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Les dessous de la vente de RONA: l’ex-PDG ne voulait rien savoir des offres de Lowe’s
Dans un livre-choc, l’ex-PDG de RONA, Robert Dutton, se vide le cœur pour le Québec inc.

   Mettez-vous à la place de Robert Dutton. Se faire mettre à la porte de «son» entreprise après 35 années de loyaux services, dont 20 à titre de président et chef de la direction, c’est à la fois blessant et révoltant.

La blessure est d’autant plus grande lorsque vous découvrez que votre départ avait en fait pour finalité de permettre aux gros actionnaires, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPDQ), de faire la piastre en vendant l’entreprise à une multinationale américaine.  Farouche défenseur d’un Québec inc. qui protège ses sièges sociaux, l’ancien grand patron de RONA, Robert Dutton, ne voulait rien savoir des offres d’acquisition de Lowe’s.

Et si, au lieu d'être avalé par le géant américain Lowe's, le fleuron québécois Rona s'était plutôt porté acquéreur de la division canadienne de son rival?  Ce scénario aurait bel et bien été envisagé lors d'une rencontre entre les grands patrons des deux entreprises dans un restaurant du Vieux-Montréal en 2011.

 
 

Lowe's risquait la faillite au Canada

 
 

Michel Girard chroniqueur financier à lu pour nous le livre "mise à niveau".  D'après son récit des événements, Robert Dutton a rencontré la haute direction de Lowe's dans un restaurant du Vieux-Montréal le 27 juillet 2011.  Au cours de cette réunion, les dirigeants de Lowe's lui confient les difficultés rencontrées dans leur tentative de percer le marché canadien. 

Robert Dutton leur aurait alors proposé que Rona rachète leur division canadienne pour permettre au géant américain une sortie honorable du marché.   «Nous pourrions nous porter acquéreurs de leurs magasins canadiens avant qu'ils n'engloutissent encore des sommes colossales dans un développement qui est plus lent, plus coûteux et plus difficile qu'ils ne l'avaient prévu», écrit l'auteur.

«Nous sommes ouverts à un scénario qui leur permette de consolider une présence sur le marché canadien par l'entremise d'une participation importante, mais sans contrôle, au capital-actions de Rona», ajoute-t-il dans le bouquin.

Une deuxième rencontre est donc inscrite au calendrier le 12 août 2011 pour poursuivre la discussion au siège social en Caroline du Nord.  Cette fois, la direction de Lowe's change complètement d'attitude.  Si elle était initialement ouverte à la proposition, ce n'est plus le cas.

Le vice-président principal aux activités internationales de Lowe's, Doug Robinson, prend la parole en premier.  «Son discours a fait un virage à 180 degrés, écrit M. Dutton.  Il nous annonce tout de go que Lowe's veut acquérir Rona.»

Les dirigeants de Lowe's semblent même pressés de procéder à la transaction.

Doug Robinson aurait fait miroiter d'«énormes avantages» aux membres de la direction pour que ceux-ci favorisent la transaction.  Au départ, Lowe's n'était intéressée que par les quincailleries de grande surface et aurait proposé de rétrocéder les magasins de petite taille à Rona.  Un scénario irréaliste, de l'avis de Robert Dutton.

Siège social de Lowe's à Mooresville en Caroline Nord

Ce dernier rapporte qu'il revient à la charge avec son offre.  Il propose de racheter «tous les Lowe's rentables au Canada» en plus d'offrir une participation minoritaire dans Rona.  La rencontre se termine donc mal et Robert Dutton quitte avec le sentiment que Lowe's va tenter sa chance de mettre la main sur Rona avec l'appui d'importants actionnaires.

Pour contrer une éventuelle offre d'achat hostile de Lowe's, Robert Dutton entreprend de rassembler une minorité de blocage.  Cela consiste à obtenir l'appui d'actionnaires détenant 34 pour cent des parts de l'entreprise pour bloquer toute tentative de prise de contrôle.

