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La crise : cupidité organisée contre démocratie désorganisée

Depuis 2007, la Caisse de dépôt et placement du Québec, Conventry inc., la Banque nationale et bien d’autres joueurs friands de la loterie financière intriguent et nous interloquent. Pour mieux comprendre le fonctionnement du système de copinage, l’avidité des conseillers en placements, des agences de cotation et des banques, je vous propose d’étudier le cas de la banque d’affaires états-unienne Goldman Sachs. Vous découvrirez son histoire de trafic d’influences et ses lois financières calquées depuis décennies. Si il y a une banque responsable de la crise financière, la voilà!    JosPublic

 

Le texte est écrit par Matthew C. TAIBBI
Écrivain journaliste spécialisé en politique
Publié par le journal États-Uniens
Rolling Stone magazine
juillet 2009



Merci à Contre-Info
Traduction de J. L. d'Agora/Vox.
Les mises en contexte québécois sont de
JosPublic

Cliquer ici pour avoir accès au texte original en anglais

 

L'histoire grotesque d'une banque d'affaires et courtier en investissement
Goldman Sachs — La grande machine à bulles américaine
Un roman ou un film d'horreur? Peu importe, les citoyens et citoyennes en payent toujours le prix

Bulle #1 La Grande Dépression
Bulle #2 Les valeurs technologiques (la bulle de l’Internet)
Bulle #3 La vogue de l'immobilier
Bulle #4 Le pétrole
Bulle #5
La magouille du renflouage
Bulle #6 Le réchauffement climatique et la bourse du carbone
Conclusion

Les acteurs

Des actions technologiques au prix élevés de l’essence, Goldman Sachs a fabriqué toutes les manipulations du marché depuis la Grande Dépression de 1929 – et elle s’apprête à recommencer.

La première chose qu’il faut que vous sachiez sur Goldman Sachs, c’est qu’elle est partout. La banque d’investissement la plus puissante du monde est une formidable pieuvre vampire enroulée autour de l’humanité, enfonçant implacablement son suçoir partout où il y a de l’argent. En fait, l’histoire de la récente crise financière, qui est aussi l’histoire de la chute de l’Empire américain ruiné par des escrocs, se lit comme le "Qui? est Qui?" des diplômés de Goldman Sachs.


Henri Paulson

Aujourd’hui, la plupart d’entre nous connaissent les principaux acteurs. En tant que dernier ministre des Finances de George Bush, l’ancien PDG de Goldman Henri Paulson a été l’architecte du renflouage, un plan louche pour détourner des milliers de milliards de VOS dollars vers une poignée de ses vieux copains de Wall Street.

Robert Rubin, ex-ministre des finances de Bill Clinton, passa 26 ans chez Goldman avant de devenir président de Citigroup – banque qui, en retour, reçut de Paulson 300 milliards de dollars d’argent public.

Il y a John Thain, cet enfoiré de patron de Merryl Lynch, qui s’offrit un tapis à 87 000 $ pour son bureau alors que sa société implosait. Ancien de chez Goldman, Thain bénéficia d’un don de plusieurs milliards de dollars de Paulson, lequel utilisa aussi des milliards d’argent public pour aider Bank of America à sauver la société sinistrée de Thain.

Il y a Robert Steel, ancien de Goldman et patron de Wachovia, qui s’est accordé 225 millions de dollars de parachutes dorés, pour lui et ses cadres dirigeants, tandis que sa banque s’autodétruisait.

Il y a Joshua Bolten, directeur de cabinet de Bush durant le renflouage, et Mark Patterson, en charge des finances dans le cabinet de Bush, qui était encore un lobbyiste de Goldman un an avant. Et Ed Liddy, un ancien directeur de Goldman que Paulson a chargé du renflouage du géant de l’assurance AIG [1]. Après l’arrivée de Liddy, AIG a versé 13 milliards de dollars à Goldman.

Les directeurs des banques centrales du Canada et d’Italie sont des anciens de Goldman, comme le sont le directeur de la Banque Mondiale, le directeur du New York Stock Exchange  [2]
, les deux derniers directeurs de la Réserve Fédérale de New York – laquelle est, à propos, maintenant chargée du contrôle de Goldman – sans parler de…

Mais toute tentative de construire la narration autour de tous les anciens de Goldman qui occupent des positions influentes devient un exercice absurde et sans objet, un peu comme essayer d’établir la liste de toutes les choses sur Terre. Ce que vous devez voir est le plan d’ensemble : si l’Amérique est aspirée par un siphon, Goldman Sachs a trouvé le moyen d’être ce siphon – une lacune extrêmement malheureuse dans le système capitaliste occidental, qui n’a jamais prévu que, dans une société qui se laisse passivement gouverner par le Marché libre et des élections libres, la rapacité organisée gagne toujours sur la démocratie désorganisée.

La puissance et le pouvoir sans précédent de la banque lui ont permis de transformer l’Amérique en une pompe à fric géante, manipulant pendant des années des secteurs économiques entiers, déplaçant ses pions quand tel ou tel marché s’effondre, et tout le temps se gorgeant de coûts cachés qui brisent des familles partout – prix du pétrole, taux des crédits à la consommation, fonds de pension à moitié mangés, licenciements massifs, futurs impôts pour rembourser les renflouages. Tout cet argent que vous perdez, il va quelque part et, au sens propre comme au figuré, il va à Goldman Sachs. Cette banque est une immense machine, hautement sophistiquée, pour convertir la richesse utile en la substance la moins utile, la plus gâchée qui soit – le pur profit d’individus déjà riches.

Ils réalisent cela en utilisant encore et toujours le même protocole. La formule est relativement simple : Goldman se place au milieu d’une bulle spéculative, vendant des investissements qu’ils savent être de la merde. Ils aspirent alors de vastes sommes des classes moyennes et basses de la société, avec l’aide d’un État invalide et corrompu qui leur permet de réécrire les règles en échange de quelques pourboires que la banque jette aux politiciens. À la fin, quand la bulle éclate, laissant des millions de citoyens ordinaires sur le carreau, ils recommencent tout le processus, venant à notre rescousse pour nous prêter avec intérêt notre propre argent, tout en se présentant comme des hommes désintéressés, juste une bande de chics types qui sont là pour aider la machine à tourner. Ils nous ont fait le même coup encore et encore depuis les années 1920 – et aujourd’hui, ils se préparent à le faire encore en créant ce qui pourrait
bien être la plus grande et plus impudente bulle de tous les temps.

Si vous voulez comprendre comment nous sommes entrés dans cette crise financière, vous devez d’abord comprendre où tout l’argent est allé – et pour comprendre ça, vous devez comprendre comment Goldman s’est débrouillé dans le passé. C’est une histoire longue de cinq bulles exactement – y compris le pic du prix du pétrole l’an dernier (2008), étrange et apparemment inexplicable. Il y eut beaucoup de perdants dans chacune de ces bulles, ainsi que dans le renflouage qui suivit. Mais Goldman n’était pas parmi eux.

Bulle n° 1 La grande Dépression

Goldman n’a pas toujours été le colosse de Wall Street, trop-gros-pour-faire-faillite, qu’il est devenu depuis longtemps. La banque a été fondée en 1869 par un immigrant allemand du nom de Marcus Goldman, qui l’a développée avec son gendre Samuel Sachs. Ils ont été les pionniers de l’utilisation du « papier commercial », ce qui est juste une façon chic de dire qu’ils ont fait de l’argent en prêtant à court terme à des emprunteurs occasionnels de Manhattan.

Vous pouvez probablement deviner l’évolution de Goldman dans ses 100 premières années : la courageuse banque, dirigée par des immigrants, gagne ses paris, se développe et se fait des tonnes de fric. Dans cette histoire ancienne, il n’y a vraiment qu’un épisode qui mérite l’intérêt, à la lumière des récents événements : la désastreuse incursion de Goldman dans la folie spéculative de Wall Street durant les années 1920, avant le crash.

Ce grand "Hindenburg" (56) de l’histoire financière a quelques caractéristiques qui semblent familières. À l’époque, le principal instrument financier utilisé pour traire les investisseurs s’appelait un « investment trust» [3]
. Semblables aux actuels fonds mutualisés, les trusts prenaient l’argent liquide des investisseurs, petits et grands, et (au moins en théorie) l’investissaient dans une palette de valeurs de Wall Street, mais les valeurs et leur montant étaient souvent cachés du public. Ainsi, un type normal pouvait investir 10$ ou 100 $ dans un trust et se sentir comme un grand joueur. A peu près comme dans les années 1990, quand de nouveaux instruments tels que la spéculation "day trade" [4] ou la spéculation en ligne attirèrent des wagons de nouveaux pigeons qui s’imaginaient des caïds de la finance, les fonds d'investissements attirèrent une nouvelle génération de types normaux dans le jeu spéculatif.

Débutant un processus qui se répètera encore et toujours, Goldman entra dans le jeu du fonds d'investissement tardivement, puis y plongea à fond et se goinfra. La première étape fut la Goldman Sachs Trading Corporation ; la banque émit un million d’actions à 100 $ pièce, acheta toutes ces actions avec son propre argent, puis en revendit 90 % à 104 $ à un public affamé. La Trading Corporation acheta alors sans relâche des actions, faisant monter les prix toujours plus haut. Finalement, elle se débarrassa d’une partie de ses avoirs et finança un nouveau trust, la Shenandoah Corporation, émettant des actions de ce fonds pour des millions de dollars – lequel à son tour finança encore un nouveau trust, la Blue Ridge Corporation. De cette façon, chaque Fonds d'investissement servait de façade à une pyramide infinie d’investissements : Goldman se cachant derrière Goldman se cachant derrière Goldman. Sur les
7 250 000 actions initiales de Blue Ridge, 6 250 000 étaient en fait détenues par Shenandoah – laquelle, bien sûr, était en grande partie détenue par Goldman Trading.

Le résultat final (ça ne vous rappelle pas quelque chose ?) était une guirlande d’argent emprunté, du genre délicieusement vulnérable à une baisse de performance en n’importe quel point de la chaîne. L’idée de base n’est pas difficile à voir : vous apportez un dollar et en empruntez neuf ; puis vous utilisez ces 10 $ pour en emprunter 90$ ; puis ces 100 $ servent à emprunter et investir 900 $, tant que le public continue à investir. Si le dernier trust de la chaîne commence à perdre de la valeur, vous n’avez plus l’argent nécessaire pour rembourser vos investisseurs et tout le monde est massacré.

Dans un chapitre intitulé « En Goldman Sachs nous croyons » de son livre The Great Crash, 1929, le célèbre économiste John Kenneth Galbraith prend les trusts Blue Ridge et Shenandoah comme des exemples classiques de la folie de l’endettement par effet de levier
[5]. Les trusts, écrit-il, ont été une cause majeure du crack historique ; en dollars d’aujourd’hui, les pertes des banques s’élevèrent à 475 milliards. « On ne peut s’empêcher de s’émerveiller de l’inventivité qui a conduit à cette gargantuesque folie », observe Galbraith, comme un Keith Olbermann en tenue de soirée [6]. « Dans le domaine de la folie, l’échelle de celle-ci relève de l’Épopée. »

 

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Bulle n° 2
Les valeurs technologiques (la bulle de l’Internet)


Faisons un saut de 65 ans dans le temps. Non seulement Goldman a survécu a l’effondrement des marchés du « Grand Crash Boursier de 1929 » qui a fait disparaître tant d’investisseurs qu’elle avait escroqué, elle devint la principale mandatrice (7) des plus riches et puissantes compagnies du pays.

Grâce à Sidney Weinberg, qui s’éleva du rang de concierge jusqu’à la tête de la firme, Goldman a été pionnière de l’introduction en bourse des sociétés, un des principaux et plus efficace moyen par lequel les sociétés lèvent de l’argent. Durant les décennies 1970 et 1980, Goldman n’était peut-être pas encore "l’Etoile de la Mort" dévoreuse de planètes, politiquement influente, qu’elle est devenue aujourd’hui, mais elle était déjà dans le haut du panier, avec la réputation d’attirer les plus brillants talents de Wall Street.

Étrangement, la banque avait la réputation de respecter la déontologie bancaire et d’avoir une approche patiente de l’investissement excluant le profit rapide ; ses cadres étaient entraînés à intégrer le mantra de la firme : « avide de long terme ». Un ancien banquier de Goldman qui a quitté la firme au début des années 1990, se souvient d’avoir vu ses supérieurs renoncer à une affaire très profitable sur la base qu’elle serait perdante sur le long terme. « Il nous est arrivé de rendre de l’argent à des grandes sociétés adultes qui voulaient mener des opérations non éthiques avec nous », dit-il. « Tout ce que nous avions fait était légal et honnête – mais notre crédo "avide de long terme" nous imposait de ne pas faire tel profit si le prix collectif à payer était de nuire à la place financière».

À cette époque, quelque chose se passa. Il est difficile de dire quoi exactement ; c’est peut-être le fait que le co-président de Goldman au début des années 1990, Robert Rubin, suivit Bill Clinton à la Maison Blanche où il dirigea le Conseil économique national et devint finalement le ministre des Finances [8]. Tandis que les médias américains tombaient amoureux de la paire de baby-boomers nichant à la Maison Blanche, des yuppies ayant eu 20 ans dans les années 60, il y eut aussi un franc béguin pour Rubin, qui fut présenté comme la plus brillante personne qui ait jamais existé, sans l’ombre d’un doute laissant Newton, Einstein, Mozart et Kant loin derrière.

Rubin était l’archétype même du banquier de Goldman. Il était probablement né dans un complet à 4 000$, il avait sur le visage une expression qui semblait signifier « pardon d’être tellement plus intelligent que vous » et, tel un monsieur Spock, il ne semblait éprouver aucune émotion. Le seul sentiment humain qu’on aurait pu lui attribuer serait le cauchemar d’avoir à voyager en classe touriste. Il devint un cliché national que tout ce que Rubin pensait était le mieux pour l’économie – un phénomène qui atteint son apogée en 1999, quand Rubin fit la couverture du Time avec son adjoint aux Finances Larry Summers et le patron de la Fed [9]
, Alan Greenspan, sous le titre "LE ComitÉ POUR SAUVER LE MONDE". Et « ce que pensait Rubin » essentiellement, c’était que l’économie américaine et en particulier les marchés financiers, étaient sur-règlementés et avaient besoin d’être libérés. Durant son passage aux Finances, la Maison Blanche de Clinton prit une série de mesures qui eurent des conséquences radicales sur l’économie mondiale – à commencer par l’échec complet de Rubin à contrôler son ancienne firme quand elle se lança dans sa première course folle aux profits immédiats et obscènes.

Le principe de l’escroquerie de la "bulle Internet ou technologique" est très facile à comprendre, même pour les nuls en finance. Des sociétés, qui ne valaient guère plus que des idées trouvées sous l’influence du cannabis et écrites sur un coin de nappe par des fumeurs de joints attardés, furent introduites en bourse [10]
, leur promotion assurée par les médias et vendues au public pour des milliards. C’était comme si les banques, dont Goldman, avaient emballé dans un joli papier-cadeau des pastèques, les avaient lâchées du 50e étage tout en décrochant les téléphones pour les mettre aux enchères. Dans ce jeu, vous ne gagnez que si vous récupérez votre argent avant que la pastèque n’atteigne le trottoir.

Ça semble évident maintenant, mais ce que l’investisseur moyen ne savait pas à ce moment-là, c’est que les banques avaient changé les règles du jeu pour améliorer l’apparence de ces affaires. Elles avaient mis au point un système d’investissement à deux classes – une pour les initiés qui connaissaient les vrais chiffres et l’autre pour les profanes qui étaient invités à suivre des prix gonflés que les banques elles-mêmes savaient être irrationnels. Alors que l’ancien fonctionnement de Goldman était de profiter des changements législatifs, son innovation clé durant les années de la "bulle technologique-Internet" a consisté à abandonner ses propres normes de contrôle de qualité.

