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Basculement du monde, la déglobalisation serait-elle en marche ?

Pour le professeur Alfredo Jalife-Rahme, le principal géopoliticien latino-américain, la concomitance de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne et de l’entrée de l’Inde et du Pakistan dans l’Organisation de coopération de Shanghai marque le basculement du monde.  Désormais, la déglobalisation serait en marche?

Texte par Alfredo JALIFE-RAHME
Professeur de Sciences politiques et sociales à l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM)

 
 

La chute du Mur de Berlin en 1989 avait imposé l’unipolarité stratégique des États-Unis, et la globalisation financière toxique, ce qui a répandu une inégalité monstrueuse, aux niveaux local, régional et global, assortie de chômage massif et d’une austérité asphyxiante.    Le Brexit, un demi-siècle après l’étape pernicieuse de dérégulation thatchériste, et vingt-sept ans après la chute du Mur de Berlin, ouvre le chemin à une douloureuse déglobalisation ( 01 );

Image représentant sur le terrain la décision de l'Union soviétique de ne plus défendre l'idée du mur de Berlin, le 9 novembre 1989

cela implique des changements géostratégiques, et accentue le dynamisme de la multipolarité.   Le Brexit constitue la plaque tectonique en mouvement : et cet ébranlement aura des conséquences profondes pour le nouvel ordre global que je qualifie de tripolaire : États-Unis, Russie et Chine.

À court et moyen terme, le Brexit équivaut à la chute du Mur de Berlin.

À plus long terme, à l’échelle du temps long de Fernand Braudel, c’est un anti-Waterloo : c’est un renversement de tendance par rapport à la trajectoire ascendante de la Grande-Bretagne depuis sa victoire militaire décisive, il y a 201 ans, dans l’ancienne Belgique, devenue précisément siège d’une Union Européenne en voie de dislocation.

Pour l’éditorialiste du Global Times chinois, « le futur paysage de la politique globale va probablement conduire des changements d’envergure, comparables à ceux dont on a la trace dans l’histoire géologique avec la fracture de l’ancien super-continent Gondwana il y a 180 millions d’années » ( 02 ).

Les pions dispersés de l’UE vont se partager entre la Russie et les États-Unis, la Chine restant à l’arrière-plan.

Dans la façon dont les trois super-puissances racontent la chose, se dessine peut-être le noyau du nouvel ordre global qui va naître du Brexit : les États-Unis disent que c’est la Russie qui a gagné, la Chine assure que c’est le dollar qui a gagné et l’euro qui a perdu, tandis que la Russie assure que c’est la Chine qui a gagné.

De façon prémonitoire, trois jours avant le Brexit, le diabolique méga-spéculateur George Soros

—qui a sérieusement contribué au démantèlement de l’Union européenne et de l’euro, en maniant à sa guise migrants et capitaux mobiles —     entrevoyait déjà la Russie comme la puissance globale émergente, dans le mouvement même de la vaporisation de l’Union ( 03 ).

Le Premier ministre de Hongrie, Victor Orban, avait déjà souligné la responsabilité de Soros, quand il a favorisé la crise migratoire du Proche-Orient afin de faire couler l’Europe ( 04 )

Ce n’est pas par hasard si Soros est déjà l’un des principaux bénéficiaires du tsunami financier causé par le Brexit, pour avoir misé sur l’effondrement de la Bourse et la hausse de l’or ( 05 )

 Maintenant, Soros fait le pari d’anéantir la principale banque allemande/européenne, la Deutsche Bank, de façon à avantager les banksters de Wall Street et de la City ( 06 )

Mon article de l’année dernière aura été prémonitoire : « La Grande Bretagne quitte l’Europe pour la Chine : une alliance géofinancière avec hollandisation », tandis que la complémentarité des plus grandes réserves de devises de la Chine avec le savoir-faire financiériste de la City construit l’échafaudage multipolaire pour le nouvel ordre géofinancier du XXI° siècle ( 07 ).

Proche de ma façon d’aborder le sujet, c’est Thierry Meyssan, directeur du Réseau Voltaire, qui ajoute que le Brexit, appuyé par la reine d’Angleterre et la réorientation de la Grande-Bretagne vers le yuan chinois, équivaut à la chute du Mur de Berlin et accélère la redistribution des cartes de la géopolitique mondiale ( 08 ).