Avec l'appui de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPDQ), d'Investissement Québec (IQ), du Fonds de solidarité de la FTQ (FSFTQ) et des marchands affiliés et franchisés, le PDG consolide sa minorité de blocage.  C'est ce qui permettra d'empêcher une première tentative d'achat de Lowe's en 2012.

Les états-uniens reviendront cependant à la charge en 2016.  À ce moment, tous les obstacles qui avaient empêché la transaction de se conclure en 2012 ont disparu.  Robert Dutton a été congédié, le conseil d'administration est désormais contrôlé par une majorité d'Ontariens et la minorité de blocage s'est écroulée parce qu'Investissement Québec a revendu son bloc d'actions représentant neuf pour cent de Rona.  Une décision que ne s'explique pas Robert Dutton.

Robert Dutton à l'émission de télévision "Tout le monde en parle" le 30 septembre 2018

«Il apparaît invraisemblable que son démantèlement en 2015 soit le résultat fortuit d'une » décision de placement, « effectuée sur une base purement financière», déplore-t-il en laissant sous-entendre que le gouvernement du Québec et la Caisse de dépôt et placement étaient au courant de cette décision et de son impact sur l'avenir du fleuron québécois.

«On n'est pas dans un scénario du oups! Je viens de démanteler une minorité de blocage, je n'ai pas fait exprès!», ironise l'ex-PDG qui aura dirigé Rona durant 20 ans.

S'il reconnaît que ce n'est pas nécessairement le mandat d'Investissement Québec de conserver une participation aussi importante dans une entreprise inscrite en bourse, M. Dutton croit que le gouvernement aurait pu faire les démarches pour trouver des investisseurs intéressés par la relance de Rona.

Robert Dutton garde l'impression que ni le conseil d'administration (contrôlé par des Ontariens), ni la Caisse de dépôt, ni Investissement Québec, ni le gouvernement n'étaient intéressés à poursuivre la relance de RONA.  «Cette volonté a fait défaut», conclut-il.

 

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L'inconcevable pour Robert Dutton

 
 

Pour lui, il était inconcevable de voir RONA devenir une filiale d’une multinationale étrangère, raconte le chroniqueur économique Michel Girard.

Pour les gros fonds institutionnels qui détiennent des blocs d’actions de Rona, il était évident qu’un PDG comme Dutton représentait un obstacle majeur.

C’est le genre de gars capable de déplacer des montagnes pour protéger l’entreprise contre les prédateurs étrangers.

Message aux politiciens

À mon avis souligne Michel Girard, la saga entourant la vente de RONA à la multinationale américaine Lowe’s mériterait la tenue d’une commission d’enquête, question de faire toute la lumière sur les dessous de la mégatransaction de 3,2 milliards de dollars.  Après tout, RONA était une entreprise publique avant son achat par Lowe’s en 2016.

Comme document de base, je recommande le livre Mise à niveau de Robert Dutton.  Une brique de 400 pages dans laquelle Dutton révèle avec détails des stratégies tordues qui ont cours dans le monde de la haute finance lorsqu’une entreprise comme RONA fait l’objet de convoitise.

Derrière les portes

À l’été 2011, des membres de la haute direction de RONA avaient rencontré les dirigeants de Lowe’s à leur siège social de Mooresville, en Caroline du Nord, et ce, en vue de leur faire une offre pour acquérir les magasins de Lowe’s au Canada.

Sur place, les rôles furent inversés. C’est la direction de Lowe’s qui voulait mettre le grappin sur RONA.

Devant la forte réticence de Robert Dutton, le président et chef de la direction de Lowe’s, Robert Niblock, demande de le voir seul à seul.  

« Qu’est-ce que je peux faire pour toi pour que tu changes d’idée ? » [lui] dit-il.

 Précédemment, il lui avait dit « qu’une telle transaction aurait d’énormes avantages pour les membres de la direction de RONA ».

« C’est mal me connaître. Pas question d’avantages personnels. Je travaille pour tous les actionnaires de RONA.»  Lowe’s est revenu à la charge en décembre 2011.