« Depuis la Grande Dépression, il existait de strictes règles de mandatement financier que Wall Street suivait lors de l’introduction en bourse », dit le gérant d’un des premiers hedge-funds. [11]
  « La société doit exister depuis au moins 5 ans et elle doit avoir dégagé un bénéfice pendant au moins 3 années consécutives. Mais Wall Street a jeté ces règles à la poubelle ». Goldman a complété le rideau de fumée en gonflant les actions contrefaites : « leurs analystes disaient partout que l'entreprise "Connerie.com" valait 100 $ l’action ».

Le problème c’est que personne n’avait dit aux investisseurs que les règles avaient changé. « Tout le monde dans les banques savait », dit le gérant. « Il est absolument sûr que Bob Rubin connaissait les règles de l’introduction en bourse. Elles n’avaient pas bougé depuis les années 1930 ».

Jay Ritter, professeur de finances à l’Université de Floride, spécialiste des introductions en bourse, dit que les banques comme Goldman savaient parfaitement que de nombreuses sociétés qu’elles introduisaient en bourse ne feraient jamais une cenne de bénéfice. « Au début des années 1980, les plus grandes banques exigeaient 3 années bénéficiaires. Puis, ça a été un an, puis un trimestre. Au moment de la bulle Internet, les banques ne demandaient même pas une prévision de rentabilité ».

Goldman a nié avoir changé les normes de l’introduction en bourse durant les années de la "bulle technologique/Internet", mais ses propres statistiques démentent son affirmation. Comme elle avait fait pour les "fonds d'investissements" dans les années 1920, Goldman commença doucement les années Internet et finit surexcité. Après avoir introduit en bourse en 1996 une société peu connue, Yahoo!, Goldman devint ensuite rapidement le roi de l’introduction en bourse de l’ère Internet. Parmi les 24 sociétés que la banque introduisit en bourse en 1997, un tiers perdaient de l’argent au moment de l’introduction. En 1999, au sommet de la bulle, la banque introduisit en bourse 47 sociétés, parmi elles des mort-nées comme Webvan et eToys, des offres d’investissement qui ressemblaient beaucoup à Blue Ridge et Shenandoah. Dans les quatre premiers mois de l’année suivante, Goldman introduisit en bourse 18 sociétés dont 14 perdaient de l’argent à ce moment-là. Comme premier mandataire des actions Internet durant la bulle, Goldman produisit un résultat beaucoup plus volatile que ses concurrents : en 1999, les actions des sociétés introduites en bourse par Goldman montèrent de 281 % au dessus de leur prix d’introduction, comparé à une moyenne de 181 % pour Wall Street.

Comment Goldman réalisa-t-elle des résultats aussi extraordinaires ? Une réponse est qu’ils utilisèrent une pratique appelée « laddering/effet de levier [12] », ce qui n’est qu’un mot chic pour dire qu’ils ont manipulé les prix des actions offertes. Voici comment ça marche : disons que vous êtes Goldman Sachs et que la société "Connerie.com" vient vous voir pour vous demander de l’introduire en bourse. Vous vous mettez d’accord sur les conditions habituelles : vous évaluez l’entreprise, déterminez le nombre d’actions offertes au public et embarquez le PDG de "Connerie.com" en tournée pour papoter avec les investisseurs, tout ça pour une commission substantielle (typiquement 6 à 7 % du capital récolté). Vous promettez alors à vos meilleurs clients le droit d’acheter de gros paquets d’actions au prix d’introduction – disons que "Connerie.com" débute à un prix de 15 $ l’action – en échange de la promesse que ces clients
achèteront encore d’autres actions plus tard, sur le marché. Cette exigence, apparemment innocente, vous donne une connaissance d’initié de l’évolution du prix de l’action, connaissance qui n’était pas partagée avec les couillons de courtiers banals, lesquels n’avaient que le prospectus pour se faire une idée. Vous savez que certains de vos clients qui ont acheté X actions à 15 $ vont aussi en acheter Y de plus à 20 ou 25 $, ce qui garantit pratiquement que le prix va monter jusqu’à 25 $ et au-delà. De cette façon, Goldman pouvait faire monter artificiellement le prix de l’action, ce qui, évidemment, profitait à la banque – une commission de 6 % sur 500 millions de dollars, c’est de l’argent.

Goldman fut poursuivi plusieurs fois par des actionnaires pour s’être livré à l'utilisation de l'effet de levier à l’occasion de l’introduction en bourse de plusieurs sociétés Internet, dont Webvan et NetZero. Ces manoeuvres frauduleuses attirèrent aussi l’attention de Nicholas Maier, manager de Cramer & Co., le fonds spéculatif dirigé à l’époque par le salaud de Jim Cramer, maintenant célèbre animateur de télévision, un autre ancien de Goldman.

Maier dit à la Securities Exchange Commission (SEC) [13] que, quand il travaillait pour Cramer entre 1996 et 1998, il a été forcé à plusieurs reprises de participer à des opérations d'effet de levier pour les introductions en bourse de Goldman. « D’après ce dont j’ai été témoin, Goldman était la pire délinquante », dit Maier. « Ils ont complètement nourri la bulle. Et c’est précisément ce genre de comportement qui a causé l’effondrement du marché. Ils ont bâti ces actions sur une base illégale – ont manipulé le prix à la hausse – et, vers la fin, ce sont les petits qui ont fini par acheter ». En 2005, Goldman accepta de payer 40 millions de dollars pour ses fraudes d'effet de levier – une amende ridicule comparée aux énormes profits que la banque a réalisés. (Goldman, qui a nié avoir mal agi dans tous les procès qu’elle a arrêtés par une négociation hors cour, a refusé de répondre à mes questions concernant cette histoire.)

Une autre pratique à laquelle Goldman s’est livrée durant la "bulle technologiques/Internet" était le « spinning », mieux connu sous le nom de corruption. Dans ce cas, la banque offrait aux cadres dirigeants de la société mise en bourse des actions à un prix très préférentiel, en échange de leur clientèle future. Les banques qui pratiquaient le "spinning" sous-estimaient le prix initial d’introduction sur le marché, s’assurant ainsi que ce prix bas, dont elles faisaient profiter les initiés, allait très probablement monter rapidement, apportant ainsi des gains immédiats aux cadres favorisés. Ainsi, au lieu d'offrir l'entreprise "Connerie.com" à 20 $, la banque approchait le PDG de "Connerie.com" et lui offrait un millions d’actions de sa propre société à 18 $ en échange de sa clientèle – avec comme effet de voler tous les nouveaux actionnaires de "Connerie.com" en détournant vers le compte privé du PDG des liquidités qui, sinon, seraient allées sur le compte de la société.

Dans un cas, on prétend que Goldman aurait ainsi offert plusieurs millions de dollars au PDG d’eBay Meg Whitman, lequel rejoignit plus tard le directoire de Goldman, en échange de la clientèle future d’eBay. D’après un rapport du comité des services financiers de la Chambre des représentants, Goldman a fait cette offre spéciale aux cadres dirigeants de 21 sociétés qu’elle a introduites en bourse, y compris le cofondateur de Yahoo ! Jerry Yang et deux des plus grands gredins de l’âge des scandales financiers – Dennis Kozlowski de Tyco et Ken Lay d’Enron. Goldman dénonça avec colère le rapport, le qualifiant de « flagrante distorsion des faits » - peu de temps avant de payer 110 millions de dollars pour mettre fin à une enquête sur le "spinning" et autres malversations lancée par les autorités de l’État de New York. « "Le spinning" lors des introductions en bourse n’était pas une peccadille sans importance », dit le
procureur général de l’époque, Eliot Spitzer. « Au contraire, c’était une partie intégrante d’un schéma frauduleux destiné à gagner des parts du marché de la banque d’affaires. »

De telles pratiques ont contribué à faire de la bulle technologique/Internet un des plus grands désastres de l’histoire : quelques cinq mille milliards de dollars de richesse furent effacés sur la bourse NASDAQ seulement. Mais le vrai problème n’est pas l’argent perdu par les actionnaires, c’est l’argent gagné par les banquiers d’affaires, qui reçurent de copieuses primes pour avoir faussé le marché. Au lieu d’avoir appris à Wall Street que les bulles finissent toujours par dégonfler, les années Technologiques/Internet ont démontré aux banquiers qu'à l’âge du capital circulant librement et des sociétés financières privées, les bulles sont incroyablement faciles à créer et les primes individuelles sont en fait plus grosses quand la folie et l’irrationalité l’emportent.

Nulle part ceci n’a été plus vrai que chez Goldman. Entre 1999 et 2002, la firme a versé 28,5 milliards de dollars de primes – en gros une moyenne de 350.000 $ par an et par employé.e. Ces montants sont importants parce que l’héritage clé de la bulle Technologique/Internet est que l’économie est maintenant conduite en grande partie par le maintien des énormes salaires et bonus que de telles bulles rendent possibles. Le mantra de Goldman, «avide de long terme», s’est évanoui quand le jeu est devenu toucher son chèque avant que la pastèque ne touche le trottoir.

Le marché n’était plus un lieu gouverné par la raison pour développer des entreprises rentables : il était devenu l’immense océan de l’argent des autres où les banquiers attiraient de vastes sommes par tous les moyens imaginables, pour essayer de convertir cet argent en bonus et salaires le plus vite possible. Vous avez utilisé l'effet de levier et pratiquer la corruption avec 50 introductions de sociétés Internet, et alors ? Le temps que la SEC vienne vous mettre une amende de 110 millions de dollars$, le yacht que vous avez acheté avec vos bonus avait déjà 6 ans. De plus, vous n’étiez probablement plus chez Goldman à ce moment-là, en charge des finances du pays ou de l’État du New Jersey. Un des moments vraiment comiques de l’histoire de l’effondrement de la bulle technologique/Internet fut quand le gouverneur du New Jersey Jon Corzine, qui dirigea Goldman de 1994 à 1999 et partit avec 320 millions de dollars grâce aux introductions en bourse, affirma en 2002 : « Je n’avais jamais entendu le terme "effet de levier" jusqu’à aujourd’hui. »

Pour une banque qui paye 7 milliards de dollars par an en salaires, 110 millions d’amendes à payer 5 ans plus tard étaient rien moins que dissuasives – c’était une plaisanterie. Une fois que la bulle technologique/Internet avait éclaté, Goldman n’avait aucune incitation à réexaminer sa nouvelle stratégie de recherche du profit ; la banque chercha juste une autre bulle à gonfler. Il s’avéra que, en grande partie grâce à Rubin, une autre était prête.

Bulle n° 3 La vogue de l’immobilier

Le rôle de Goldman dans le désastre absolu que fut la bulle immobilière n’est pas difficile à retracer. Là aussi, la combine de base fut une dégradation des règles bancaires, bien que dans ce cas il ne s’agissait pas des règles d’introduction en bourse, mais de celles des prêts immobiliers. Maintenant, presque tout le monde sait que, pendant des décennies, les prêteurs exigeaient des emprunteurs qu’ils soient capables de fournir au moins 10 % d’apport personnel, qu’ils aient des revenus réguliers, une bonne côte de crédit ainsi qu’un vrai prénom et patronyme. Mais, à l’aube du nouveau millénaire, les prêteurs jetèrent subitement tout ce caca par la fenêtre et commencèrent à signer des prêts sur des serviettes en papier à des serveuses et d’ex-taulards ayant en poche cinq balles et une barre de chocolat Mars [14].

Rien de cela n’aurait été possible sans les banquiers d’affaires comme Goldman, qui créèrent des véhicules pour emballer ces adorables prêts et les vendre en masse à des compagnies d’assurance et des fonds de pension sans défiance. Ceci créa un marché de masse pour la dette toxique qui n’aurait jamais existé avant. Dans l’ancien temps, aucune banque n’aurait voulu avoir en portefeuille le prêt d’un quelconque ex-taulard drogué sachant la probabilité qu’il ne soit pas remboursé. En d’autres mots, vous ne pouvez signer de tels prêts que si vous avez quelqu’un à qui les vendre, quelqu’un qui ignore ce qu’ils sont en réalité.

Goldman utilisa deux méthodes pour dissimuler la saleté qu’ils vendaient. En premier lieu, ils ont fait des liasses de centaines de différents prêts immobiliers dans des instruments appelés CDO [15].  Ensuite, ils ont vendus aux investisseurs l’idée que, parce qu’une liasse de ces prêts se comporterait bien dans l’ensemble, il n’y avait pas de raison de s’inquiéter trop des « adorables [16]
». Le CDO, dans son ensemble, était solide. Ainsi, les prêts notés comme des déchets ont été transformés en investissements notés AAA [17]. En second lieu, pour se couvrir contre le risque sur ses propres paris, Goldman obtint une assurance de compagnies comme AIG [18]  assurance connue sous le nom de CDS [20] sur les CDO. Les CDS étaient fondamentalement un pari sur une course de chevaux entre AIG et Goldman : Goldman parie que les ex-taulards vont faire défaut sur leur prêt, AIG parie qu’ils le rembourseront. Il y avait un seul problème avec ces affaires : toute leur mécanique était exactement le genre de spéculation dangereuse que les agences fédérales sont supposées refréner. Les produits financiers dérivés comme les CDO et les CDS avaient déjà provoqué une série de catastrophes financières : Procter & Gamble et Gibson Greetings y perdirent tous deux des fortunes. En Californie, le comté d’Orange fut forcé de se déclarer en cessation de paiement en 1994. Cette année-là, un rapport du bureau de comptabilité du Gouvernement [21] recommandait de réglementer strictement ce type d’instruments financiers – et, en 1998, la présidente de la commission des transactions à terme sur les matières premières [22] [CFTC], Brooksley Born,
confirma cette recommandation. En mai 1998, elle écrivit une lettre à l’administration Clinton et aux dirigeants économiques suggérant que les banques soient tenues de fournir plus de détails sur le négoce des dérivés et qu’elles soient aussi tenues de faire des provisions pour amortir les pertes.

Plus de règlementation n’était pas exactement ce que Goldman avait en tête. « Les banques sont furieuses – elles veulent bloquer la réforme », dit Michael Greenberger, qui travaillait pour Born comme directeur des marchés et des transactions financières à la CFTC et qui est maintenant professeur de droit à l’université du Maryland. « Greenspan, Summers, Rubin et [le patron de la SEC Arthur] Levitt veulent aussi la bloquer. » Cette bande des quatre de Clinton régnant sur l’économie – « spécialement Rubin », selon Greenberger – convoqua Born pour une réunion et ils plaidèrent leur cause. Malgré cela, Born refusa de faire machine arrière et continua à demander une meilleure règlementation des dérivés. Aussi, en juin 1998, Rubin dénonça publiquement la position de Born, recommandant finalement que la CFTC soit privée de son pouvoir de règlementation. En 2000, le dernier jour de sa législature, le Congrès adopta la – maintenant fameuse – loi de modernisation des transactions à terme sur les matières premières [22]
, loi qui fut insérée à la dernière minute dans un collectif budgétaire de plus de 1000 pages, avec presqu’aucun débat au Sénat. Les banques étaient maintenant libres d’échanger des CDS en toute impunité.

Mais l’histoire ne se termina pas là. En 2000, AIG, le principal fournisseur de CDS, approcha le département des assurances de l’État de New York pour lui demander si les CDS seraient règlementés en tant qu’assurances. À l’époque, le bureau des assurances était dirigé par Neil Levin, un ancien vice-président de Goldman. Celui-ci décida que les CDS ne seraient pas règlementés. Devenue libre d’émettre des CDO et d’acheter des CDS autant qu’elle voulait, Goldman se jeta frénétiquement dans le marché du prêt immobilier.

En 2006, à l’apogée de la bulle, Goldman avait émis pour 76,5 milliards de dollars de produits dérivés basés sur des prêts immobiliers – un tiers de ces prêts étant des subprimes -, la plus grande part de ces produits étant vendue à des investisseurs institutionnels comme des fonds de pension et des compagnies d’assurance. Et, dans ces émissions massives, il y avait de vastes marécages de merde.