Dans mon article précédent ( 09 ), je soulignais la simultanéité géostratégique suivante :

le jour même où l’UE commençait à imploser, le groupe de Shanghai (OSC) se réunissait, pour son seizième sommet, à Tachkent (Ouzbékistan), où se sont retrouvés le tsar Poutine et le mandarin Xi, et ils approuvaient le protocole d’adhésion de deux grands poids lourds nucléaires : l’Inde et le Pakistan ( 10 ).

C’est bien la fin d’une ère ( 11 ).

Elizabeth II, reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, d’Antigua-et-Barbuda, de l’Australie, des Bahamas, de la Barbade, du Belize, du Canada, de Grenade, des Îles Salomon, de la Jamaïque, de la Nouvelle-Zélande, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, de Saint-Christophe-et-Niévès, de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, de Sainte-Lucie, et de Tuvalu.

En fait il y a eu deux poussées géostratégiques dans la mesure où, le lendemain du Brexit et après avoir assisté au sommet du Groupe de Shanghai à Tachkent, Poutine a réalisé une visite de deux jours en Chine, pour y approfondir les liens stratégiques avec Xi.

Et ces deux rencontres, celle de Tachkent et celle de Pékin, ont été escamotées par les médias désinformateurs de l’Occident angoissé.

Avec son sarcasme légendaire, le tsar Poutine, sept jours avant le Brexit, admettait, lors de la réunion financière de Saint-Pétersbourg, que les États-Unis « sont encore probablement la seule superpuissance mondiale », au moment où il « se prépare à travailler avec celui qui héritera de la présidence à Washington, quel qu’il soit », sans pour autant « accepter que les États-uniens lui dictent la conduite à tenir » ( 12 ).

Le jour même du Brexit, deux puissances nucléaires du sous-continent indien étaient admis dans le Groupe de Shanghai, ce qui veut dire : 110 à 120 ogives nucléaires pour l’Inde ( 13 ), et de 110 à 130 ogives pour le Pakistan ( 14 ).

Le Daily Times en déduit que l’adhésion du Pakistan est fort significative, sur la scène géopolitique en plein bouleversement ( 15 ).

Avec moins d’enthousiasme cependant que le Pakistan, The Hindu exulte à l’idée que l’Inde et le Pakistan vont être des membres de plein droit de l’OSC ; on peut supposer que la Chine parraine le Pakistan, et la Russie l’Inde ( 16 ).


 

L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) représente désormais les deux tiers de la population mondiale. Elle comprend la première économie mondiale (la Chine) et la première puissance militaire conventionnelle (la Russie).

Or tout n’est pas rose dans le Groupe de Shanghai, car, selon Yang Jin, de l’Académie des Sciences sociales de Chine, la « crise financière globale, les prix en baisse des matières premières de première nécessité (Produit de base ou "staple commodities") et la détérioration des échanges qui découle des sanctions économiques appliquées à la Russie ont exercé des effets négatifs sur la stabilité (sic) et l’économie des membres de l’OCS ».

De l'autre côté « les grandes puissances (autrement dit les États-Unis, et plus précisément le « plan Brzezinki ») sont intervenus en profondeur dans les affaires régionales, perturbant les intérêts conjoints des membres de l’OCS », ce qui « a rendu difficile leur coopération circulaire » ; car à côté du binôme des superpuissances que sont la Chine et la Russie, quatre pays centre-asiatiques Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan et Ouzbékistan) qui en sont membres, se disputent territoires, ressources en eau et ethnicité
( 17 ).

L’adhésion de l’Inde et du Pakistan au Groupe de Shanghai va-t-elle lui donner un nouvel élan, après seize sommets décevants ?

Le problème de l’élargissement de l’OCS est qu’elle doit définir son objectif principal, ce qui la met face à un dilemme : constituer un bloc de sécurité militaire euro-asiatique pour contrecarrer l’Otan, ou intégrer sans plus un vulgaire bloc mercantiliste.