La caisse arrive

Le 2 décembre 2011, à sa demande, Normand Provost, premier vice-président placements privés de la Caisse, va rencontrer Dutton à son bureau de Boucherville.  La discussion porte sur les rumeurs, le cours de l’action déprimé, l’absence de structure de contrôle dans l’actionnariat et la vulnérabilité en découlant... Il faut savoir que Manuvie et Invesco, deux gros actionnaires de RONA, souhaitent la vente de RONA à Lowe’s.

Le 12 décembre 2011, Dominique Boies, vice-président et chef de la direction financière de RONA, reçoit un appel de Jean-Luc Gravel, premier vice-président marchés boursiers de la Caisse.  Celle-ci détient à ce moment-là 8,6 % de RONA.

Mis au courant de l’offre que s’apprêterait à faire Niblock à Dutton le 14 décembre 2011, Dominique Boies lui dit : « Jean-Luc, je préférerais ne pas te parler de RONA pour l’instant. »

Dans les heures qui suivent, Normand Provost rappelle Dutton.

« Robert, j’ai bien compris ? Vous ne parlez pas ?

– Oui.

– Oui, quoi ?

– Oui, nous ne parlons pas.

– Est-ce que je comprends ce que je dois comprendre ?

– Nous ne parlons pas.

- D’accord. »   

La conversation s’arrête là. « J’estime qu’il a bien compris le message », précise Dutton.

Le lendemain, 13 décembre 2011, à 17 h 38, la Caisse publie un communiqué annonçant qu’elle vient d’acheter 2 millions d’actions de RONA, au prix moyen de 10,01 $, ce qui porte sa participation à 10,17 %.

Le 14 décembre 2011, Niblock appelle Dutton pour lui signifier de nouveau l’intérêt de Lowe’s à entreprendre des discussions en vue de l’acquisition de RONA.

Question : l’Autorité des marchés financiers (AMF) a-t-elle vérifié si cette transaction d’achat de la Caisse ne faisait pas l’objet d’un délit d’initiés ?

L’offre... refusée

Par la suite, arrive en juillet 2012 l’épisode de l’offre non sollicitée de Lowe’s.  Le gouvernement Charest s’en mêle. Il débloque un fonds spécial de 150 millions $.  Tout le Québec inc. se range derrière RONA. La Caisse, le Fonds de solidarité... augmentent leurs positions. 

C’est la guerre ouverte contre Lowe’s, qui abdique le 17 septembre 2012.

Robert Dutton écrit, page 338 : « Le lundi 16 juillet 2012, le ministre Raymond Bachand m’appelle pour me dire qu’il a mandaté Jacques Daoust, président d’Investissement Québec, pour piloter le dossier de sauvegarde du siège social de Rona au Québec [...] Quelques heures plus tard, Jacques Daoust communique avec moi.  Il est enthousiaste de participer à un regroupement d’investisseurs qui garantirait une minorité de blocage pour que Rona demeure une entreprise québécoise.  En terminant l’appel, il me dit qu’il communique avec Sabia. »

« La Caisse de dépôt se fait dire par le ministre des Finances le 31 juillet 2012 : "J’ai mandaté la Caisse, Investissement Québec, le Fonds de solidarité FTQ de sauver le siège social de Rona”.  C’est très difficile à prendre pour la direction de la Caisse parce que le message, c’est que le gouvernement prend les décisions pour la Caisse.  Pour eux, c’est humiliant [...]   Pour moi, c’est clair que la Caisse a voulu remontrer, avec Investissement Québec, qu’ils avaient le plein contrôle de l’investissement. »

Le 31 juillet 2012, la Caisse achète 2,4 millions d’actions de Rona et porte sa participation à 14,2 % dans l’entreprise.  « Le soir même, écrit Robert Dutton, Michael Sabia m’appelle. “La Caisse a agi, me dit-il. Mais il faudra créer de la richesse.  La Caisse aidera Rona à être plus performante.” »

Lowe’s confirme son intérêt puis retire son offre le 17 septembre 2012, ce qui fait plonger l’action.  L’offre de Lowe’s s’élevait à 14,50 $.  L’action tombe à 10-11 $.