Prenons une émission de cette année-là, GSAMP Trust 2006-S3 pour 494 millions de dollars. De nombreux prêts correspondaient à un second emprunt par les emprunteurs et leur capital moyen ne valait que 0,71 % de leur emprunt. De plus, 58 % des prêts étaient peu ou pas documentés – pas de nom de l’emprunteur, pas d’adresse, juste le code postal. Malgré cela, les deux principales agences de notation, Moody’s et Standard & Poor’s, donnèrent à 93 % de l’émission la note « qualité pour investisseur » [23]. Moody’s prédisait que moins de 10 % des prêts feraient défaut. En réalité, 18 % furent en défaut de paiement dans les 18 mois.

Mais Goldman n’était pas exposée au risque. La banque pouvait acheter ces prêts affreux, complètement irresponsables, à des firmes pires que des gangsters comme Countrywide et les revendre à des municipalités et des retraités – des vieux, bon sang ! – en affirmant que ce n’était pas la pire bouse de vache qu’on ait jamais vue. Mais tout en faisant cela, la banque prenait des positions à la baisse sur ce marché. En clair, elle pariait contre la merde qu’elle-même vendait. Pire encore, Goldman s’en félicitait publiquement. « Le secteur du prêt immobilier continue à être faible », se vantait David Viniar, responsable financier de la banque, « en conséquence, nous avons subi des pertes sur nos positions acheteuses… Cependant, notre gestion du risque sur ce marché consistait à être baissier et notre position nette vendeuse a été bénéficiaire ». En d’autres termes, les dérivés de prêts immobiliers que Goldman vendait étaient pour les crétins.

On ne pouvait gagner de l’argent qu’en pariant contre ces mêmes prêts immobiliers. « Voilà jusqu’où ces salopards ont osé aller », dit le gérant d’un Hedge fund. « Au moins, avec les autres banques, vous pouviez dire qu’elles étaient seulement stupides – elles croyaient à ce qu’elles vendaient et elles ont implosé avec la bulle. Goldman savait ce qu’elle faisait ». Je demande au gérant comment il se peut que vendre quelque chose et parier contre – surtout si vous en savez plus sur les faiblesses des produits que le client – ne soit pas considéré à un délit d’initié. « C’est exactement un délit d’initié », dit-il, « c’est le coeur même du délit d’initié ».

Finalement, de nombreux investisseurs fâchés se sont regroupés. Après l’éclatement de la bulle immobilière, comme une répétition virtuelle de la bulle Internet, Goldman fut touché par une vague de procès, dans lesquels la banque fut accusée d’avoir caché l’information pertinente sur la qualité des prêts immobiliers qu’elle émettait. Les autorités de l’État de New York poursuivent Goldman ainsi que 25 autres courtiers pour avoir vendu des liasses des prêts merdeux de Countrywide à des fonds de pension de fonctionnaires, lesquels ont perdu 100 millions de dollars sur leur investissement. Le Massachusetts aussi a enquêté sur Goldman pour les mêmes raisons, agissant au nom de 714 détenteurs de prêts prédateurs. Mais cette fois encore, Goldman s’en est sortie pratiquement indemne, écartant les menaces en acceptant de payer une somme dérisoire, 60 millions de dollars$ – environ ce que son département des CDO gagnait en un jour et demi pendant le boom immobilier.

Les conséquences de la bulle immobilière sont toutes bien connues – elle a conduit, plus ou moins directement, à l’effondrement de Bear Stearns, Lehman Brothers et AIG, dont le portefeuille toxique de CDS était composé, pour une part significative, d’assurances que des banques comme Goldman avaient achetées pour couvrir le risque de leur propre portefeuille immobilier. En fait, au moins 13 milliards de dollars d’argent public, donnés à AIG pour son renflouage, sont allés à Goldman, ce qui signifie que la banque a gagné deux fois sur la bulle immobilière : elle a d’abord arnaqué les investisseurs qui ont acheté ses CDO pourris en pariant contre ses propres produits merdeux, puis elle s’est retournée et a arnaqué le contribuable en le faisant payer ces mêmes paris.

Et de nouveau, tandis que le monde s’effondrait autour de la banque, Goldman s’assura que tout irait très bien du côté des rémunérations. En 2006, le montant des rémunérations grimpa à 16,5 milliards de dollars – une moyenne de 622.000 $ par employé. Comme l’expliqua un porte-parole de Goldman, « Nous travaillons très dur ici ». Mais le meilleur était encore à venir. Tandis que l’effondrement de la bulle immobilière expédia la plupart du monde financier vers la sortie ou la prison, Goldman doubla la mise – et, presque seul, créa encore une autre bulle, une dont le monde ignore encore que la firme y est impliquée.
 

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Bulle n° 4  Le pétrole à 4$ le gallon aux USA


Au début de 2008, le monde financier était en plein désarroi. Wall Street avait passé les 25 dernières années à provoquer un scandale après l’autre, ce qui ne laissait pas grand-chose à vendre qui ne fût avarié. Les termes junk bond
[24], IPO, subprime mortgage [25] et autres mets financiers qui furent en vogue un temps, étaient maintenant fermement associés à des escroqueries dans l’esprit du public. Les termes CDS et CDO allaient bientôt les rejoindre. Les marchés de crédit étaient en crise et le mantra qui avait sous-tendu l’économie fantasmatique des années Bush – la croyance que les prix de l’immobilier ne baissent jamais – n‘était plus qu’un mythe effondré, laissant Wall Street réclamer à grand cris un nouveau paradigme de connerie à lancer.

Où aller ? Avec un public réticent à mettre de l’argent dans quoi que ce soit qui ressemble à un investissement papier, la Street déménagea en douce le casino vers le marché des matières premières physiques
[26] – les trucs que vous pouvez toucher : maïs, café, cacao, blé et, avant tout, les matières premières énergétiques, surtout le pétrole. En conjonction avec la baisse du dollar, la restriction du crédit [27] et l’effondrement de l’immobilier provoquèrent une « fuite vers les matières premières » [28]. En particulier, le prix du pétrole à terme [29] est monté en flèche, le baril passant de 60 $ mi-2007 à un plus haut de 147 $ à l’été 2008. Cet été là, tandis que la campagne présidentielle montait en puissance, la raison donnée pour expliquer la montée du prix de l’essence jusqu’à 4,11 $ le gallon [30] était que le monde faisait face à un problème d’approvisionnement en pétrole. Dans un classique exemple de la façon dont Républicains et Démocrates répondent aux crises par de féroces polémiques sur des points stupides et hors-sujet, John McCain prétendait que mettre fin au moratoire sur l’exploitation en mer [31] serait « très utile à court terme », tandis qu’Obama, en bon yuppie libéral, défendait l’idée qu’un investissement fédéral dans la voiture hybride était la solution.

Mais tout était mensonger. Il est vrai que la production pétrolière globale va finir par s’épuiser, mais la production à court terme était en fait en augmentation. Selon l’Administration pour l’information sur l’énergie
[32], dans les six mois qui ont précédé l’envolée des prix, l’offre mondiale de pétrole était passée de 85,24 millions de barils par jour à 85,72 millions. Sur la même période, la demande avait chuté de 86,82 millions de barils par jour à 86,07 millions. Non seulement l’offre à court-terme avait augmenté, mais la demande avait baissé – ce qui, en termes économiques classiques, aurait dû faire baisser les prix à la pompe. Alors d’où provenait l’énorme hausse des prix du pétrole ? Devinez. Évidemment, Goldman a été aidé – il y avait d’autres joueurs dans le marché des matières premières physiques - mais la cause initiale a tout à voir avec le comportement d’un petit nombre de puissants acteurs déterminés à transformer en casino spéculatif ce marché qui avait été, jusque-là, sérieux.

Goldman procéda en convaincant des fonds de pension et d’autres grands investisseurs institutionnels d’investir dans le marché à terme du pétrole [33] – en acceptant d’acheter du pétrole à un certain prix à une date fixée à l’avance. L’initiative transforma la nature du pétrole : d’une matière première rigidement soumise à la loi de l’offre et de la demande, il devint un objet de paris, comme les actions. Entre 2003 et 2008, le volume d’argent spéculatif dans les matières premières passa de 13 milliards à 317 milliards de dollars, un accroissement de 2.300 %. En 2008, un baril de pétrole changeait de main, sur le papier, 27 fois en moyenne avant d’être livré et consommé.

Comme c’est souvent le cas, il existait une loi, datant de la Grande Dépression, pour empêcher spécifiquement ce genre de choses. Le marché des matières premières était d’abord destiné à aider les agriculteurs. Un cultivateur préoccupé par une éventuelle future baisse des prix pouvait signer un contrat de vente de son maïs à un certain prix, pour une livraison plus tard ; grâce à cela, il lui était moins utile de stocker lui-même sa récolte. Quand personne n’achetait du maïs, l’agriculteur pouvait vendre à un intermédiaire appelé « spéculateur traditionnel », lequel stockait le grain pour le vendre plus tard, quand la demande était plus forte. De cette façon, il y avait toujours quelqu’un pour acheter à l’agriculteur, même quand le marché n’avait pas besoin, temporairement, de sa récolte.

Cependant, en 1936, le Congrès reconnu qu’il ne devait jamais il y avoir plus de spéculateurs dans ce marché que de producteurs et de consommateurs. Si cela arrivait, les prix seraient alors affectés par autre chose que l’offre et la demande et la manipulation des cours s’ensuivrait. Une nouvelle loi donna le pouvoir à la CFTC [34] – le même organisme qui tenta vainement plus tard de règlementer les CDS – d’imposer des limites aux opérations spéculatives sur les matières premières. Grâce à la supervision de la CFTC, la paix et l’harmonie régna sur les marchés de matières premières pendant plus de 50 années.

Tout cela changea en 1991 quand, à l’insu de presque tout le monde, J. Aron, une filiale de Goldman spécialisée dans le négoce des matières premières, écrivit à la CFTC en utilisant un argument inhabituel. Les agriculteurs possédant de gros stocks de maïs, argumentait Goldman, n’étaient pas les seuls qui avaient besoin de se couvrir contre le risque de baisse des prix – les négociants de Wall Street qui font de gros paris sur le prix du pétrole avaient, eux aussi, besoin de se couvrir contre leur risque, parce que, eh bien, eux aussi risquaient de perdre beaucoup d’argent.

C’était vraiment n’importe quoi – la loi de 1936, rappelez-vous, avait été écrite pour faire spécifiquement la distinction entre les négociants qui achetaient et vendaient une marchandise réelle, tangible et ceux qui traitaient seulement du papier. Mais la CFTC, étonnamment, accepta l’argument. Elle donna à la banque un laissez-passer, appelé « exemption pour couverture de bonne foi »
[35], permettant à la filiale de Goldman de se prétendre négociant de matières premières réelles et d’échapper ainsi à toutes les limites imposées aux spéculateurs. Dans les années qui ont suivi, la commission accorda discrètement des exemptions à 14 autres compagnies. Goldman et d’autres banques étaient alors devenues libres d’attirer plus d’investisseurs dans les marchés de matières premières, permettant aux spéculateurs de faire des paris de plus en plus gros. Cette lettre de Goldman en 1991 conduisit plus ou moins directement à la bulle pétrolière de 2008, quand le nombre des spéculateurs sur le marché – motivés par la crainte de la chute du dollar et l’effondrement de l’immobilier – submergea finalement producteurs et consommateurs. En 2008, les trois quarts au moins de l’activité sur les marchés de matières premières était spéculative, selon un employé du Congrès qui a étudié les chiffres – et ce chiffre est probablement sous-évalué. Vers le milieu de l’été 2008, malgré une offre en hausse et une demande en baisse, nous payions 4 $ le gallon d'essence (usa) chaque fois que nous nous arrêtions à la pompe.

Ce qui est encore plus stupéfiant c’est que la lettre d’exemption à Goldman, ainsi que la plupart de celles qui ont suivi, furent données plus ou moins en secret. « J’étais le chef de la division des marchés et Brooksey Born était la patronne de la CFTC », dit Greenberger, « et ni elle ni moi ne connaissions l’existence de cette lettre ». En fait, les lettres ne furent connues que par accident. L’année dernière, un employé du comité pour l’énergie et le commerce de la Chambre [36] se trouvait à une réunion quand des officiels de la CFTC firent une référence impromptue aux exemptions. « J’avais été invité à une réunion que la commission organisait sur l’énergie », raconte l’employé, « et, soudain, au milieu de la réunion, ils commencent à dire ""Ouais, nous écrivons ces lettres depuis des années maintenant’’. J’ai levé la main et dit ``Vraiment ? Vous avez écris une lettre ? Puis-je la voir ? ’’ Ils firent des ``Hum, hum’’ d’embarras, la discussion tourna en rond un moment et à la fin, ils ont dit "Il nous faut l’accord de Goldman Sachs’’. J’ai demandé ``Qu’est-ce que vous voulez dire par "demander l’accord de Goldman Sachs?’’’ ». La CFTC cita un règlement qui interdisait de communiquer toute information concernant la position courante d’une société sur le marché. Mais la demande de l’employé concernait une lettre écrite 17 ans plus tôt. Elle n’avait plus aucun rapport avec la position courante de Goldman. De plus, l’article 7 de la loi de 1936 sur les matières premières donne au Congrès états-uniens le droit d’obtenir de la CFTC toute l’information qu’il veut. Pourtant, dans une parfaite illustration de la mainmise totale de Goldman sur le gouvernement, la CFTC attendit l’accord de la banque avant de transmettre la lettre.

Armée de son exemption à moitié secrète conférée par le gouvernement, Goldman était devenu l’architecte en chef d’une gigantesque salle de paris. Son Goldman Sachs Commodities Index – indice qui suit les prix des 24 principales matières premières, mais dans lequel le pétrole est surpondéré – devint le lieu où les fonds de pension, les compagnies d’assurance et d’autres investisseurs institutionnels pouvaient placer des paris massifs à long terme sur les prix des matières premières. Tout aurait été très bien s’il n’y avait eu quelques petits problèmes. L’un de ces problèmes était que les spéculateurs sur indice font surtout des paris à la hausse [37] et rarement sur la baisse
[38]. Si ce type de comportement est bon pour un marché d’actions, il est désastreux pour les matières premières, parce qu’il fait continuellement monter les prix. « Si les spéculateurs sur l’indice avaient aussi pris des positions à la baisse comme à la hausse, vous auriez vu les prix monter et descendre », dit Michael Masters, gérant d’un hedge fund qui a contribué à révéler le rôle des banques d’affaires dans la manipulation du prix du pétrole. « Mais ils poussent les prix dans une seule direction : vers le haut. » Pour aggraver encore le problème, Goldman elle-même a utilisé toute sa puissance pour encourager la hausse du prix du pétrole.

Arjun Murti, un analyste de Goldman,
salué comme un « oracle du pétrole » par le New York Times, prédit un « super pic », pronostiquant un prix du baril à 200 $. Dans le même temps, Goldman était lourdement investie dans le pétrole, à travers sa filiale J. Aron ; la banque possédait aussi une part d’une des plus grandes raffineries dans le Kansas, où elle stockait le brut qu’elle achetait et vendait. Bien que l’offre de pétrole suivît la demande, Murti lançait en permanence des alertes de pénurie mondiale de pétrole, allant jusqu’à révéler publiquement qu’il possédait deux voitures hybrides. Le prix élevé, prétendait la banque, est d’une certaine façon la faute de ce cochon de consommateur américain. En 2005, les analystes de Goldman répétaient qu’on ne saurait pas quand le prix allait cesser de monter tant qu’on ne saurait pas « quand les consommateurs américains arrêteront d’acheter des SUV [39] gouffres à essence et chercheront des alternatives moins gourmandes. » Mais ce n’était pas la consommation réelle de pétrole qui faisait monter les prix – c’était le négoce du pétrole papier. À l’été 2008, les spéculateurs sur les matières premières avaient acheté et empilé assez d’options sur le pétrole [40] pour remplir 1,1 milliards de barils de pétrole ; ce qui signifie que les spéculateurs possédaient plus de pétrole à terme, sous forme papier, qu’il n’y avait de pétrole physique stocké dans toutes les cuves de stockage du pays, y compris celles de la Réserve Stratégique [41]. C’était une répétition à la fois de la bulle Internet et de la bulle immobilière, quand Wall Street faisait exploser les profits du jour en vendant à des idiots des parts d’un avenir fantasmatique où les prix monteraient éternellement.

