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Otage d'une guerre économique: Frédéric Pierucci, un directeur de division
a été emprisonné par les États-Unis pour aider General Electric  à acheter Alstom

L’extraterritorialité du droit des États-Unis est une arme fatale pour les entreprises étrangères.  Une arme qui a fait de Frédéric Pierucci un appât dans une transaction financière faisant partie d'une guerre économique tous azimuts livrée par les États-Unis et qui a coûté à la France, un des fleurons stratégiques de son industrie : Alstom.

Imaginez, si cela se passait au Québec, le président du développement des affaires SNC/Lavalin serait emprisonné lors d'un voyage aux États-Unis pour forcer son entreprise à se vendre à une multinationale états-unienne!  Voilà pourquoi les projets de la Coalition Avenir Québec (CAQ) de confier nos données personnelles, que le gouvernement a entre les mains, à des compagnies privées pour les stocker dans l'informatique en nuage sur la cybertoile est d'une insouciance incommensurable.  Surtout lorsque l'on sait que les seules compagnies pouvant donner le service sont états-uniennes, qu'elles sont poursuivies pour avoir vendu des données et qu'en finalité elles doivent obéir à leur gouvernement en premier lieu.

L'otage Frédéric Pierucci se raconte ici en français dans une vidéo réalisée par ThinkerView.  Ce cas permet de mieux comprendre ce qui est arrivé à la vice-présidente chinoise de Huwey arrêtée par le Canada pour être extradée aux États-Unis.   Consacrez-y du temps et votre analyse économique et politique en sera grandement bonifiée.  Le texte ci-dessous est bon mais il manque de détails. La vidéo et le texte se complètent.       
                              - JosPublic

 
 
 

 
 
 

Un voyage anodin tourne en drame humain

 
 

En avril 2013 après 24 heures de voyage depuis l’Asie, un cadre d’Alstom est arrêté à la sortie de son avion à l’aéroport JFK de New York et jeté en prison.  Du côté du drame psychologique, Frédéric Pierucci, ex-directeur monde de la division chaudière d’Alstom, nous fait vivre la dégringolade hallucinante d’un cadre dirigeant ordinaire d’une multinationale.

Les chaînes aux chevilles, aux poignets et la poitrine, la promiscuité, l’enfermement dans une prison de haute sécurité à Wyatt avec des barons de la drogue ou des truands de la finance, les soins de santé défaillants, les avocats hors de prix et qui jouent contre lui, le lâchage de son entreprise.

Donald W. Wyatt Detention Facility

Et enfin, et c’est sans doute le plus douloureux, la séparation d’avec sa femme et ses quatre enfants, qui depuis l’autre bout du monde, à Singapour, tentent de démêler l’incroyable imbroglio dans lequel le père de famille est tombé.

Il y a deux affaires Alstom, celle d’un système de corruption que la justice américaine a dans le viseur et que son état-major, Patrick Kron en tête, gère de la pire manière.  Et celle de la vente de la division énergie d’Alstom à General Electric.  Pour Frédéric Pierucci, qui a fait 25 mois de prison aux États-Unis, les deux affaires sont imbriquées et passent en partie par un livre explicatif «Le piège américain » révèle comment les USA utilisent le Foreign Corrupt Practices Act (FCPA) comme outil de guerre économique contre les pays européens. 

Le livre permet de comprendre dans le détail les dessous de cette affaire et d’alerter les entreprises françaises sur les dangers qui les guettent. Le lampiste étant devenu au passage un spécialiste du Foreign corrupt practices act (FCPA), qui leur coûte très cher.  Car selon ces calculs, "entre 1977 et 2014, sur 26 amendes supérieures à 100 millions de dollars, 21 concernent des sociétés non américaines".

 
 
 
 
 

La menace de 125 ans de prison

 
 

Le premier interlocuteur du cadre est David Novick, procureur fédéral dans le Connecticut en charge du dossier.  Il lui propose de "faire des choses pour (eux)… contre Alstom et sa direction" admettant que Frédéric Pierucci "n’était pas décisionnaire mais (…) au courant de tout ce qui se passait".  "Ce que nous voulons, c’est poursuivre la direction générale d’Alstom et notamment son P.-D.G., M. Kron".

Le cadre refuse, suivant les consignes de la maison, et persuadé que sa direction va le tirer de ce mauvais pas.

Ce ne sera pas le cas.