Mais à la suite de cette « victoire » contre Lowe’s, de gros actionnaires sont mécontents de voir l’action baisser de nouveau.  Ils souhaitent remplacer le conseil et la direction de RONA.

Un comité spécial a été mis sur pied... pour tenter de sortir RONA de la bourse. Mais Robert Dutton est congédié par le nouveau conseil d'administration et quitte Rona en novembre de la même année, peu de temps après une rencontre houleuse avec le PDG de la Caisse de dépôt, Michael Sabia.

Cette rencontre se tient le 5 novembre 2012, écrit Robert Dutton dans son livre, pour faire le point sur les résultats financiers de Rona, qui doivent être dévoilés deux jours plus tard. Robert Dutton affirme que Michael Sabia l’interrompt et lui dit : « Vous ne savez pas gérer Rona », « Vous ne savez pas faire de profits », « C'est moi qui prends Rona. C'est mon dossier... ».

vendue
 

RONA vendue

 

«

Il ne faut pas jouer sur les mots : une demande de démission et un congédiement, c’est la même chose.  Je ne démissionne pas, vous me congédiez.  Je n’ai jamais menti; ni aux employés, ni aux marchands, ni aux actionnaires, ni à nos partenaires.  Je ne vais pas partir de RONA sur un mensonge.
                                                                 
  - Robert Dutton, le 7 novembre 2012

»
 

Le congédiement du PDG ne calme pas les actionnaires mécontents. Mais RONA bénéficie d’une minorité de blocage (avec 34 % ou plus des actions) : avec la Caisse 14 % ; le Fonds FTQ 5 % ; les marchands 10 % ; Investissement Québec 9 %.

RONA conclut en janvier 2013 une convention avec ses deux plus importants actionnaires, la Caisse et Invesco.  À leur demande, le CA est modifié.  Et étonnamment, affirme Dutton, le « contrôle passe entre les mains des Ontariens avec une majorité d’anglophones... »

M. Dutton se demande comment il se fait que l’AMF ait laissé passer la création d’un nouveau conseil d’administration sans que les actionnaires l’approuvent.  Malheureusement, lorsqu’Investissement Québec décide de liquider ses actions à la fin de 2014, la « minorité de blocage » tombe.  Finalement, en février 2016, Lowe’s revenait à la charge avec une offre bonifiée à 24 $ l’action, à comparer à 14,50 $.  Et RONA tombait ainsi entre les mains des Américains.

Les responsables

Selon M. Dutton, les responsables de la vente sont :

- Philippe Couillard, « qui ne dit pas la vérité  » concernant la vente de RONA à Lowe’s.

« Ça ne se peut pas que Sabia ait décidé de céder le bloc d’actions de RONA sans, au préalable, avoir reçu le feu vert du gouvernement Couillard. »

- Michael Sabia, pour qui les décisions de la Caisse « ne doivent jamais nuire aux bonis versés à ses cadres ».

- Les gros actionnaires institutionnels qui cherchent à faire la passe financière. 

La rencontre fatale avec Sabia

Puis arrive la rencontre fatale du 5 novembre 2012 où Robert Dutton doit rencontrer Michael Sabia pour lui présenter les résultats trimestriels.

« Quand j’entre dans la salle, il ne me donne même pas la main. Il me dit : vous ne savez pas gérer l’entreprise. Je lui réponds : M. Sabia, je l’ai prise à 400 millions de chiffre d’affaires, et aujourd’hui RONA est rendue à 5 milliards. C’est pas vrai, me dit-il. Vous ne savez pas faire des profits... »

Il n’y avait rien à faire.

Trois jours plus tard, Robert Dutton perdait son job. 