Dans ce qui était devenu un processus douloureusement familier, la pastèque du pétrole frappa brutalement le trottoir durant l’été 2008, causant une perte massive de richesse ; le prix du brut plongea de 147 $ à 33 $ [42]. À nouveau, les grands perdants étaient des gens ordinaires. Les retraités, dont les fonds de pension avaient investi dans cette merde, furent massacrés : CalPERS  [43], le fonds de pension des fonctionnaires de Californie, avait 1,1 milliard de dollars investi dans les matières premières quand la chute arriva. Et les dégâts ne provenaient pas que du pétrole. Gonflés par la bulle des matières premières, les prix alimentaires provoquèrent des catastrophes sur toute la planète, réduisant à la famine environ 100 millions de personnes et allumant des émeutes de la faim dans tout le tiers-monde.

Aujourd’hui, le prix du pétrole monte à nouveau : il a pris 20 % au mois de mai et a, jusqu’à présent, doublé cette année. À nouveau, le problème n’est pas l’offre et la demande. « L’offre de pétrole est au plus haut des 20 dernières années », dit Bart Stupak, député démocrate du Michigan, membre du comité sur l’énergie de la Chambre. « La demande est au plus bas des 10 dernières années. Et pourtant, le prix est à la hausse. » Quand on lui demande pourquoi les politiciens continuent à rabâcher des choses comme forer de nouveaux puits ou les voitures hybrides, alors que l’offre et la demande ne sont pas la cause du prix élevé, Stupak secoue la tête. « Je pense qu’ils ne comprennent pas très bien le problème », dit-il. « Vous ne pouvez pas l’expliquer en 30 secondes, donc les politiciens l’ignorent. » 

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Bulle n° 5
La magouille du renflouage

Après l’implosion de la bulle pétrolière à l’automne 2008, il n’y avait plus de nouvelle bulle pour faire ronronner la machine – cette fois, l’argent semble vraiment parti, comme dans une dépression mondiale. Le safari financier a donc déménagé ailleurs et le gros gibier de la chasse a été le seul tas de capital restant, bête et non gardé : l’argent des impôts. C’est ici, dans le plus grand renflouage de l’Histoire, que Goldman Sachs a vraiment commencé à montrer ses muscles.

Ça a débuté en septembre 2008, quand le ministre des finances d’alors, Paulson, prit une série de décisions essentielles. Bien qu’il ait déjà organisé le renflouage de Bear Stearns quelques mois auparavant et qu’il ait aussi renfloué les prêteurs quasi-privés Fannie Mae et Freddie Mac, Paulson choisit de laisser Lehman Brothers – un des derniers concurrents réels de Goldman – s’effondrer sans intervention. (« Le statut de super héros de Goldman resta intact », dit l’analyste du marché Eric Salzman, « et un concurrent dans la banque d’affaires, Lehman, disparaissait. ») Le lendemain même, Paulson donna le feu vert au renflouage massif – 85 milliards de dollars$ – d’AIG, lequel se retourna immédiatement et paya à Goldman 13 milliards de dollars$ qu’il lui devait[44]
. Grâce au sauvetage, la banque finit donc par être payée en totalité pour ses mauvais paris. Par contraste, les retraités de l’industrie automobile qui attendent le renflouage de Chrysler auront de la chance s’ils reçoivent 50 cents sur chaque dollar qui leur est dû. Immédiatement après le renflouage d’AIG, Paulson annonça le sauvetage de l’industrie financière par le gouvernement fédéral, un plan de 700 milliards de dollars appelé le TARP [45], « programme de soulagement des avoirs en déshérence » et plaça un banquier de Goldman, Neel Kashkari, âgé de 35 ans et jusqu’alors inconnu, en charge de gérer ce fonds.

Afin de profiter de l’argent du sauvetage, Goldman annonça qu’elle se transformait en une holding bancaire, cette conversion lui donnait accès non seulement à 10 milliards de dollars du TARP, mais aussi à toute une galaxie de financements publics moins voyants – notamment des prêts à taux réduits de la Réserve Fédérale. Fin mars 2009, la Fed aura prêté ou garanti au moins 8 700 milliards de dollars$, pour une série de nouveaux renflouages – et grâce à une obscure loi autorisant la Fed à refuser la plupart des audits du Congrès, les montants versés et leurs bénéficiaires demeurent presqu’entièrement secrets.

Se convertir en holding bancaire présente également d’autres avantages : l’organisme chargé du contrôle de Goldman est maintenant la Réserve fédérale de New York, dont le président au moment de l’annonce de la conversion était Stephen Friedman, un ancien co-président de Goldman Sachs. Friedman violait les principes de la Réserve fédérale en conservant son poste chez Goldman alors qu’il était supposé contrôler la banque. Pour régler le problème, il demanda et obtint du gouvernement une exonération pour conflit d’intérêts. Friedman devait aussi se débarrasser de ses actions de Goldman après que la banque soit devenue une holding [46]
, mais, grâce à l’exonération, il fut autorisé à acquérir 52 000 actions supplémentaires de son ancienne banque, ce qui le rendit plus riche de 3 millions de dollars$. Friedman quitta son poste en mai 2009, mais l’homme qui est maintenant responsable du contrôle de Goldman – le
président de la Fed de New York William Dudley – est encore un ancien de Goldman.

Le message global de tout ceci – le renflouage d’AIG, l’approbation immédiate de la conversion en holding bancaire, les fonds du TARP – est que quand il s’agit de Goldman Sachs, il n’est plus question de marché libre. Le gouvernement pourrait laisser d’autres joueurs du marché mourir, mais il ne laissera tout simplement pas Goldman échouer, en aucun cas. Son emprise sur le Marché est soudain devenue une déclaration publique de privilège suprême. « Dans le passé, c’était un avantage implicite », dit Simon Johnson, professeur d’économie au MIT [47] et ancien officiel du Fonds monétaire, qui compare le renflouage au capitalisme de copinage qu’il a vu dans les pays du tiers-monde. « Maintenant, c’est plus un avantage explicite. » Une fois les renflouages en place, Goldman retourna immédiatement aux affaires habituelles, rêvant à des schémas toujours plus alambiqués pour nettoyer la carcasse américaine de son capital mal gardé.

Un de ses premiers actes de la période d’après renflouage a été de repousser discrètement le calendrier qu’elle suit pour annoncer ses résultats, essentiellement pour effacer de ses comptes le mois de décembre 2008 et ses pertes de 1,3 milliard de dollars avant impôt. En même temps, la banque annonça un profit hautement suspect de 1,8 milliards de dollars$ pour le premier trimestre 2009 – profit qui incluait apparemment une grosse part d’argent payé par les contribuables via le renflouage d’AIG. « Ils ont complètement truqué les résultats du premier trimestre », dit un gérant de hedge fund. « Ils ont caché les pertes dans le mois orphelin et appelé bénéfice l’argent du renflouage. »

Deux chiffres de plus ressortent de ce stupéfiant retournement au premier trimestre 2009. La banque a payé la somme incroyable de 4,7 milliards de dollars$ en bonus et primes, soit une augmentation de 18 % par rapport au premier trimestre 2008. Elle a aussi levé 5 milliards de dollars$ par émission de nouvelles actions juste après avoir publié son résultat trimestriel. Considérés ensemble, ces deux chiffres montrent que, au bout du compte, Goldman a emprunté pour payer 5 milliards de dollars$ de primes à ses cadres, et cela au beau milieu d’une crise économique mondiale qu’elle a contribué à provoquer, usant d’artifices comptables douteux pour embobiner des investisseurs, quelques mois à peine après avoir reçu des milliards$ des contribuables.

Encore plus stupéfiant, Goldman fit tout ça juste avant que le gouvernement n’annonce les résultats de son nouveau « test de stress » pour les banques cherchant à rembourser l’argent du TARP – ce qui suggère que Goldman savait exactement ce qui allait arriver. Le gouvernement essayait de planifier soigneusement les remboursements pour tenter de prévenir de futurs problèmes dans les banques qui ne pourraient pas rembourser immédiatement. Mais Goldman balaya ces préoccupations, étalant effrontément son statut d’initié. « Ils semblaient connaître tout ce dont ils avaient besoin avant que le test de stress ne sorte, contrairement à tous les autres qui devaient attendre la sortie du test », dit Michael Hecht, directeur de gestion chez JMP Securities. « Le gouvernement vint déclarer ``Pour rembourser le TARP, vous devez avoir émis de la dette à 5 ans qui ne soit pas assurée par le FDIC (48) ce que Goldman venait de faire une semaine ou deux plus tôt. »

Et voici le coup de grâce. Après avoir joué un rôle central dans quatre bulles catastrophiques, après avoir contribué à faire disparaître du NASDAQ 5 000 milliards de dollars$ de richesse, après avoir refilé des milliers de prêts immobiliers toxiques à des retraités et des municipalités, après avoir contribué à pousser le prix de l’essence jusqu’à 4 $ le gallon (USA) et provoqué la faim de 100 millions de personnes dans le monde, après avoir mis la main sur des dizaines de milliards de dollars$ des contribuables à travers une série de renflouages gérés par son ancien PDG, combien Goldman Sachs rendit au peuple des États-Unis en 2008 ?

Quatorze millions de dollars.

C’est ce que la firme a payé en impôts en 2008, un taux effectif d’imposition d’exactement un, vous lisez bien, un pourcent%. La banque a payé 10 milliards de dollars en primes et bonus la même année et a fait un bénéfice de plus de 2 milliards de dollars$ – pourtant, elle a payé au Trésor moins d’un tiers de ce qu’elle a casqué à son PDG Lloyd Blankfein, qui a reçu 42,9 millions de dollars$ l’année dernière.

Comment est-ce possible ? Selon le rapport annuel de Goldman, le faible niveau d’impôts est dû en grande partie à des changements dans la « répartition géographique des profits ». En d’autres mots, la banque a déplacé son argent de manière à ce que ses profits soient situés dans des pays étrangers ayant de faibles taux d’imposition. Parce que notre système d’imposition des grandes sociétés est complètement foutu, des sociétés comme Goldman peuvent expédier leurs revenus dans des paradis fiscaux et reporter indéfiniment les impôts sur ces revenus, même si elles réclament par avance des déductions sur ces mêmes revenus non imposés. C’est pourquoi n’importe quelle grande société avec un expert-comptable qui soit à jeun au moins de temps en temps, peut, en général, trouver une façon de réduire à zéro ses impôts. En fait, un rapport du bureau de Comptabilité du gouvernement [49]
a trouvé qu’entre 1998 et 2005, environ deux tiers de toutes les grandes sociétés opérant aux États-Unis n’y ont payé aucun impôt.

C’est un scandale qui justifierait une levée de fourches – mais je ne sais comment, quand Goldman publia son imposition d’après le renflouage, c’est à peine si quelqu’un le commenta. Un des peu nombreux qui remarquèrent le scandale fut le représentant Llyod Doggett, un Démocrate du Texas qui siégea au comité des moyens et solutions de la Chambre. [50] « Tandis que la main droite mendie l’argent du renflouage », dit-il, « la gauche le cache dans des paradis fiscaux ».

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Bulle no. 6
Le réchauffement climatique et la bourse du carbone

Voyageons dans le temps ...avance rapide jusqu’à aujourd’hui. Nous sommes début juin à Washington D.C., Barack Obama, un jeune politicien populaire dont le plus important contributeur privé à sa campagne électorale fut une banque d’affaires du nom de Goldman Sachs – ses employés ont donné quelques 981 000 $ pour sa campagne – occupe la Maison Blanche. Ayant navigué sans encombre dans le champ de mines politique de l’ère du renflouage, Goldman est à nouveau retournée à ses affaires habituelles, cherchant des failles dans un nouveau marché créé par le gouvernement, avec l’aide d’un nouveau groupe d’anciens de la banque occupant des positions clé au gouvernement.

Hank Paulson et Neel KashKari sont partis ; à leur place se trouvent le directeur du cabinet des Finances Mark Patterson et le patron du CFTC Gary Gensler, tous deux anciens de Goldman (Gensler était le co-directeur financier de la firme). Et à la place des dérivés de crédit ou des CDO ou des options sur le pétrole, les crédits de carbone sont le nouveau jeu à la mode – un marché de mille milliards de dollars en plein essor, qui existe encore à peine, mais qui existera si le Parti Démocrate, qui a reçu 4 452 585 $ des compagnies opérant dans ce marché lors de la dernière élection, se débrouille pour créer une nouvelle bulle de matières premières qui fera trembler la Terre, déguisée en « plan environnemental » appelé cap-and-trade
[51].

Le nouveau marché des crédits de carbone est une répétition virtuelle du casino des matières premières qui a été si bon pour Goldman, sauf qu’il a une savoureuse nouvelle particularité : si le plan avance comme attendu, la montée des prix sera imposée par le gouvernement. Goldman n’aura même pas à truquer le jeu. Il le sera dès le départ.

Voici comment ça marche : si la loi passe, pour les usines et installations fonctionnant au charbon, les distributeurs de gaz naturel et de nombreuses autres industries, il y aura des limites sur les émissions de carbone (dioxyde de carbone, gaz à effet de serre) qu’elles peuvent produire chaque année. Si une société dépasse son quota, elle pourra acheter des « allocations » ou crédits à d’autres sociétés qui ont produit moins d’émissions de carbone. Le président Obama estime qu’au minimum 646 milliards de dollars$ de crédits de carbone seront mis aux enchères dans les sept premières années. Un de ses principaux conseillers économiques prédit que le chiffre réel sera deux, voire trois fois plus élevé.

La particularité de ce plan qui lui confère un attrait spécial pour les spéculateurs, c’est que le contingent [52] sera continuellement diminué par le gouvernement, ce qui signifie que les crédits de carbone deviendront, année après année, de plus en plus rares. Il s’agit donc d’un marché tout à fait inédit, où il est garanti que la matière première négociable verra son prix monter au cours du temps. Le volume en valeur de ce nouveau marché s’élèvera jusqu’à dépasser mille milliards de dollars par an. Pour comparaison, le chiffre d’affaires combiné de toutes les compagnies d’électricité aux États-Unis est de 320 milliards de dollars$ par an.

Goldman veut cette loi. Le plan est (1) d’entrer sur terrain d’une législation qui change de paradigme, (2) de s’assurer que la banque aura bien la part rentable de cette législation et (3) de s’assurer que cette part sera une grosse part. Goldman a commencé à faire pression pour l’adoption du cap-and-trade il y a longtemps, mais les choses n’ont vraiment décollé que l’année dernière, quand la firme a dépensé 3,5 millions de dollars pour du lobbying sur les questions climatiques (un de leurs lobbyistes à ce moment était Patterson, maintenant directeur du cabinet des Finances). En 2005, quand Hank Paulson était PDG de Goldman, il participa personnellement à la rédaction de la politique environnementale de la banque, un document qui contient des éléments surprenants pour une firme qui, dans tous les autres domaines, a été constamment opposée à toute règlementation gouvernementale.