Il s’aperçoit rapidement qu’en plaidant non coupable, c’est potentiellement une peine de 125 ans de prison qui l’attend.

En réalité, la faute de Frédéric Pierucci est essentiellement d’avoir été l’un des 13 signataires d’Alstom du recrutement d’un consultant sur la vente d’un projet en Indonésie en 2003.   Il avait 31 ans à l'époque.

Patrick Stéphane Kron

C’est ce consultant qui a lui-même versé des commissions à des élus indonésiens et dont le département de la Justice (DOJ) a le témoignage.  En la matière, le cadre a strictement suivi toutes les procédures internes d’Alstom, tandis que la responsabilité du choix des consultants incombait au service "Conformité" de l’entreprise.

Au cours de ses différentes auditions, Frédéric Pierucci comprend que le DOJ enquête sur Alstom depuis 2009 et que la société fait semblant de coopérer tout en poursuivant sa politique.  Son emprisonnement a pour but de mettre la pression sur la direction pour qu’elle coopère.  Deux autres cadres sont également mis en examen, dont un qui a quitté l’entreprise.  Frédéric Pierucci apprend que Keith Carr, le directeur juridique d’Alstom, s’est rendu à Washington pour négocier avec le DOJ, il témoigne : "vingt-quatre heures après mon arrestation, mais lui n’a nullement été inquiété par le FBI. Ce qui ne cesse de m’intriguer."

 
 

 
 
 

Alstom finit par collaborer avec le Département de la justice

 
 

Finalement, le cadre préférera plaider coupable pour avoir une chance de réduire sa peine.  Après 14 mois de prison, il est mis en liberté conditionnelle, puis peut revenir en France après moult péripéties en attendant son jugement qui a finalement lieu en 2017 et qui le renvoie pour 12 mois en prison puisque la sentence est de 30 mois de prison.

Alstom signera finalement de son côté un plaidoyer de culpabilité le 22 décembre 2014.  Frédéric Pierucci ne le loupe pas :  "J’observe que la très grande majorité des 75 millions de pots-de-vin ont été versés après l’arrivée de Kron à la tête d’Alstom (en 2003). (…) On comprend donc mieux ce que risquait Patrick Kron s’il avait été poursuivi." 

C’est en prison que Frédéric Pierucci apprendra, stupéfait, qu’Alstom est prêt à céder 70 % de ses activités énergie à General Electric.

La vente d’Alstom à GE, qui entretient des liens comme toutes les entreprises américaines avec le DOJ était un moyen d’éviter la prison à son PDG Patrick Kron et de réduire le montant de l’amende. 

Elle sera de plus de 700 millions de dollars mais le chiffre de 1,5 milliard$ circule à l'époque.

Le livre revient longuement sur le rôle d’Arnaud Montebourg pour trouver une solution alternative (avec Siemens), les batailles entre Bercy et l’Elysée, la démission fataliste d’autres, en particulier Emmanuel Macron, face à la puissance américaine, le jeu de poker menteur qui se joue entre les différents intervenants.

Il explore surtout la question : a-t-on cédé Alstom aux Américains pour de mauvaises raisons ?

Arnaud Montebourg

Emmanuel Macron

 

 
 
 

Pressions sur la vente d'Alstom

 
 

Cette possibilité n’a pas manqué d'interroger des spécialistes du renseignement français et les députés de la nation.  En novembre 2017, l’assemblée lance une commission d’enquête parlementaire sur "la politique industrielle et notamment les cas d’Alstom, Alcatel et STX".   Elle a tenté de démêler le sujet.

Dans ses conclusions écrites, la commission admet qu’elle n’a pas trouvé de preuves de cette thèse : "Alstom a été fragilisée financièrement par les poursuites américaines anti-corruption mais aucun élément factuel ne permet de corroborer la théorie selon laquelle General Electric aurait instrumentalisé ces procédures pour faciliter le rachat d’Alstom".

Mais lors de la présentation à la presse, en avril 2018, à laquelle nous avions pu assister, il apparaissait clairement que les points de vue d’Olivier Marleix (LR), le président de la commission et de Guillaume Kasbarian (LREM), son rapporteur n’étaient pas tout à fait en ligne.

Le premier étant proche de la thèse de Frédéric Pierucci. 

Président comme rapporteur de la commission se rejoignaient, en tout cas sur la sous-estimation du risque par les entreprises françaises des moyens du DOJ et le travail déficient de l’administration en matière de renseignement.