 

 

Lowe’s ferme 25 magasins rachetés à Rona en 2016 dont 9 au Québec

 
 

5 novembre 2018: la fermeture des magasins québécois touche 200 personnes; certains employés seront relocalisés et 60 personnes vont perdre leur emploi.  Les employés des quincailleries fermées pourront être transférés dans des postes similaires dans des magasins à proximité.  Les magasins concernés seront fermés d’ici le 1er février 2019

1-RONA Ste-Clotilde (Magasin #44000)
335, Route 209, Sainte-Clotilde-de-Chateauguay

2- RONA Iberville (Magasin #44110)
870, boulevard d’Iberville, Saint-Jean-sur-Richelieu

3- RONA L’Assomption (Magasin #44070)
723, boulevard L’Ange-Gardien, L’Assomption

4- RONA Granby Moeller (Magasin #44060)
788, rue Moeller, Granby

5- RONA Ste-Rose (Magasin #44040)
134, boulevard Sainte-Rose, Laval

6- RONA Rivière-des-Prairies (Magasin #43250)
9200, boulevard Maurice-Duplessis, Montréal

7- RONA Rouyn-Noranda (Magasin #43270)
1200, rue Mantha, Rouyn-Noranda

8- RONA Ange-Gardien (Magasin #43070)
194, rue Principale, Ange-Gardien

9- RONA Saint-Elzéar (Magasin #43290)
100, rue du Parc Industriel, Saint Elzéar

Ce qu'ils en disent

 

5 novembre 2018

 

Bien que les décisions qui ont une incidence sur nos associés ne soient jamais faciles à prendre, les fermetures de magasins sont une étape nécessaire de notre réévaluation stratégique.

Marvin R. Ellison, président et chef de la direction de Lowe

5 novembre 2018

 

Je suis extrêmement déçu d’apprendre ça par la voix des médias

 

Antonio Filato, président du Conseil provincial des travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC)

5 novembre 2018

 

Tout ce que je peux vous dire, c’est que je vais m’assurer, entre autres avec Investissement Québec, qu’à l’avenir, on en perde le moins possible de sièges sociaux.

Le premier ministre François Legault

 

5 novembre 2018

 

On l’avait décrié lorsqu’est venu le temps de la transaction, aujourd’hui, on est devant des faits accomplis. C’est très malheureux pour l’économie du Québec

Martin Ouellet, leader parlementaire du Parti québécois

 

6 novembre 2018

 

Cette transaction (de RONA) a été examinée afin d’assurer qu’elle présente un avantage économique [...] Lowe’s a des engagements qui doivent être respectés, et nous surveillons le respect de ces engagements.

 

Navdeep Bains, ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique

6 novembre 2018

 

Le gouvernement aurait dû exiger que le nombre d’emplois soit maintenu. Il aurait pu exiger aussi que, s’ils avaient à fermer des magasins, qu’ils respectent un certain nombre de critères pour le faire.

 

Robert Dutton, ex-PDG de RONA L'opposition libérale s'est plutôt abstenue de commenter la nouvelle.

6 novembre 2018

 

La première opposition à l'Assemblée nationale du Québec, le Parti Libéral du Québec refuse de commenter

 

Service des communications du PLQ

6 novembre 2018

 

Québec solidaire propose à nouveau de mettre sur pieds une commission parlementaire pour mieux baliser le rôle d’Investissement Québec (IQ) et de la Caisse de dépôt et de placement du Québec (CDPQ) pour protéger les emplois et l’économie locale. - communiqué

Vincent Marissal, député de Rosemont

Idéo

 

Les politiciens et politiciennes selon leur idéologie

 
 

Une flèche au Parti Québécois (PQ)

 
 

Dans ce livre on apprend aussi que le Parti québécois aurait indirectement joué un rôle dans l'éventuelle vente de Rona en restant impassible face à la prise de contrôle du conseil d'administration par une majorité d'Ontariens.

Au chapitre 21 du livre publié aux Éditions Origo, M. Dutton explique que la Caisse de dépôt et un important investisseur, Invesco (compagnie états-unienne implantée au Canada), ont conclu une entente pour apporter des changements au conseil d'administration de Rona.

Ces modifications ont fait en sorte d'ajouter deux sièges pour passer de 12 à 14 administrateurs et de faire entrer huit nouveaux administrateurs. Il ne restait donc plus que six anciens, qui se retrouvaient minoritaires.