Le rapport de Paulson défendait l’idée que « l’action volontaire seule ne peut résoudre le problème du changement climatique ». Quelques années plus tard, le chef du secteur carbone de la banque, Ken Newcombe, soutenait que le cap-and-trade seul ne serait pas suffisant pour régler le problème du climat et demandait des investissements publics en recherche et développement. Ce qui est pratique si l’on considère que Goldman a investi tôt dans l’énergie éolienne (elle a acquis une filiale du nom de Horizon Wind Energy), le biodiesel (elle a investi dans une société appelée Changing World Technologies) et l’énergie solaire (elle a un accord de partenariat avec BP Solar), exactement le genre d’affaires qui vont prospérer si le gouvernement force les producteurs d’énergie à utiliser de l’énergie plus propre. Comme Paulson l’avait dit à l’époque, « nous ne faisons pas ces investissements pour perdre de l’argent. »

Goldman possède une part de 10 % dans la bourse d’échange de carbone de Chicago [53], où les crédits de carbone seront négociés. De plus, la banque possède une part minoritaire dans Blue Source LLC, une société de l’Utah qui vend le type de crédits de carbone qui sera très recherché si la loi passe. Le lauréat du prix Nobel Al Gore, qui est intimement impliqué dans la programmation du cap-and-trade, a cofondé une société du nom de Generation Investment Management avec trois anciennes huiles de Goldman Sachs Asset Management, David Blood, Mark Ferguson et Peter Harris. Leur domaine ? Investir dans les crédits de carbone. Il y a aussi un fonds de 500 millions de dollars, Green Growth Fund, créé par un ancien de Goldman pour investir dans les technologies vertes… La liste peut continuer ainsi indéfiniment. Goldman est à nouveau en avance des annonces, attendant juste que quelqu’un fasse pleuvoir au bon endroit.

Ce marché sera-t-il plus gros que le marché à terme sur l’énergie [54] ? « Oh, il va le dépasser de plusieurs têtes », dit un ancien membre du comité sur l’énergie de la Chambre [55].

Bon, vous pourriez dire, quelle importance ? Si le cap-and-trade réussit, ne serons-nous pas tous sauvés de la catastrophe du réchauffement global ? Peut-être – mais le cap-and-trade, vu par Goldman, est juste un impôt sur le carbone bâti de telle façon que des intérêts privés en collectent le produit. Au lieu d’imposer simplement une taxe gouvernementale fixe sur la pollution par le carbone et obliger les producteurs d’énergie sale à payer pour la pollution qu’ils engendrent, le cap-and-trade va permettre à une petite tribu de Wall Street de se goinfrer comme des porcs en transformant encore un autre marché de matière première en système de collecte privée d’un impôt. Ceci est pire que le renflouage : ça permet à la banque de capter l’argent du contribuable avant même qu’il soit collecté.

« Si ça doit être une taxe, je préfèrerais que Washington la mette en place et la collecte », dit Michael Masters, le directeur de hedge fund qui a dénoncé la spéculation sur le marché à terme du pétrole, « mais nous sommes en train de parler de Wall Street déterminant la taxe et Wall Street la collectant. C’est la dernière chose au monde que je veuille. C’est complètement dingue. »

Le cap-and-trade va arriver. Ou, sinon, quelque chose du même genre arrivera. La morale est la même que pour toutes les autres bulles que Goldman a contribué à créer, de 1929 à 2009.

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Conclusion : cupidité organisée contre démocratie désorganisée

Dans presque tous les cas, la même banque qui s’est comportée de manière irresponsable pendant des années, surchargeant le système par des prêts toxiques et de la dette mortelle, ne produisant rien d’autre que des bonus énormes pour quelques patrons, cette même banque donc a été récompensée par des montagnes d’argent pratiquement donné et la garantie du gouvernement – tandis que les vraies victimes de ce désordre, les contribuables ordinaires, sont ceux qui payent pour lui.

Il n’est pas toujours facile d’accepter la réalité de ce que nous laissons faire impunément à ces gens ; il y a une sorte de déni collectif qui s’enclenche quand un pays traverse ce que les États-Unis a subi ces derniers temps, quand un peuple perd autant de son prestige et de son statut que nous ces dernières années. Vous ne pouvez pas vraiment prendre acte du fait que vous n’êtes plus un citoyen d’une démocratie prospère de premier plan, que vous n’êtes plus à l’abri de vous faire voler en plein jour ; parce que, tel un amputé, vous pouvez encore sentir des choses qui ne sont plus là.

Mais c’est ainsi. C’est le monde dans lequel nous vivons maintenant. Et dans ce monde, certains doivent jouer suivant les règles, tandis que d’autres obtiennent un mot du Principal les dispensant de faire leur devoir jusqu’à la fin des temps, plus 10 milliards de dollars$ dans un sac en papier pour s’acheter leur déjeuner.

C’est un État gangster, vivant sur une économie de gangster où même les prix ne signifient plus rien : dans chaque dollar que vous payez se cachent des taxes. Et peut-être bien que nous ne pouvons plus l’arrêter, mais nous devons au moins savoir où tout cela nous conduit.

 

Ref

Titre

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1

 

American International Group, AIG, géant de l’assurance

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2

 

New York Stock Exchange, NYSE, est la principale bourse de New York.

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3

 

Investment trust était l’équivalent d’un fonds d’investissement d'aujourd'hui

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4

 

Le Day trading est la pratique d'acheter et de vendre des produits financiers pendant une séance boursière avec l'espoir que tout au long de la journée le prix continuera à s'élever ou à diminuer. Les fluctuations du cours du titre permettent ainsi des bénéfices ou des pertes rapides. Les produits les plus échangés incluent les actions, les options, les contrats à terme et des devises. Cela peut être extrêmement profitable ; cependant il porte un risque significatif.

 

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5

 

Effet de levier désigne le mécanisme consistant à emprunter 9 avec 1, par exemple. C'est recours par une entreprise à des capitaux à crédit en complément de ses fonds propres, afin d'investir dans des placements qui, normalement, procureront des bénéfices supérieurs au coût de l'emprunt.

 

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6

 

Keith Olbermann, est un journaliste, présentateur de nouvelles. Tous les soirs, il anime Countdown with Keith Olbermann sur MSNBC, émission d'une heure au cours de laquelle il commente cinq histoires qu'il a sélectionnées avec ses invités. L'émission Countdown est devenue une émission référence de la gauche américaine et de tous les opposants à l'administration Bush et aux républicains. La plupart des reportages sont des virulentes dénonciations ou accusations envers le GOP et des politiques de droite en générale

 

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7

 

Underwriter: mandataire

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8

 

Treasury Secretary, l’homologue d’un ministre des Finances.

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9

 

La Fed, ou Federal Reserve, est la banque centrale – privée – des États-Unis.

 

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10

 

Initial Public Offering, IPO, L'offre publique initiale se compose à la vente des parts d'une compagnie sur le marché pour la première fois, c'est-à-dire à une très grande piscine d'investisseurs.

 

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11

 

Un hedge-fund, ou « fonds de couverture » est en fait souvent un fonds spéculatif. Contrairement à leur nom qui signifie couverture, sont des fonds d'investissement non cotés à vocation spéculative. Ce sont des fonds spéculatifs recherchant des rentabilités élevées et qui utilisent abondamment les produits dérivés, en particuliers les options. Ils utilisent l’effet de levier, c’est-à-dire la capacité à engager un volume de capitaux qui soit un multiple plus ou moins grand de la valeur de leurs capitaux propres. Les hedge funds présentent l’intérêt d’offrir une diversification supplémentaire aux portefeuilles « classiques » car leurs résultats sont en théorie déconnectés des performances des marchés d’actions et d’obligations.

 

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12

 

Effet de levier: recours par une entreprise à des capitaux à crédit en complément de ses fonds propres, afin d'investir dans des placements qui, normalement, procureront des bénéfices supérieurs au coût de l'emprunt.

 

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13

 

Securities and Exchange Commission, SEC, le gendarme de la bourse new-yorkaise. Au Québec ce serait l'Autorité des marchés financiers

 

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14

 

Il s’agit ici d’une description, volontairement caricaturale, des souscripteurs des fameux prêts «subprime», considérés comme déclencheurs de la crise financière de 2008.

 

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15

 

Collateralized Debt Obligations, CDO, (papiers commerciaux adossés à des actifs). Titres de dettes émis par une structure ad-hoc, souvent véhicule de titrisation, qui achète et détient des obligations émises par des entreprises ou des banques (on parle alors de Collateralised bond obligation) ou des prêts bancaires (on parle alors de Collateralised loan obligation). Les CDO permettent de rendre liquides des titres que ne le sont pas spontanément, aux banques de se refinancer auprès d'investisseurs qui souhaitent prendre un risque sur un portefeuille de dettes, risque qui peut être plus ou moins élevé selon la nature des dettes détenues par le véhicule et le rang de priorité plus ou moins élevé des dettes émises par le véhicule.

 

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16

 

il s’agit des prêts « subprime ». L'expression subprimes est associée à des prêts immobiliers accordés au début des années 2000 à des ménages américains peu solvables, dont le montant était gagé sur la valeur du bien immobilier. Tant que les prix de l'immobilier ont continué à progresser ces prêts ont permis de dégager des rendements élevés : ils ont donc été titrisés (57) (voir titrisation) et incorporés dans de nombreux instruments financiers pour en dynamiser la rentabilité. Le retournement du marché de l'immobilier américain au début de l'année 2007, et les premières pertes liées à ces prêts hypotécaires titrisés ont déclenché une crise financière de grande ampleur justement connue sous de nom de "crise des subprimes"...

 

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17

 

la note AAA est la plus élevée, en principe réservée aux investissements les plus sûrs.

 

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18

 

American International Group, AIG, géant de l’assurance.

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20

 

Credit-Default Swap, CDS, assurance couvrant le risqué de défaillance de l’emprunteur.  Le "crédit default swap" est la forme la plus classique des dérivés de crédit : la personne désireuse de se protéger contre une défaillance d’une contrepartie paie à un tiers un flux régulier et reçoit de ce tiers un paiement défini à l’origine en cas de survenance de la défaillance redoutée.

 

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21

 

USA Government Accountability Office.

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22

 

Commodity Futures Trading Commission, CFTC.  Les Congrès des USA a créé la CFTC en 1974 comme un organisme indépendant dont le mandat de réglementer les marchés à terme et d'options aux États-Unis

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23

 

La note investment grade, qui est une bonne note.  Les "investment grade" correspondent aux notations des agences de rating situées entre AAA et BBB- selon l'échelle de Standard & Poor's. Ils correspondent à un niveau de risque faible. Appelés également High Grade, ce sont les notes établies par les agences de notation concernant des emprunteurs qui se situent entre AAA et BBB-

 

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24

 

Junk Bonds: obligation pourrie. Les émissions obligataires à haut rendement sont des emprunts qui prennent en général la forme d’obligations à 5, 7 ou 10 ans. Il s’agit d’obligations émises par des sociétés en retournement ou présentant une faible surface financière, c’est à dire un niveau d’endettement élevé (LBO en particulier). La rémunération des titres, comme leur niveau de risque, est donc extrêmement conséquente. Cela leur donne un caractère spéculatif incontestable. On les appelait autrefois junk bonds. Aujourd'hui se sont des High yield (ou high yields bonds)

 

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25

 

Prêt immobilier subprime. L'expression est associée à des prêts immobiliers accordés au début des années 2000 à des ménages américains peu solvables, dont le montant était gagé sur la valeur du bien immobilier. Tant que les prix de l'immobilier ont continué à progresser ces prêts ont permis de dégager des rendements élevés : ils ont donc été titrisés et incorporés dans de nombreux instruments financiers pour en dynamiser la rentabilité. Le retournement du marché de l'immobilier américain au début de l'année 2007, et les premières pertes liées à ces prêts hypotécaires titrisés ont déclenché une crise financière de grande ampleur justement connue sous de nom de "crise des subprimes"...

 

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26

 

Commodities, les matières premières minières et aussi agricoles : or, fer, pétrole, gaz, charbon, uranium, blé, maïs, etc.

 

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27

 

Credit crunch: Aussi connu sous Finance crunch ou crédit crisis. Donc c'est une réduction de la disponibilité des prêts ou une contraction soudaine des obligations pour obtenir du crédit des banques. En général cela implique une réduction de la disponibilité du crédit indépendant et une augmentation des taux d'intérêt des banques centrales. Devant une telle situation, la relation entre la disponibilité du crédit et les taux d'intérêt change tellement que la disponibilité de prêt se fait rare, peu importe le taux d'intérêt. Ce genre de situation nuit généralement aux petites et moyennes entreprises

 

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28

 

Flight to commodities: expression anglophone de fuites vers les matières premières

 

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29

 

Oil futures: Expression anglophone pour prix du pétrole à terme

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30

 

Le gallon US: est un volume de 3,785 litres.

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31

 

Offshore: il s’agit ici d’un moratoire sur l’installation de nouvelles plateformes pétrolières sur le plateau continental le long des côtes états-uniennes.

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32

 

Energy Information Administration, EIA: une des deux agences de référence sur l’énergie.

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33

 

Oil futures: Expression anglophone pour prix du pétrole à terme

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34

 

Commodity Futures Trading Commission, CFTC: commission des échanges sur les matières premières

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35

 

BonaFide Hedging Exemption.

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36

 

House Energy and Commerce Committee

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37

 

To make a long bet ou to be long signifie parier sur la hausse.

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38

 

To take a short position ou to be short signifie parier sur la baisse.

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39

 

Sport utility vehicles, SUV. - Véhicules utilitaires sportifs

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40

 

Oil futures, options d’achat (ou de vente) de pétrole à terme.

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41

 

Strategic Petroleum Reserve.   Réserve Pétrolière Stratégique.

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42

 

 La baisse de 147 $ à 33 $ a pris moins de cinq mois...

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43

 

California Public Employees’ Retirement System, CalPERS.

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44

 

Cette somme correspond aux CDS que Goldman avait achetés à AIG pour couvrir son risque dans l’immobilier. CDS Credit-Default Swap, assurance couvrant le risqué de défaillance de l’emprunteur

 

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45

 

Troubled Asset Relief Program, TARP.

 

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46

 

En devenant une holding (société de gestion de portefeuille), Goldman Sachs tombait sous la juridiction de Friedman en tant que président de la Réserve fédérale de New York.

 

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47

 

Massachussetts Institute of Technology, MIT, une des universités et centres de recherche les plus réputés au monde.

 

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48

 

Federal Deposit Insurance Corporation, FDIC, institution qui assure les dépôts bancaires des particuliers ainsi que, désormais, certaines dettes des institutions financières.

 

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49

 

Government Accountability Office, GAO.

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50

 

House Ways and Means Committee.

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51

 

Cap & Trade: Il s’agit d’une législation, non encore définitivement adoptée, qui organise le commerce (trade) d’une marchandise – en l’occurrence l’autorisation d’émission de gaz carbonique – tout en contingentant cette marchandise (cap).

 

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52

 

 the « cap » le contingent...la limite imposé par le gouvernement

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53

 

Chicago Climate Exchange.

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54

 

Energy-futures market.

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55

 

House Energy Committee

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56

 

Hindenburg: La catastrophe du Hindenburg est l'incendie, survenu le 6 mai 1937 à l'aéroport de Lakehurst non loin de New York, du dirigeable allemand LZ 129 Hindenburg. Gonflé au dihydrogène, prit feu sous l'œil des caméras, tuant 34 personnes et sonnant le glas des vols de dirigeables commerciaux.

 

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57

 

Titrisation (tritisés) La titrisation est un montage financier qui permet à une société d'améliorer la liquidité de son bilan. Techniquement, des actifs sélectionnés en fonction de la qualité de leurs garanties sont regroupés dans une société ad hoc qui en fait l'acquisition en se finançant par l'émission de titres souscrits par des investisseurs. L'entité ainsi créée perçoit les flux d'intérêts et de remboursement sur les créances qu'elle a achetées aux banques et les reverse aux investisseurs via le paiement d'intérêts et le remboursement de leurs titres. Initialement cette technique a été utilisée par les établissements de crédit dans le but de refinancer une partie de leurs encours c'est-à-dire transformer en titres négociables des prêts à la clientèle. Actuellement, les spécialistes proposent à certains grands groupes industriels de titriser des créances commerciales de façon récurrente, de titriser des immeubles d'exploitation, stocks... en bref de rendre liquide presque tout le bilan.