Mais aux yeux du cadre d’Alstom et Matthieu Aron, il existe une preuve irréfutable de cette collusion entre le DOJ et GE dans cette affaire. 

Alors que les juges dans le cadre du FCPA, "dans 99 % des cas", valident une transaction financière et exigent le paiement de l’amende dans les dix jours.

La décision de justice, une fois le deal conclu, n’interviendra que 11 mois plus tard, une fois que les autorités européennes auront approuvé la vente. 

Le deal était donc susceptible d'être revu si GE n'avait pas pu acheter l'entreprise française.  Cette décision des autorités européennes avait comme principal avocat... Patrick Stéphane Kron.

Olivier Marleix

Guillaume Kasbarian

Matthieu Aron

Ce dernier quittera l’entreprise en janvier 2015 avec un bonus de 6,5 millions d’euros pour ses bons et loyaux services.  Sans sous-estimer la situation délicate d’Alstom à l’époque, il faut constater qu’il a vendu à General Electric, donc au gouvernement états-unien, l’expertise qui permet la maintenance des centrales nucléaires françaises et de ses sous-marins de dissuasion.

 

 

 

 

 

Source: ThinkerView; L'usine nouvelle pour InfoPro

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 1er août 2019

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  État des lieux sur l'effondrement des États-Unis et du Canada, le porte queue

 Les États-Unis s’engagent dans des guerres économiques contre de nombreux « ennemis » dont le Canada

Les États-Unis se cherchent un ennemi pour faire oublier que:
l'heure est à l'effondrement de la pyramide économique de l'Amérique du Nord

Otage, guerre économique, Frédéric Pierucci, General electric, Alstom, États-Unis, France, guerre économique

Notes & Références encyclopédiques:

ce qui est arrivé à la vice-présidente chinoise de Huwey...

 
 

Meng WANZHOU

 

La vice-présidente de Huawei a été arrêtée au Canada

Au moment même de la rencontre du président Xi Jinping avec son homologue américain Donald Trump, l’arrestation, au Canada, de Meng Wanzhou, dirigeante du géant chinois des télécoms Huawei, a rajouté une affaire épineuse dans les relations déjà tendues entre Pékin et Washington.

 

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les seules compagnies pouvant donner le services sont états-uniennes...
 

Google, Facebook, Amazon et Apple : les géants de la tech n’inspirent plus confiance aux États-Unis

Google, Facebook, Apple ou encore Amazon, les Américains ont une opinion de plus en plus négative de leurs fleurons de la technologie. Selon un sondage de l’institut Pew Research Center, les géants américains de la tech dégringolent dans l’opinion publique. Le sentiment de fierté nationale laisse place à la méfiance.

 

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Le premier interlocuteur du cadre....
 

Le procureur américain adjoint, David E. Novick, a été nommé chef de l'unité des fraudes financières et de la corruption publique de la division pénale, qui se concentre sur les enquêtes et les poursuites relatives aux fraudes relatives:

aux valeurs mobilières, aux produits de base et aux investisseurs, à la corruption publique, aux fraudes bancaires et aux détournements de fonds, aux fraudes hypothécaires et aux impôts. , fraude en matière de santé, fraude en matière de faillite et infractions à la loi sur la corruption à l’étranger

Auparavant, il était chef adjoint de l'unité FFPC. M. Novick a rejoint le Bureau en 2008 après avoir été procureur de district adjoint au bureau du procureur de district de Manhattan pendant environ cinq ans. Il est diplômé de l’Université de Yale en 1997 et de la Faculté de droit de l’Université de New York en 2003.

 

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passent en partie par une livre explicatif...
 

En avril 2013, j’ai été arrêté à New York par le FBI et poursuivi pour une affaire de corruption. Je n’ai pas touché un centime dans cette transaction, mais les autorités américaines m’ont enfermé pendant plus de deux ans – dont quatorze mois dans une prison de très haute sécurité.

Un véritable chantage pour obliger Alstom à payer la plus gigantesque amende jamais infligée par les États-Unis, et à se vendre à General Electric, son grand concurrent américain.  C’est ainsi que s’ouvre « le Piège Américain", le livre témoignage de ce cadre qui paraît chez Lattès.

 

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En novembre 2017, l'assemblée nationale de France lance une enquête...

 

Jeudi 19 avril 2018 Olivier Marleix Président de la commission, et Guillaume Kasbarian, rapporteur, ont présenté leur rapport à la presse en présence de François de Rugy.

 

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