«Le contrôle du conseil passe clairement aux mains des Ontariens avec une majorité d'anglophones et tout ça pendant (que) le gouvernement du Québec est entre les mains du Parti québécois.  Où étaient Madame (Pauline) Marois et Monsieur (Nicolas) Marceau, alors ministre des Finances?  Ont-ils approuvé ces changements», s'interroge l'homme d'affaires.

De son côté, le chef péquiste Pierre Karl Péladeau a demandé au gouvernement de bloquer la transaction, par l'entremise de la Caisse de dépôt. 

«Est-ce que le premier ministre va poser un geste ou va-t-il s'aplaventrir ?  Si le premier ministre Couillard ne fait rien pour garder Rona, je pense que le Québec va continuer de s'appauvrir», a-t-il dit.

Les PME du Québec vont écoper de cette transaction, selon lui.

Pour M. Péladeau, le Québec perd un autre siège social. Le centre de décision est aux États-Unis, malgré la présence à Boucherville du siège social canadien de Lowe's, a-t-il indiqué.

8 juin 2016: (rapporté par la Société CBC/Radio-Canada): Le Parti québécois a produit en Chambre une copie d'un procès-verbal d'Investissement Québec montrant que M. Daoust, alors ministre de l'Économie, était présent à la fin de la réunion du 17 novembre 2014.

M. Daoust, maintenant ministre des Transports, a maintenu qu'il ignorait tout de l'intention des administrateurs de vendre la participation d'Investissement Québec dans Rona, qui a été acheté par un concurrent américain au début de l'année.

« J'ai effectivement participé à la réunion du 17 novembre, mais je n'ai pas participé aux débats du 17 novembre, a-t-il dit au Salon bleu. (...) En aucun cas ça n'a été discuté lors de ma présence ».

Selon le procès-verbal, les administrateurs ont adopté le 17 novembre 2014 une résolution autorisant « Investissement Québec à disposer des autres actions de Rona qu'elle détient, sous réserve d'une consultation préalable auprès du ministre responsable de la Société ».

Le dernier point du document est intitulé « Rencontre avec monsieur Jacques Daoust, ministre de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations ».

Selon le texte, déposé devant les parlementaires pendant la période des questions, M. Daoust, alors ministre responsable d'Investissement Québec, « se joint à l'assemblée ».

Le procès-verbal ne fait aucune mention des propos échangés « à huis clos » entre M. Daoust et les administrateurs.

 

L'idéologie du Parti Libéral du Québec à l'oeuvre

 

 

 

Dans son récit des événements, Robert Dutton revient sur la saga entourant le défunt ministre libéral Jacques Daoust qui lui avait affirmé « je ne veux plus entendre parler de Rona », alors même qu'il était président d'Investissement Québec.

Un document posthume donne une autre version de la vente de Rona mais ne fait pas mentir Dutton pour autant

L’ex-ministre de l’Économie du Québec Jacques Daoust est resté hanté jusqu’à sa mort par l’affaire de la vente des actions de Rona parce qu’il estimait avoir été piégé par son propre gouvernement pour son refus de « mentir ». 11 avril 2018

Jacques Daoust était furieux qu’on lui demande de dire publiquement qu’il était d’accord avec cette vente d’actions par Investissement Québec, alors qu’il ne l’était absolument pas.

L’ex-ministre libéral était tellement frustré par cette transaction controversée qu’il a mis ses souvenirs par écrit dans un document qu’il a laissé à des conseillers politiques, un peu en guise de testament, quelques mois avant sa mort.

M. Daoust ne s’en cache pas : il n’a jamais été favorable à la vente des actions de Rona par Investissement Québec (IQ).  Il ne voulait d’ailleurs pas autoriser cette transaction et s'est senti trahi par le bureau du Premier Ministre Dr Philippe Couillard.

Dutton règle aussi certains comptes avec le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, qui serait le véritable responsable de son congédiement.

La ministre de l'Économie du Parti Libéral du Québec Dominique Anglade croit que les fournisseurs québécois vont profiter de la transaction pour exporter et profiter des marchés étrangers.