 

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The Great American Bubble Machine
From tech stocks to high gas prices, Goldman Sachs has engineered every major market manipulation since the Great Depression - and they’re about to do it again.

The first thing you need to know about Goldman Sachs is that it’s everywhere. The world’s most powerful investment bank is a great vampire squid wrapped around the face of humanity, relentlessly jamming its blood funnel into anything that smells like money. In fact, the history of the recent financial crisis, which doubles as a history of the rapid decline and fall of the suddenly swindled-dry American empire, reads like a Who’s Who of Goldman Sachs graduates.

By now, most of us know the major players. As George Bush’s last Treasury secretary, former Goldman CEO Henry Paulson was the architect of the bailout, a suspiciously self-serving plan to funnel trillions of Your Dollars to a handful of his old friends on Wall Street.

Robert Rubin, Bill Clinton’s former Treasury secretary, spent 26 years at Goldman before becoming chairman of Citigroup - which in turn got a $300 billion taxpayer bailout from Paulson.

There’s John Thain, the rear end in a top hat chief of Merrill Lynch who bought an $87,000 area rug for his office as his company was imploding ; a former Goldman banker, Thain enjoyed a multibillion-dollar handout from Paulson, who used billions in taxpayer funds to help Bank of America rescue Thain’s sorry company.

And Robert Steel, the former Goldmanite head of Wachovia, scored himself and his fellow executives $225 million in golden parachute payments as his bank was self-destructing.

There’s Joshua Bolten, Bush’s chief of staff during the bailout, and Mark Patterson, the current Treasury chief of staff, who was a Goldman lobbyist just a year ago, and Ed Liddy, the former Goldman director whom Paulson put in charge of bailed-out insurance giant AIG, which forked over $13 billion to Goldman after Liddy came on board.

The heads of the Canadian and Italian national banks are Goldman alums, as is the head of the World Bank, the head of the New York Stock Exchange, the last two heads of the Federal Reserve Bank of New York - which, incidentally, is now in charge of overseeing Goldman - not to mention ...

But then, any attempt to construct a narrative around all the former Goldmanites in influential positions quickly becomes an absurd and pointless exercise, like trying to make a list of everything. What you need to know is the big picture : If America is circling the drain, Goldman Sachs has found a way to be that drain - an extremely unfortunate loophole in the system of Western democratic capitalism, which never foresaw that in a society governed passively by free markets and free elections, organized greed always defeats disorganized democracy.

The bank’s unprecedented reach and power have enabled it to turn all of America into a giant pump-and-dump scam, manipulating whole economic sectors for years at a time, moving the dice game as this or that market collapses, and all the time gorging itself on the unseen costs that are breaking families everywhere - high gas prices, rising consumer-credit rates, half-eaten pension funds, mass layoffs, future taxes to pay off bailouts. All that money that you’re losing, it’s going somewhere, and in both a literal and a figurative sense, Goldman Sachs is where it’s going : The bank is a huge, highly sophisticated engine for converting the useful, deployed wealth of society into the least useful, most wasteful and insoluble substance on Earth - pure profit for rich individuals.

They achieve this using the same playbook over and over again. The formula is relatively simple : Goldman positions itself in the middle of a speculative bubble, selling investments they know are crap. Then they hoover up vast sums from the middle and lower floors of society with the aid of a crippled and corrupt state that allows it to rewrite the rules in exchange for the relative pennies the bank throws at political patronage. Finally, when it all goes bust, leaving millions of ordinary citizens broke and starving, they begin the entire process over again, riding in to rescue us all by lending us back our own money at interest, selling themselves as men above greed, just a bunch of really smart guys keeping the wheels greased. They’ve been pulling this same stunt over and over since the 1920s - and now they’re preparing to do it again, creating what may be the biggest and most audacious bubble yet.

If you want to understand how we got into this financial crisis, you have to first understand where all the money went - and in order to understand that, you need to understand what Goldman has already gotten away with. It is a history exactly five bubbles long - including last year’s strange and seemingly inexplicable spike in the price of oil. There were a lot of losers in each of those bubbles, and in the bailout that followed. But Goldman wasn’t one of them.

IF AMERICA IS NOW CIRCLING THE DRAIN, GOLDMAN SACHS HAS FOUND A WAY TO BE THAT DRAIN.

BUBBLE #1 - THE GREAT DEPRESSION

Goldman wasn’t always a too-big-to-fail Wall Street behemoth, the ruthless face of kill-or-be-killed capitalism on steroids - just almost always. The bank was actually founded in 1869 by a German immigrant named Marcus Goldman, who built it up with his son-in-law Samuel Sachs. They were pioneers in the use of commercial paper, which is just a fancy way of saying they made money lending out short-term IOUs to small-time vendors in downtown Manhattan.

You can probably guess the basic plotline of Goldman’s first 100 years in business : plucky, immigrant-led investment bank beats the odds, pulls itself up by its bootstraps, makes shitloads of money. In that ancient history there’s really only one episode that bears scrutiny now, in light of more recent events : Goldman’s disastrous foray into the speculative mania of pre-crash Wall Street in the late 1920s.

This great Hindenburg of financial history has a few features that might sound familiar. Back then, the main financial tool used to bilk investors was called an "investment trust." Similar to modern mutual funds, the trusts took the cash of investors large and small and (theoretically, at least) invested it in a smorgasbord of Wall Street securities, though the securities and amounts were often kept hidden from the public. So a regular guy could invest $10 or $100 in a trust and feel like he was a big player. Much as in the 1990s, when new vehicles like day trading and e-trading attracted reams of new suckers from the sticks who wanted to feel like big shots, investment trusts roped a new generation of regular-guy investors into the speculation game.

Beginning a pattern that would repeat itself over and over again, Goldman got into the investment-trust game late, then jumped in with both feet and went hog-wild. The first effort was the Goldman Sachs Trading Corporation ; the bank issued a million shares at $100 apiece, bought all those shares with its own money and then sold 90 percent of them to the hungry public at $104. The trading corporation then relentlessly bought shares in itself, bidding the price up further and further. Eventually it dumped part of its holdings and sponsored a new trust, the Shenandoah Corporation, issuing millions more in shares in that fund - which in turn sponsored yet another trust called the Blue Ridge Corporation. In this way, each investment trust served as a front for an endless investment pyramid : Goldman hiding behind Goldman hiding behind Goldman. Of the 7,250,000 initial shares of Blue Ridge, 6,250,000 were actually owned by Shenandoah - which, of course, was in large part owned by Goldman Trading.

The end result (ask yourself if this sounds familiar) was a daisy chain of borrowed money, one exquisitely vulnerable to a decline in performance anywhere along the line ; The basic idea isn’t hard to follow. You take a dollar and borrow nine against it ; then you take that $10 fund and borrow $90 ; then you take your $100 fund and, so long as the public is still lending, borrow and invest $900. If the last fund in the line starts to lose value, you no longer have the money to pay back your investors, and everyone gets massacred.

In a chapter from The Great Crash, 1929 titled "In Goldman Sachs We Trust," the famed economist John Kenneth Galbraith held up the Blue Ridge and Shenandoah trusts as classic examples of the insanity of leverage-based investment. The trusts, he wrote, were a major cause of the market’s historic crash ; in today’s dollars, the losses the bank suffered totaled $475 billion. "It is difficult not to marvel at the imagination which was implicit in this gargantuan insanity," Galbraith observed, sounding like Keith Olbermann in an ascot. "If there must be madness, something may be said for having it on a heroic scale."

BUBBLE #2 - TECH STOCKS

Fast-Forward about 65 years. Goldman not only survived the crash that wiped out so many of the investors it duped, it went on to become the chief underwriter to the country’s wealthiest and most powerful corporations. Thanks to Sidney Weinberg, who rose from the rank of janitor’s assistant to head the firm, Goldman became the pioneer of the initial public offering, one of the principal and most lucrative means by which companies raise money. During the 1970s and 1980s, Goldman may not have been the planet-eating Death Star of political influence it is today, but it was a top-drawer firm that had a reputation for attracting the very smartest talent on the Street.

It also, oddly enough, had a reputation for relatively solid ethics and a patient approach to investment that shunned the fast buck ; its executives were trained to adopt the firm’s mantra, "long-term greedy." One former Goldman banker who left the firm in the early Nineties recalls seeing his superiors give up a very profitable deal on the grounds that it was a long-term loser. "We gave back money to ’grownup’ corporate clients who had made bad deals with us," he says. "Everything we did was legal and fair - but ’long-term greedy’ said we didn’t want to make such a profit at the clients’ collective expense that we spoiled the marketplace."

But then, something happened. It’s hard to say what it was exactly ; it might have been the fact that Goldman’s co-chairman in the early Nineties, Robert Rubin, followed Bill Clinton to the White House, where he directed the National Economic Council and eventually became Treasury secretary. While the American media fell in love with the story line of a pair of baby-boomer, Sixties-child, Fleetwood Mac yuppies nesting in the White House, it also nursed an undisguised crush on Rubin, who was hyped as without a doubt the smartest person ever to walk the face of the Earth, with Newton, Einstein, Mozart and Kant running far behind.

Rubin was the prototypical Goldman banker. He was probably born in a $4,000 suit, he had a face that seemed permanently frozen just short of an apology for being so much smarter than you, and he exuded a Spock-like, emotion-neutral exterior ; the only human feeling you could imagine him experiencing was a nightmare about being forced to fly coach. It became almost a national cliche that whatever Rubin thought was best for the economy - a phenomenon that reached its apex in 1999, when Rubin appeared on the cover of Time with his Treasury deputy, Larry Summers, and Fed chief Alan Greenspan under the headline THE COMMITTEE TO SAVE THE WORLD. And "what Rubin thought," mostly, was that the American economy, and in particular the financial markets, were over-regulated and needed to be set free. During his tenure at Treasury, the Clinton White House made a series of moves that would have drastic consequences for the global economy - beginning with Rubin’s complete and total failure to regulate his old firm during its first mad dash for obscene short-term profits.

The basic scam in the Internet Age is pretty easy even for the financially illiterate to grasp. Companies that weren’t much more than pot-fueled ideas scrawled on napkins by up-too-late bong-smokers were taken public via IPOs, hyped in the media and sold to the public for megamillions. It was as if banks like Goldman were wrapping ribbons around watermelons, tossing them out 50-story windows and opening the phones for bids. In this game you were a winner only if you took your money out before the melon hit the pavement.

It sounds obvious now, but what the average investor didn’t know at the time was that the banks had changed the rules of the game, making the deals look better than they actually were. They did this by setting up what was, in reality, a two-tiered investment system - one for the insiders who knew the real numbers, and another for the lay investor who was invited to chase soaring prices the banks themselves knew were irrational. While Goldman’s later pattern would be to capitalize on changes in the regulatory environment, its key innovation in the Internet years was to abandon its own industry’s standards of quality control.

"Since the Depression, there were strict underwriting guidelines that Wall Street adhered to when taking a company public," says one prominent hedge-fund manager. "The company had to be in business for a minimum of five years, and it had to show profitability for three consecutive years. But Wall Street took these guidelines and threw them in the trash." Goldman completed the snow job by pumping up the sham stocks : "Their analysts were out there saying Bullshit.com is worth $100 a share."

The problem was, nobody told investors that the rules had changed. "Everyone on the inside knew," the manager says. "Bob Rubin sure as hell knew what the underwriting standards were. They’d been intact since the 1930s."

Jay Ritter, a professor of finance at the University of Florida who specializes in IPOs, says banks like Goldman knew full well that many of the public offerings they were touting would never make a dime. "In the early Eighties, the major underwriters insisted on three years of profitability. Then it was one year, then it was a quarter. By the time of the Internet bubble, they were not even requiring profitability in the foreseeable future."

Goldman has denied that it changed its underwriting standards during the Internet years, but its own statistics belie the claim. Just as it did with the investment trust in the 1920s, Goldman started slow and finished crazy in the Internet years. After it took a little-known company with weak financials called Yahoo ! public in 1996, once the tech boom had already begun, Goldman quickly became the IPO king of the Internet era. Of the 24 companies it took public in 1997, a third were losing money at the time of the IPO. In 1999, at the height of the boom, it took 47 companies public, including stillborns like Webvan and eToys, investment offerings that were in many ways the modern equivalents of Blue Ridge and Shenandoah. The following year, it underwrote 18 companies in the first four months, 14 of which were money losers at the time. As a leading underwriter of Internet stocks during the boom, Goldman provided profits far more volatile than those of its competitors : In 1999, the average Goldman IPO leapt 281 percent above its offering price, compared to the Wall Street average of 181 percent.

How did Goldman achieve such extraordinary results ? One answer is that they used a practice called "laddering," which is just a fancy way of saying they manipulated the share price of new offerings. Here’s how it works : Say you’re Goldman Sachs, and Bullshit.com comes to you and asks you to take their company public. You agree on the usual terms : You’ll price the stock, determine how many shares should be released and take the Bullshit.com CEO on a "road show" to schmooze investors, all in exchange for a substantial fee (typically six to seven percent of the amount raised). You then promise your best clients the right to buy big chunks of the IPO at the low offering price - let’s say Bullshit.com’s starting share price is $15 - in exchange for a promise that they will buy more shares later on the open market. That seemingly simple demand gives you inside knowledge of the IPO’s future, knowledge that wasn’t disclosed to the day-trader schmucks who only had the prospectus to go by : You know that certain of your clients who bought X amount of shares at $15 are also going to buy Y more shares at $20 or $25, virtually guaranteeing that the price is going to go to $25 and beyond. In this way, Goldman could artificially jack up the new company’s price, which of course was to the bank’s benefit - a six percent fee of a $500 million IPO is serious money.

Goldman was repeatedly sued by shareholders for engaging in laddering in a variety of Internet IPOs, including Webvan and NetZero. The deceptive practices also caught the attention of Nichol as Maier, the syndicate manager of Cramer & Co., the hedge fund run at the time by the now-famous chattering television rear end in a top hat Jim Cramer, himself a Goldman alum. Maier told the SEC that while working for Cramer between 1996 and 1998, he was repeatedly forced to engage in laddering practices during IPO deals with Goldman.

"Goldman, from what I witnessed, they were the worst perpetrator," Maier said. "They totally fueled the bubble. And it’s specifically that kind of behavior that has caused the market crash. They built these stocks upon an illegal foundation - manipulated up - and ultimately, it really was the small person who ended up buying in." In 2005, Goldman agreed to pay $40 million for its laddering violations - a puny penalty relative to the enormous profits it made. (Goldman, which has denied wrongdoing in all of the cases it has settled, refused to respond to questions for this story.)

Another practice Goldman engaged in during the Internet boom was "spinning," better known as bribery. Here the investment bank would offer the executives of the newly public company shares at extra-low prices, in exchange for future underwriting business. Banks that engaged in spinning would then undervalue the initial offering price - ensuring that those "hot" opening price shares it had handed out to insiders would be more likely to rise quickly, supplying bigger first-day rewards for the chosen few. So instead of Bullshit.com opening at $20, the bank would approach the Bullshit.com CEO and offer him a million shares of his own company at $18 in exchange for future business - effectively robbing all of Bullshit’s new shareholders by diverting cash that should have gone to the company’s bottom line into the private bank account of the company’s CEO.

In one case, Goldman allegedly gave a multimillion-dollar special offering to eBay CEO Meg Whitman, who later joined Goldman’s board, in exchange for future i-banking business. According to a report by the House Financial Services Committee in 2002, Goldman gave special stock offerings to executives in 21 companies that it took public, including Yahoo ! co-founder Jerry Yang and two of the great slithering villains of the financial-scandal age - Tyco’s Dennis Kozlowski and Enron’s Ken Lay. Goldman angrily denounced the report as "an egregious distortion of the facts" - shortly before paying $110 million to settle an investigation into spinning and other manipulations launched by New York state regulators. "The spinning of hot IPO shares was not a harmless corporate perk," then-attorney general Eliot Spitzer said at the time. "Instead, it was an integral part of a fraudulent scheme to win new investment-banking business."