Le rapprochement entre l’ours russe et le dragon chinois, voilà l’événement.   Le People’s Daily affirme que l’association entre la Chine et la Russie sera un tournant implacable (sic) ( 18 ), tandis que Cao Siqi explique que la Chine et la Russie fortifient la stabilité globale et ont atteint un consensus contre l’hégémonie US
( 19 )
.

Dans le Global Times, un éditorialiste considère que la pression des États-Unis resserre les liens entre la Chine et la Russie, alors que Washington est incapable d’abattre le dragon chinois et l’ours russe en même temps ( 20 ).

L’ancien régime est mort, vive la nouvelle ère !

 

Source:  Alfredo JALIFE-RAHME
Professeur de Sciences politiques et sociales à l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM). Il publie des chroniques de politique internationale dans le quotidien La Jornada. Dernier ouvrage publié : China irrumpe en Latinoamérica : ¿dragón o panda ? (Orfila, 2012)

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 5 juillet 2016

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 

  Sortie de l'Union Européenne pour l'Angleterre. La caste politique anglaise respectera-t-elle la volonté du peuple?

  La vieille classe moyenne disparaît pendant que la nouvelle est menacée de pauvreté. Les riches se préparent des matins désenchanteurs

  Fiche: Économie & Finance

 

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 

Hacia la desglobalización, par Alfredo Jalife-Rahme, Jorale/Orfila (2007), ISBN 978-9685863223.

 
 

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02

 

“Shock waves of UK exit’s impact will rearrange the face of global politics and markets”, Anbound, The Global Times, June 27th, 2016.

 

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03

 

“Soros sees Russia emerging as global power as EU fades”, Andy Bruce & Kit Rees, Reuters, June 20th, 2016.

 
 

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04

 

“Hungarian Prime Minister accuses billionaire investor George Soros of trying to undermine Europe by supporting refugees travelling from the Middle East”, Jennifer Newton, Daily Mail, October 30th, 2015

 

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05

 

“Billionaire Soros Was ‘Long’ on Pound Before Vote on Brexit”, Francine Lacqua & Sree Vidya Bhaktavatsalam, Bloomberg, June 27th, 2016.

 

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06

 “Soros had Deutsche Bank ’short’ bet at time of Brexit fallout”, Arno Schuetze, Reuters, June 28th, 2016.

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07

 

« Gran Bretaña abandona a EU por China : alianza geofinanciera con "holandización" », Alfredo jalife-Rahme, La Jornada, 25 de Octobre de 2015.

 
 

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08

 

« Le Brexit redistribue la géopolitique mondiale », Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 juin 2016.

 
 

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09

 

“Brexit : ganó el nacionalismo británico/Perdió la globalización/Derrota de Obama/Triunfo de Putin”, Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 26 de Junio de 2016.

 

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10

 

« Ташкентская декларация », Сеть Вольтер, 24 июня 2016.

 
 

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11

 

« "Un nuevo significado, un nuevo peso" : La organización que unirá casi a la mitad del planeta », Russia Today, 24 de Junio de 2016.

 
 

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12

 

 « Presidente ruso Putin dice acepta rol de superpotencia de EEUU, diluye elogios a Trump », Grigory Dukor, Reuters, 17 de Junio de 2016.

 

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13

 

“Indian nuclear forces, 2015”, Hans M. Kristensen & Robert S. Norris, Bulletin of Atomic Scientists, September 1st, 2015.

 

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14

 

“Pakistani nuclear forces, 2015”, Hans M. Kristensen & Robert S. Norris, Bulletin of Atomic Scientists, September 1st, 2015.

 

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15

 

“Pakistan’s entry at SCO significant in changing geopolitical scenario”, Daily Times, June 26th, 2016.

 

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16

 

 “India, Pakistan become full SCO members”, The Hindu, July 11th, 2015.

 

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17

 

“SCO needs to overcome diverse demands”, Yang Jin, Global Times, June 26th, 2016.

 
 

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18

 

“China, Russia pledge "unswerving" partnership”, People’s Daily, June 27th, 2016.

 
 

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19

 

“China, Russia to strengthen global stability”, Cao Siqi, Global Times, June 27th, 2016.

 

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20

 

"US pressure spurs closer Sino-Russian ties”, Global Times, June 27th, 2016. 

 

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