Réponse de Michel Girard chroniqueur financier au Journal de Montréal:  «Est-ce que Lowe’s va s’engager à aider concrètement les fournisseurs québécois à exporter davantage?   Voyons donc!   Il ne faut pas rêver en couleur.   Si jamais les fournisseurs de RONA exportent plus, ce sera grâce à leurs prix compétitifs et non à Lowe’s.   Qu’ils se le tiennent pour dit.»
(source Journal de Montréal/Québec, le 6 février 2015)

«Ce n'est pas dans l'intérêt du gouvernement de bloquer la transaction» qui fait passer le quincailler Rona aux mains de l'américaine Lowe's, a affirmé la ministre de l'Économie, Dominique Anglade.  Le Québec pourra tirer profit de cette transaction, selon elle.  La veille de cette affirmation, elle a eu une conversation avec le PDG de Lowe's au Canada, Sylvain Prud'homme, qui lui a confirmé la transaction.

« Je suis satisfaite des garanties qui ont été données», a-t-elle affirmé.  «Cela dit, je veux me rasseoir avec lui dans les prochains jours pour nous assurer que ces engagements seront respectés. »

« L'important pour nous, au gouvernement, c'est de nous assurer que les emplois vont être maintenus ici, voire augmentés. Ce qui est important, c'est que la bannière Rona soit maintenue également au Québec. Ce qui est important, c'est qu'il y ait un siège social qui vienne s'installer ici. Ce sont les garanties que nous avons eues. »  Selon elle, les PME québécoises qui sont des fournisseurs de Rona vont pouvoir bénéficier de la transaction et se tourner davantage vers l'international.

« Nous allons respecter les six engagements que nous avons pris envers vous, vous avez ma parole.»Sylvain Prud'homme
président de Lowe’s au Canada

En 2012, Lowe's avait fait une offre d'achat hostile de 1,76 milliard$ pour s'emparer de Rona - la transaction est aujourd'hui de 3,2 milliards$.  Le ministre libéral des Finances, Raymond Bachand, s'était opposé à cette vente en 2012.  Investissement Québec avait acheté des actions de Rona en vue de bloquer la transaction, entre autres. 

Or, lors de la course à la direction du PLQ le 7 mars 2013, Dr Philippe Couillard avait condamné cette intervention de l'État et par le fait même la décision de Charest de protéger RONA.    «Avec Rona, on a envoyé un signal au marché international disant qu'on n'est pas ouvert à des investissements, disait M. Couillard.   Les interventions de l'État ne sont pas toujours heureuses. Il faut être très prudents et être certains que c'est rentable pour les Québécois.»

Dominique Anglade a fait valoir qu'on ne parle plus d'une offre d'achat hostile, puisque c'est maintenant «une transaction qui a été souhaitée par le conseil d'administration de Rona»«Aujourd'hui, le contexte est largement différent. Donc la réaction est différente» de la part du gouvernement, a-t-elle soutenu.

D'ailleurs, Investissement Québec s'est départi de ses actions dans les derniers mois, a confirmé Mme Anglade.  La Caisse de dépôt, qui a également des parts dans Rona (17%), se dit satisfaite de la transaction.


Commentaire de
JosPublic

 ... et pour être si satisfaite, voici ce que les comploteurs ont fait.  Ils et elles ont dû congédier Robert Dutton, "paqueter" le conseil d'administration d'Ontariens et payer des millions à un spécialiste-vendeur d'entreprises nationales comme Robert Sawyer, qui a bénéficié d'une prime d'incitation de 5 millions$ pour travailler à démanteler Rona et plus de 5 millions$ en actions de la compagnie au moment de la vente ainsi que 4 millions$ de prime de départ après avoir fait son oeuvre.  Bien sûr tout cela fait partie du système économique dans lequel nous évoluons. Contrairement aux entrepreneurs qui produisent des biens et des services, les rentiers qui jouent à la bourse ne vendent pas marteaux et tournevis, ils achètent et vendent des entreprises.  Ceux-là disent donc que dans l'ensemble des achats et ventes d'entreprises dans la province de Québec, le Québec inc. en sort gagnant!