Such practices conspired to turn the Internet bubble into one of the greatest financial disasters in world history : Some $5 trillion of wealth was wiped out on the NASDAQ alone. But the real problem wasn’t the money that was lost by shareholders, it was the money gained by investment bankers, who received hefty bonuses for tampering with the market. Instead of teaching Wall Street a lesson that bubbles always deflate, the Internet years demonstrated to bankers that in the age of freely flowing capital and publicly owned financial companies, bubbles are incredibly easy to inflate, and individual bonuses are actually bigger when the mania and the irrationality are greater.

GOLDMAN SCAMMED HOUSING INVESTORS BY BETTING AGAINST ITS OWN CRAPPY MORTGAGES.

Nowhere was this truer than at Goldman. Between 1999 and 2002, the firm paid out $28.5 billion in compensation and benefits - an average of roughly $350,000 a year per employee. Those numbers are important because the key legacy of the Internet boom is that the economy is now driven in large part by the pursuit of the enormous salaries and bonuses that such bubbles make possible. Goldman’s mantra of "long-term greedy" vanished into thin air as the game became about getting your check before the melon hit the pavement.

The market was no longer a rationally managed place to grow real, profitable businesses : It was a huge ocean of Someone Else’s Money where bankers hauled in vast sums through whatever means necessary and tried to convert that money into bonuses and payouts as quickly as possible. If you laddered and spun 50 Internet IPOs that went bust within a year, so what ? By the time the Securities and Exchange Commission got around to fining your firm $110 million, the yacht you bought with your IPO bonuses was already six years old. Besides, you were probably out of Goldman by then, running the U.S. Treasury or maybe the state of New Jersey. (One of the truly comic moments in the history of America’s recent financial collapse came when Gov. Jon Corzine of New Jersey, who ran Goldman from 1994 to 1999 and left with $320 million in IPO-fattened stock, insisted in 2002 that "I’ve never even heard the term ’laddering’ before.")

For a bank that paid out $7 billion a year in salaries, $110 million fines issued half a decade late were something far less than a deterrent - they were a joke. Once the Internet bubble burst, Goldman had no incentive to reassess its new, profit-driven strategy ; it just searched around for another bubble to inflate. As it turns out, it had one ready, thanks in large part to Rubin.

BUBBLE #3 - THE HOUSING CRAZE

Goldman’s role in the sweeping disaster that was the housing bubble is not hard to trace. Here again, the basic trick was a decline in underwriting standards, although in this case the standards weren’t in IPOs but in mortgages. By now almost everyone knows that for decades mortgage dealers insisted that home buyers be able to produce a down payment of 10 percent or more, show a steady income and good credit rating, and possess a real first and last name. Then, at the dawn of the new millennium, they suddenly threw all that poo poo out the window and started writing mortgages on the backs of napkins to cocktail waitresses and ex-cons carrying five bucks and a Snickers bar.

None of that would have been possible without investment bankers like Goldman, who created vehicles to package those lovely mortgages and sell them en masse to unsuspecting insurance companies and pension funds. This created a mass market for toxic debt that would never have existed before ; in the old days, no bank would have wanted to keep some addict ex-con’s mortgage on its books, knowing how likely it was to fail. You can’t write these mortgages, in other words, unless you can sell them to someone who doesn’t know what they are.

Goldman used two methods to hide the mess they were selling. First, they bundled hundreds of different mortgages into instruments called Collateralized Debt Obligations. Then they sold investors on the idea that, because a bunch of those mortgages would turn out to be OK, there was no reason to worry so much about the lovely ones : The CDO, as a whole, was sound. Thus, junk-rated mortgages were turned into AAA-rated investments. Second, to hedge its own bets, Goldman got companies like AIG to provide insurance - known as credit-default swaps - on the CDOs. The swaps were essentially a racetrack bet between AIG and Goldman : Goldman is betting the ex-cons will default, AIG is betting they won’t.

There was only one problem with the deals : All of the wheeling and dealing represented exactly the kind of dangerous speculation that federal regulators are supposed to rein in. Derivatives like CDOs and credit swaps had already caused a series of serious financial calamities : Procter & Gamble and Gibson Greetings both lost fortunes, and Orange County, California, was forced to default in 1994. A report that year by the Government Accountability Office recommended that such financial instruments be tightly regulated - and in 1998, the head of the Commodity Futures Trading Commission, a woman named Brooksley Born, agreed. That May, she circulated a letter to business leaders and the Clinton administration suggesting that banks be required to provide greater disclosure in derivatives trades, and maintain reserves to cushion against losses.

More regulation wasn’t exactly what Goldman had in mind. "The banks go crazy - they want it stopped," says Michael Greenberger, who worked for Born as director of trading and markets at the CFTC and is now a law professor at the University of Maryland. "Greenspan, Summers, Rubin and [SEC chief Arthur] Levitt want it stopped."

Clinton’s reigning economic foursome - "especially Rubin," according to Greenberger - called Born in for a meeting and pleaded their case. She refused to back down, however, and continued to push for more regulation of the derivatives. Then, in June 1998, Rubin went public to denounce her move, eventually recommending that Congress strip the CFTC of its regulatory authority. In 2000, on its last day in session, Congress passed the now-notorious Commodity Futures Modernization Act, which had been inserted into an 1l,000-page spending bill at the last minute, with almost no debate on the floor of the Senate. Banks were now free to trade default swaps with impunity.

But the story didn’t end there. AIG, a major purveyor of default swaps, approached the New York State Insurance Department in 2000 and asked whether default swaps would be regulated as insurance. At the time, the office was run by one Neil Levin, a former Goldman vice president, who decided against regulating the swaps. Now freed to underwrite as many housing-based securities and buy as much credit-default protection as it wanted, Goldman went berserk with lending lust. By the peak of the housing boom in 2006, Goldman was underwriting $76.5 billion worth of mortgage-backed securities - a third of which were subprime - much of it to institutional investors like pensions and insurance companies. And in these massive issues of real estate were vast swamps of crap.

Take one $494 million issue that year, GSAMP Trust 2006-S3. Many of the mortgages belonged to second-mortgage borrowers, and the average equity they had in their homes was 0.71 percent. Moreover, 58 percent of the loans included little or no documentation - no names of the borrowers, no addresses of the homes, just zip codes. Yet both of the major ratings agencies, Moody’s and Standard & Poor’s, rated 93 percent of the issue as investment grade. Moody’s projected that less than 10 percent of the loans would default. In reality, 18 percent of the mortgages were in default within 18 months.

Not that Goldman was personally at any risk. The bank might be taking all these hideous, completely irresponsible mortgages from beneath-gangster-status firms like Countrywide and selling them off to municipalities and pensioners - old people, for God’s sake - pretending the whole time that it wasn’t grade-D horseshit. But even as it was doing so, it was taking short positions in the same market, in essence betting against the same crap it was selling. Even worse, Goldman bragged about it in public. "The mortgage sector continues to be challenged," David Viniar, the bank’s chief financial officer, boasted in 2007. "As a result, we took significant markdowns on our long inventory positions .... However, our risk bias in that market was to be short, and that net short position was profitable." In other words, the mortgages it was selling were for chumps. The real money was in betting against those same mortgages.

"That’s how audacious these assholes are," says one hedge-fund manager. "At least with other banks, you could say that they were just dumb - they believed what they were selling, and it blew them up. Goldman knew what it was doing." I ask the manager how it could be that selling something to customers that you’re actually betting against - particularly when you know more about the weaknesses of those products than the customer - doesn’t amount to securities fraud.

"It’s exactly securities fraud," he says. "It’s the heart of securities fraud."

Eventually, lots of aggrieved investors agreed. In a virtual repeat of the Internet IPO craze, Goldman was hit with a wave of lawsuits after the collapse of the housing bubble, many of which accused the bank of withholding pertinent information about the quality of the mortgages it issued. New York state regulators are suing Goldman and 25 other underwriters for selling bundles of crappy Countrywide mortgages to city and state pension funds, which lost as much as $100 million in the investments. Massachusetts also investigated Goldman for similar misdeeds, acting on behalf of 714 mortgage holders who got stuck ho1ding predatory loans. But once again, Goldman got off virtually scot-free, staving off prosecution by agreeing to pay a paltry $60 million - about what the bank’s CDO division made in a day and a half during the real estate boom.

The effects of the housing bubble are well known - it led more or less directly to the collapse of Bear Stearns, Lehman Brothers and AIG, whose toxic portfolio of credit swaps was in significant part composed of the insurance that banks like Goldman bought against their own housing portfolios. In fact, at least $13 billion of the taxpayer money given to AIG in the bailout ultimately went to Goldman, meaning that the bank made out on the housing bubble twice : It hosed the investors who bought their horseshit CDOs by betting against its own crappy product, then it turned around and hosed the taxpayer by making him payoff those same bets.

And once again, while the world was crashing down all around the bank, Goldman made sure it was doing just fine in the compensation department. In 2006, the firm’s payroll jumped to $16.5 billion - an average of $622,000 per employee. As a Goldman spokesman explained, "We work very hard here."

But the best was yet to come. While the collapse of the housing bubble sent most of the financial world fleeing for the exits, or to jail, Goldman boldly doubled down - and almost single-handedly created yet another bubble, one the world still barely knows the firm had anything to do with

BUBBLE #4 - $4 A GALLON

By the beginning of 2008, the financial world was in turmoil. Wall Street had spent the past two and a half decades producing one scandal after another, which didn’t leave much to sell that wasn’t tainted. The terms junk bond, IPO, subprime mortgage and other once-hot financial fare were now firmly associated in the public’s mind with scams ; the terms credit swaps and CDOs were about to join them. The credit markets were in crisis, and the mantra that had sustained the fantasy economy throughout the Bush years - the notion that housing prices never go down - was now a fully exploded myth, leaving the Street clamoring for a new bullshit paradigm to sling.

Where to go ? With the public reluctant to put money in anything that felt like a paper investment, the Street quietly moved the casino to the physical-commodities market - stuff you could touch : corn, coffee, cocoa, wheat and, above all, energy commodities, especially oil. In conjunction with a decline in the dollar, the credit crunch and the housing crash caused a "flight to commodities." Oil futures in particular skyrocketed, as the price of a single barrel went from around $60 in the middle of 2007 to a high of $147 in the summer of 2008.

That summer, as the presidential campaign heated up, the accepted explanation for why gasoline had hit $4.11 a gallon was that there was a problem with the world oil supply. In a classic example of how Republicans and Democrats respond to crises by engaging in fierce exchanges of moronic irrelevancies, John McCain insisted that ending the moratorium on offshore drilling would be "very helpful in the short term," while Barack Obama in typical liberal-arts yuppie style argued that federal investment in hybrid cars was the way out.

GOLDMAN TURNED A SLEEPY OIL MARKET INTO A GIANT BETTING PARLOR - SPIKING PRICES AT THE PUMP.

But it was all a lie. While the global supply of oil will eventually dry up, the short-term flow has actually been increasing. In the six months before prices spiked, according to the U.S. Energy Information Administration, the world oil supply rose from 85.24 million barrels a day to 85.72 million. Over the same period, world oil demand dropped from 86.82 million barrels a day to 86.07 million. Not only was the short-term supply of oil rising, the demand for it was falling - which, in classic economic terms, should have brought prices at the pump down.

So what caused the huge spike in oil prices ? Take a wild guess. Obviously Goldman had help - there were other players in the physical-commodities market - but the root cause had almost everything to do with the behavior of a few powerful actors determined to turn the once-solid market into a speculative casino. Goldman did it by persuading pension funds and other large institutional investors to invest in oil futures - agreeing to buy oil at a certain price on a fixed date. The push transformed oil from a physical commodity, rigidly subject to supply and demand, into something to bet on, like a stock. Between 2003 and 2008, the amount of speculative money in commodities grew from $13 billion to $317 billion, an increase of 2,300 percent. By 2008, a barrel of oil was traded 27 times, on average, before it was actually delivered and consumed.

As is so often the case, there had been a Depression-era law in place designed specifically to prevent this sort of thing. The commodities market was designed in large part to help farmers : A grower concerned about future price drops could enter into a contract to sell his corn at a certain price for delivery later on, which made him worry less about building up stores of his crop. When no one was buying corn, the farmer could sell to a middleman known as a "traditional speculator," who would store the grain and sell it later, when demand returned. That way, someone was always there to buy from the farmer, even when the market temporarily had no need for his crops.

In 1936, however, Congress recognized that there should never be more speculators in the market than real producers and consumers. If that happened, prices would be affected by something other than supply and demand, and price manipulations would ensue. A new law empowered the Commodity Futures Trading Commission - the very same body that would later try and fail to regulate credit swaps - to place limits on speculative trades in commodities. As a result of the CFTC’s oversight, peace and harmony reigned in the commodities markets for more than 50 years.

All that changed in 1991 when, unbeknownst to almost everyone in the world, a Goldman-owned commodities-trading subsidiary called J. Aron wrote to the CFTC and made an unusual argument. Farmers with big stores of corn, Goldman argued, weren’t the only ones who needed to hedge their risk against future price drops - Wall Street dealers who made big bets on oil prices also needed to hedge their risk, because, well, they stood to lose a lot too.

This was complete and utter crap - the 1936 law, remember, was specifically designed to maintain distinctions between people who were buying and selling real tangible stuff and people who were trading in paper alone. But the CFTC, amazingly, bought Goldman’s argument. It issued the bank a free pass, called the "Bona Fide Hedging" exemption, allowing Goldman’s subsidiary to call itself a physical hedger and escape virtually all limits placed on speculators. In the years that followed, the commission would quietly issue 14 similar exemptions to other companies.

Now Goldman and other banks were free to drive more investors into the commodities markets, enabling speculators to place increasingly big bets. That 1991 letter from Goldman more or less directly led to the oil bubble in 2008, when the number of speculators in the market - driven there by fear of the falling dollar and the housing crash - finally overwhelmed the real physical suppliers and consumers. By 2008, at least three quarters of the activity on the commodity exchanges was speculative, according to a congressional staffer who studied the numbers - and that’s likely a conservative estimate. By the middle of last summer, despite rising supply and a drop in demand, we were paying $4 a gallon every time we pulled up to the pump.

What is even more amazing is that the letter to Goldman, along with most of the other trading exemptions, was handed out more or less in secret. "I was the head of the division of trading and markets, and Brooksley Born was the chair of the CFTC," says Greenberger, "and neither of us knew this letter was out there." In fact, the letters only came to light by accident. Last year, a staffer for the House Energy and Commerce Committee just happened to be at a briefing when officials from the CFTC made an offhand reference to the exemptions.

"1 had been invited to a briefing the commission was holding on energy," the staffer recounts. "And suddenly in the middle of it, they start saying, ’Yeah, we’ve been issuing these letters for years now.’ I raised my hand and said, ’Really ? You issued a letter ? Can I see it ?’ And they were like, ’Duh, duh.’ So we went back and forth, and finally they said, ’We have to clear it with Goldman Sachs.’ I’m like, ’What do you mean, you have to clear it with Goldman Sachs ?’"

The CFTC cited a rule that prohibited it from releasing any information about a company’s current position in the market. But the staffer’s request was about a letter that had been issued 17 years earlier. It no longer had anything to do with Goldman’s current position. What’s more, Section 7 of the 1936 commodities law gives Congress the right to any information it wants from the commission. Still, in a classic example of how complete Goldman’s capture of government is, the CFTC waited until it got clearance from the bank before it turned the letter over.

