qu'il faut chercher, c'est-à-dire à l'OMS. Dans ce contexte-là, non seulement il est important de reconnaître le problème et de le corriger, mais il faut surtout faire comprendre à la population que nous avons été collectivement victimes de la corruption d'un organisme international qui était investi de la mission de nous protéger, et qui n'a pas fait son job pour des motifs fondamentalement commerciaux.

Q. Certains spécialistes dans plusieurs pays, notamment en Europe, ont émis des doutes dès le printemps 2009. Au Québec et dans le reste du Canada, aucune voix critique ne semble s'être élevée...

R.
Pourtant, je peux vous assurer qu'il y en avait, puisque j'en faisais partie. Alors comment se fait-il qu'on n'ait rien dit? Eh bien, nous n'avons rien dit parce que, d'une part, nous n'avions pas toute l'information et que, d'autre part, en santé publique, une fois qu'une opération comme celle-là est lancée, il faut la mener à son terme. Évidemment, dans la mesure où tous les éléments de la chaîne de commandement font leurs devoirs. Mais on ne peut pas passer son temps à se demander si la chaîne d'autorité a fait son travail. Il faut croire qu'elle l'a fait, autrement nous serions constamment empêchés de faire notre boulot. Pour intervenir sur un problème comme une pandémie, on n'a pas vraiment le choix des moyens. Surtout quand on doit mobiliser les systèmes de santé de 196 pays, qui ont chacun leurs priorités et leurs manières de fonctionner. Sur certaines choses, il faut donner le la. Et tout le monde doit le respecter.

Q. C'est l'argument-clé de la direction de l'OMS, qui se défend en disant qu'elle ne pouvait pas prévoir l'ampleur de la «pandémie» et qu'elle a donc bien fait son travail...

R.
C'est très facile de dire ça pour l'OMS! C'est pour cela qu'il est très important qu'on amène l'OMS à faire face à sa responsabilité. Or, je ne savais pas qu'une majorité des membres des comités consultatifs sont en situation de conflit d'intérêts. J'aurais refusé de répondre à la question si vous me l'aviez posée il y a deux mois. Mais depuis, il y a eu la décision du Parlement européen. Et j'ai maintenant une confirmation de mes propres soupçons par des gens qui sont très près du centre de la prise de décisions. Mais sur la foi des informations dont je disposais, je n'aurais jamais osé susciter une intervention publique qui aurait pu perturber l'opération de santé publique que le Québec ou que mon pays était en train de mener.

Q. Obéir aux directives de l'OMS pour mener les opérations dans chaque pays est une chose. Mais encore faut-il qu'au sommet de la chaîne de commandement il y ait des gens intègres qui prennent des décisions éclairées, pour le bien du plus grand nombre...

R. Exact. Quand je suis forcé d'envisager cette possibilité de conflits d'intérêts et de failles dans la chaîne de commandement, c'est un peu comme si vous me contraigniez d'envisager que la Vierge Marie soit un travesti... En tant que spécialiste et en tant que citoyen, j'ai le sentiment d'avoir été floué. Si le Conseil de l'Europe arrive à la conclusion qu'il y a eu d'importants conflits d'intérêts en jeu, ce sera une trahison extrêmement grave du mandat qu'on a donné à l'OMS.

Q. N'est-il pas naïf de penser que l'OMS soit animée du seul souci de protéger la population et que ses dirigeants restent insensibles aux pressions des très puissants lobbies pharmaceutiques?

R. On peut qualifier ça de naïveté! Mais il faut comprendre que les mécanismes qui nous mettent à l'abri des conflits d'intérêts ne sont pas encore très bien connus, même des médecins. La situation a vraiment commencé à se détériorer au début des années 1980, pour en arriver aujourd'hui à un état de faillite éthique de la médecine occidentale. Le phénomène a commencé sous les années Reagan, mais il s'est vraiment accéléré sous l'administration Clinton. Et à partir du milieu des années 1990, nous avons assisté à une castration systématique de tous les mécanismes de protection, et de toutes les voix critiques. Toutefois, on avait l'impression que cela concernait uniquement le domaine de la médecine traditionnelle, et que les programmes de santé publique avaient été épargnés. Ils le sont encore pour l'instant, malgré cette affaire des vaccins contre le virus H1N1. C'est nouveau que les vaccins intéressent l'industrie pharmaceutique. Maintenant qu'ils coûtent moins cher à produire et que leur «durée de vie de tablette» est beaucoup plus longue qu'auparavant, ils sont tout à coup devenus un marché intéressant. De plus, avec les maladies infectieuses, il est terriblement facile d'instaurer un sentiment de panique au sein d'une population, de «bousculer» ses autorités politiques et donc de leur faire prendre des décisions dans des contextes où on n'a jamais le temps de tenir compte de tous les paramètres critiques.

Q. Cette affaire de «fausse» pandémie ne risque-t-elle pas de porter atteinte à la crédibilité des autorités sanitaires? Parce que, au fond, on a crié au loup pour rien...

R. C'est en effet le principal danger. Le risque que cet échec catastrophique rejaillisse sur les gens qui n'en sont pas responsables, et que cela nous empêche de fournir à la population la protection que pourrait exiger un autre événement. On recevrait alors le coup de poing après avoir reçu la gifle! C'est toujours la même population qui paiera les pots cassés. Ce serait vraiment grave et injuste, car je pense que 99,9 % des acteurs sur les scènes nationales ont été de bonne foi. Selon moi, il a peut-être suffi d'une demi-douzaine de scientifiques véreux pour créer pareille dérive au niveau mondial.
 

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