Armed with the semi-secret government exemption, Goldman had become the chief designer of a giant commodities betting parlor. Its Goldman Sachs Commodities Index - which tracks the prices of 24 major commodities but is overwhelmingly weighted toward oil - became the place where pension funds and insurance companies and other institutional investors could make massive long-term bets on commodity prices. Which was all well and good, except for a couple of things. One was that index speculators are mostly "long only" bettors, who seldom if ever take short positions - meaning they only bet on prices to rise. While this kind of behavior is good for a stock market, it’s terrible for commodities, because it continually forces prices upward. "If index speculators took short positions as well as long ones, you’d see them pushing prices both up and down," says Michael Masters, a hedge-fund manager who has helped expose the role of investment banks in the manipulation of oil prices. "But they only push prices in one direction : up."

Complicating matters even further was the fact that Goldman itself was cheerleading with all its might for an increase in oil prices. In the beginning of 2008, Arjun Murti, a Goldman analyst, hailed as an "oracle of oil" by The New York Times, predicted a "super spike" in oil prices, forecasting a rise to $200 a barrel. At the time Goldman was heavily invested in oil through its commodities-trading subsidiary, J. Aron ; it also owned a stake in a major oil refinery in Kansas, where it warehoused the crude it bought and sold. Even though the supply of oil was keeping pace with demand, Murti continually warned of disruptions to the world oil supply, going so far as to broadcast the fact that he owned two hybrid cars. High prices, the bank insisted, were somehow the fault of the piggish American consumer ; in 2005, Goldman analysts insisted that we wouldn’t know when oil prices would fall until we knew "when American consumers will stop buying gas-guzzling sport utility vehicles and instead seek fuel-efficient alternatives."

But it wasn’t the consumption of real oil that was driving up prices - it was the trade in paper oil. By the summer of2008, in fact, commodities speculators had bought and stockpiled enough oil futures to fill 1.1 billion barrels of crude, which meant that speculators owned more future oil on paper than there was real, physical oil stored in all of the country’s commercial storage tanks and the Strategic Petroleum Reserve combined. It was a repeat of both the Internet craze and the housing bubble, when Wall Street jacked up present-day profits by selling suckers shares of a fictional fantasy future of endlessly rising prices.

In what was by now a painfully familiar pattern, the oil-commodities melon hit the pavement hard in the summer of 2008, causing a massive loss of wealth ; crude prices plunged from $147 to $33. Once again the big losers were ordinary people. The pensioners whose funds invested in this crap got massacred : CalPERS, the California Public Employees’ Retirement System, had $1.1 billion in commodities when the crash came. And the damage didn’t just come from oil. Soaring food prices driven by the commodities bubble led to catastrophes across the planet, forcing an estimated 100 million people into hunger and sparking food riots throughout the Third World.

Now oil prices are rising again : They shot up 20 percent in the month of May and have nearly doubled so far this year. Once again, the problem is not supply or demand. "The highest supply of oil in the last 20 years is now," says Rep. Bart Stupak, a Democrat from Michigan who serves on the House energy committee. "Demand is at a 10-year low. And yet prices are up."

Asked why politicians continue to harp on things like drilling or hybrid cars, when supply and demand have nothing to do with the high prices, Stupak shakes his head. "I think they just don’t understand the problem very well," he says. "You can’t explain it in 30 seconds, so politicians ignore it."

BUBBLE #5 - RIGGING THE BAILOUT

After the oil bubble collapsed last fall, there was no new bubble to keep things humming - this time, the money seems to be really gone, like worldwide-depression gone. So the financial safari has moved elsewhere, and the big game in the hunt has become the only remaining pool of dumb, unguarded capital left to feed upon : taxpayer money. Here, in the biggest bailout in history, is where Goldman Sachs really started to flex its muscle.

It began in September of last year, when then-Treasury secretary Paulson made a momentous series of decisions. Although he had already engineered a rescue of Bear Stearns a few months before and helped bail out quasi-private lenders Fannie Mae and Freddie Mac, Paulson elected to let Lehman Brothers - one of Goldman’s last real competitors - collapse without intervention. ("Goldman’s superhero status was left intact," says market analyst Eric Salzman, "and an investment-banking competitor, Lehman, goes away.") The very next day, Paulson greenlighted a massive, $85 billion bailout of AIG, which promptly turned around and repaid $13 billion it owed to Goldman. Thanks to the rescue effort, the bank ended up getting paid in full for its bad bets : By contrast, retired auto workers awaiting the Chrysler bailout will be lucky to receive 50 cents for every dollar they are owed.

Immediately after the AIG bailout, Paulson announced his federal bailout for the financial industry, a $700 billion plan called the Troubled Asset Relief Program, and put a heretofore unknown 35-year-old Goldman banker named Neel Kashkari in charge of administering the funds. In order to qualify for bailout monies, Goldman announced that it would convert from an investment bank to a bankholding company, a move that allows it access not only to $10 billion in TARP funds, but to a whole galaxy of less conspicuous, publicly backed funding - most notably, lending from the discount window of the Federal Reserve. By the end of March, the Fed will have lent or guaranteed at least $8.7 trillion under a series of new bailout programs - and thanks to an obscure law allowing the Fed to block most congressional audits, both the amounts and the recipients of the monies remain almost entirely secret.

Converting to a bank-holding company has other benefits as well : Goldman’s primary supervisor is now the New York Fed, whose chairman at the time of its announcement was Stephen Friedman, a former co-chairman of Goldman Sachs. Friedman was technically in violation of Federal Reserve policy by remaining on the board of Goldman even as he was supposedly regulating the bank ; in order to rectify the problem, he applied for, and got, a conflict-of-interest waiver from the government. Friedman was also supposed to divest himself of his Goldman stock after Goldman became a bank-holding company, but thanks to the waiver, he was allowed to go out and buy 52,000 additional shares in his old bank, leaving him $3 million richer. Friedman stepped down in May, but the man now in charge of supervising Goldman - New York Fed president William Dudley - is yet another former Goldmanite.

The collective message of all this - the AIG bailout, the swift approval for its bank-holding conversion, the TARP funds - is that when it comes to Goldman Sachs, there isn’t a free market at all. The government might let other players on the market die, but it simply will not allow Goldman to fail under any circumstances. Its edge in the market has suddenly become an open declaration of supreme privilege. "In the past it was an implicit advantage," says Simon Johnson, an economics professor at MIT and former official at the International Monetary Fund, who compares the bailout to the crony capitalism he has seen in Third World countries. "Now it’s more of an explicit advantage."

Once the bailouts were in place, Goldman went right back to business as usual, dreaming up impossibly convoluted schemes to pick the American carcass clean of its loose capital. One of its first moves in the post-bailout era was to quietly push forward the calendar it uses to report its earnings, essentially wiping December 2008 - with its $1.3 billion in pretax losses - off the books. At the same time, the bank announced a highly suspicious $1.8 billion profit for the first quarter of 2009 - which apparently included a large chunk of money funneled to it by taxpayers via the AIG bailout. "They cooked those first-quarter results six ways from Sunday," says one hedge-fund manager. "They hid the losses in the orphan month and called the bailout money profit."

Two more numbers stand out from that stunning first-quarter turnaround. The bank paid out an astonishing $4.7 billion in bonuses and compensation in the first three months of this year, an 18 percent increase over the first quarter of 2008. It also raised $5 billion by issuing new shares almost immediately after releasing its first-quarter results. Taken together, the numbers show that Goldman essentially borrowed a $5 billion salary payout for its executives in the middle of the global economic crisis it helped cause, using half-baked accounting to reel in investors, just months after receiving billions in a taxpayer bailout.

Even more amazing, Goldman did it all right before the government announced the results of its new "stress test" for banks seeking to repay TARP money - suggesting that Goldman knew exactly what was coming. The government was trying to carefully orchestrate the repayments in an effort to prevent further trouble at banks that couldn’t pay back the money right away. But Goldman blew off those concerns, brazenly flaunting its insider status. "They seemed to know everything that they needed to do before the stress test came out, unlike everyone else, who had to wait until after," says Michael Hecht, a managing director of JMP Securities. "The government came out and said, ’To pay back TARP, you have to issue debt of at least five years that is not insured by FDIC - which Goldman Sachs had already done, a week or two before."

And here’s the real punch line. After playing an intimate role in four historic bubble catastrophes, after helping $5 trillion in wealth disappear from the NASDAQ, after pawning off thousands of toxic mortgages on pensioners and cities, after helping to drive the price of gas up to $4 a gallon and to push 100 million people around the world into hunger, after securing tens of billions of taxpayer dollars through a series of bailouts overseen by its former CEO, what did Goldman Sachs give back to the people of the United States in 2008 ?

Fourteen million dollars.

That is what the firm paid in taxes in 2008, an effective tax rate of exactly one, read it, one percent. The bank paid out $10 billion in compensation and benefits that same year and made a profit of more than $2 billion - yet it paid the Treasury less than a third of what it forked over to CEO Lloyd Blankfein, who made $42.9 million last year.

How is this possible ? According to Goldman’s annual report, the low taxes are due in large part to changes in the bank’s "geographic earnings mix." In other words, the bank moved its money around so that most of its earnings took place in foreign countries with low tax rates. Thanks to our completely hosed corporate tax system, companies like Goldman can ship their revenues offshore and defer taxes on those revenues indefinitely, even while they claim deductions upfront on that same untaxed income. This is why any corporation with an at least occasionally sober accountant can usually find a way to zero out its taxes. A GAO report, in fact, found that between 1998 and 2005, roughly two-thirds of all corporations operating in the U.S. paid no taxes at all.

This should be a pitchfork-level outrage - but somehow, when Goldman released its post-bailout tax profile, hardly anyone said a word. One of the few to remark on the obscenity was Rep. Lloyd Doggett, a Democrat from Texas who serves on the House Ways and Means Committee. "With the right hand out begging for bailout money," he said, "the left is hiding it offshore."

BUBBLE #6 - GLOBAL WARMING Fast-Forward to today. It’s early June in Washington, D.C. Barack Obama, a popular young politician whose leading private campaign donor was an investment bank called Goldman Sachs - its employees paid some $981,000 to his campaign - sits in the White House. Having seamlessly navigated the political minefield of the bailout era, Goldman is once again back to its old business, scouting out loopholes in a new government-created market with the aid of a new set of alumni occupying key government jobs.

AS ENVISIONED BY GOLDMAN, THE FIGHT TO STOP GLOBAL WARMING WILL BECOME A "CARBON MARKET" WORTH $1 TRILLION A YEAR.

Gone are Hank Paulson and Neel Kashkari ; in their place are Treasury chief of staff Mark Patterson and CFTC chief Gary Gensler, both former Goldmanites. (Gensler was the firm’s co-head of finance) And instead of credit derivatives or oil futures or mortgage-backed CDOs, the new game in town, the next bubble, is in carbon credits - a booming trillion-dollar market that barely even exists yet, but will if the Democratic Party that it gave $4,452,585 to in the last election manages to push into existence a groundbreaking new commodities bubble, disguised as an "environmental plan," called cap-and-trade.

The new carbon-credit market is a virtual repeat of the commodities-market casino that’s been kind to Goldman, except it has one delicious new wrinkle : If the plan goes forward as expected, the rise in prices will be government-mandated. Goldman won’t even have to rig the game. It will be rigged in advance.

Here’s how it works : If the bill passes ; there will be limits for coal plants, utilities, natural-gas distributors and numerous other industries on the amount of carbon emissions (a.k.a. greenhouse gases) they can produce per year. If the companies go over their allotment, they will be able to buy "allocations" or credits from other companies that have managed to produce fewer emissions. President Obama conservatively estimates that about $646 billions worth of carbon credits will be auctioned in the first seven years ; one of his top economic aides speculates that the real number might be twice or even three times that amount.

The feature of this plan that has special appeal to speculators is that the "cap" on carbon will be continually lowered by the government, which means that carbon credits will become more and more scarce with each passing year. Which means that this is a brand-new commodities market where the main commodity to be traded is guaranteed to rise in price over time. The volume of this new market will be upwards of a trillion dollars annually ; for comparison’s sake, the annual combined revenues of an electricity suppliers in the U.S. total $320 billion.

Goldman wants this bill. The plan is (1) to get in on the ground floor of paradigm-shifting legislation, (2) make sure that they’re the profit-making slice of that paradigm and (3) make sure the slice is a big slice. Goldman started pushing hard for cap-and-trade long ago, but things really ramped up last year when the firm spent $3.5 million to lobby climate issues. (One of their lobbyists at the time was none other than Patterson, now Treasury chief of staff.) Back in 2005, when Hank Paulson was chief of Goldman, he personally helped author the bank’s environmental policy, a document that contains some surprising elements for a firm that in all other areas has been consistently opposed to any sort of government regulation. Paulson’s report argued that "voluntary action alone cannot solve the climate-change problem." A few years later, the bank’s carbon chief, Ken Newcombe, insisted that cap-and-trade alone won’t be enough to fix the climate problem and called for further public investments in research and development. Which is convenient, considering that ’Goldman made early investments in wind power (it bought a subsidiary called Horizon Wind Energy), renewable diesel (it is an investor in a firm called Changing World Technologies) and solar power (it partnered with BP Solar), exactly the kind of deals that will prosper if the government forces energy producers to use cleaner energy. As Paulson said at the time, "We’re not making those investments to lose money."

The bank owns a 10 percent stake in the Chicago Climate Exchange, where the carbon credits will be traded. Moreover, Goldman owns a minority stake in Blue Source LLC, a Utah-based firm that sells carbon credits of the type that will be in great demand if the bill passes. Nobel Prize winner Al Gore, who is intimately involved with the planning of cap-and-trade, started up a company called Generation Investment Management with three former bigwigs from Goldman Sachs Asset Management, David Blood, Mark Ferguson and Peter Harris. Their business ? Investing in carbon offsets. There’s also a $500 million Green Growth Fund set up by a Goldmanite to invest in green-tech ... the list goes on and on. Goldman is ahead of the headlines again, just waiting for someone to make it rain in the right spot. Will this market be bigger than the energy-futures market ?

"Oh, it’ll dwarf it," says a former staffer on the House energy committee.

Well, you might say, who cares ? If cap-and-trade succeeds, won’t we all be saved from the catastrophe of global warming ? Maybe - but cap-and-trade, as envisioned by Goldman, is really just a carbon tax structured so that private interests collect the revenues. Instead of simply imposing a fixed government levy on carbon pollution and forcing unclean energy producers to pay for the mess they make, cap-and trade will allow a small tribe of greedy-as-hell Wall Street swine to turn yet another commodities market into a private tax-collection scheme. This is worse than the bailout : It allows the bank to seize taxpayer money before it’s even collected.

"If it’s going to be a tax, I would prefer that Washington set the tax and collect it," says Michael Masters, the hedge fund director who spoke out against oil-futures speculation. "But we’re saying that Wall Street can set the tax, and Wall Street can collect the tax. That’s the last thing in the world I want. It’s just asinine."

Cap-and-trade is going to happen. Or, if it doesn’t, something like it will. The moral is the same as for all the other bubbles that Goldman helped create, from 1929 to 2009. In almost every case, the very same bank that behaved recklessly for years, weighing down the system with toxic loans and predatory debt, and accomplishing nothing but massive bonuses for a few bosses, has been rewarded with mountains of virtually free money and government guarantees - while the actual victims in this mess, ordinary taxpayers, are the ones paying for it.

It’s not always easy to accept the reality of what we now routinely allow these people to get away with ; there’s a kind of collective denial that kicks in when a country goes through what America has gone through lately, when a people lose as much prestige and status as we have in the past few years. You can’t really register the fact that you’re no longer a citizen of a thriving first-world democracy, that you’re no longer above getting robbed in broad daylight, because like an amputee, you can still sort of feel things that are no longer there.

But this is it. This is the world we live in now. And in this world, some of us have to play by the rules, while others get a note from the principal excusing them from homework till the end of time, plus 10 billion free dollars in a paper bag to buy lunch. It’s a gangster state, running on gangster economics, and even prices can’t be trusted anymore ; there are hidden taxes in every buck you pay. And maybe we can’t stop it, but we should at least know where it’s all going.