Voir ici l'opinion de Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec

 

 

Les contradictions ou imprécisions de la Coalition Avenir Québec (CAQ)

 
 

À l'automne 2018, au sein du nouveau Conseil des ministres du Québec, on retrouve Nadine Girault aux Relations internationales.  Elle siégeait au conseil d’administration d’Investissement Québec (IQ) lorsque la décision de liquider les actions du bras financier du gouvernement dans RONA a été prise. 

Un procès-verbal révèle qu’elle était à table lorsque cette résolution a été adoptée à l’unanimité, en 2014.  En liquidant ses actions, le gouvernement a perdu le levier qui lui aurait permis de bloquer l’acquisition du fleuron québécois RONA par Lowe’s, en 2016.

Devenu président du Conseil du trésor après un retour surprise en politique en plein milieu de campagne électorale de l'automne 2018, Christian Dubé était quant à lui vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPDQ) au moment où cette dernière a accepté de vendre à Lowe’s les 18,2 millions d’actions qu’elle détenait dans RONA.

Du point de vue de la Caisse de dépôt et placement du Québec où il était vice-président, la vente de RONA à la compagnie états-unienne Lowe’s était pourtant justifiée, a affirmé au début de septembre 2018 Christian Dubé: « La Caisse a réussi, dans ce dossier, à garder l’équilibre entre le développement économique du Québec et le rendement pour ses déposants »   Maintenant le no 2 de la CAQ aura à s'exprimer en tant que ministre solidaire de l'aile parlementaire de la Coalition Avenir Québec.

 
 
«

Je suis inquiet de voir le Québec se transformer en économie de succursales... Nous sommes placés devant un fait accompli, c’est un triste jour pour le Québec.
                                      — François Legault, chef de la CAQ

»
 

François Bonnardel

Le sous-ministre a simplement ajouté à l'embarras de Jacques Daoust qui a finalement quitté la vie politique.

Une lettre, signée par le leader parlementaire de la CAQ François Bonnardel, a été officiellement acheminée au président de la Commission de l'économie et du travail, Claude Cousineau, afin que ces «témoins clés» soient entendus.     M. Bonnardel réclame la présence de l'ex-ministre de l'Économie et des Transports et ancien président d'Investissement Québec, Jacques Daoust, de son ancien chef de cabinet Pierre Ouellet, et de l'ex-président et chef de la direction de Rona, Robert Dutton.

François Bonnardel affirme que les derniers développements démontrant que le cabinet de l'ex-ministre Daoust aurait approuvé la liquidation de Rona rendent «incontournable» que les trois hommes donnent leur version des faits devant la Commission.

6 novembre 2018: après la fermeture de magasins Rona au Québec: «Je trouve ça plate ce qui arrive. C’est suite à une décision du gouvernement libéral. [...] On va s’assurer de tout faire pour ne pas perdre d’autres sièges sociaux. Mais là, il est trop tard. Il faut regarder en avant. On ne peut pas refaire l’histoire.»
        – François Legault, premier ministre du Québec

 

Québec Solidaire et l'économie

 
 

La députée de Québec solidaire Manon Massé estime pour sa part que Jacques Daoust est peut-être le bouc émissaire de tout ce dossier.

Peut-être que M. Daoust ne ment pas et que c'est ailleurs que M. Ouellet [son ancien chef de cabinet] a consulté pour avoir le OK pour vendre les actions. Cet ailleurs-là, c'est le bureau du premier ministre. 

À
 

À la défense du Québec inc.

 
 

Page 379 de son livre "mise à niveau", Robert Dutton exprime sa déception : « Je me demanderai toujours ce qui serait arrivé si j’avais eu le temps – ou si Rona avait continué après mon départ – de former un noyau d’actionnaires vraiment stable, formé d’alliés stratégiques. Loin d’être une chimère, ce scénario aurait été possible. Certes il aurait fallu résoudre beaucoup de questions. Mais aucune n’était insoluble pour des négociateurs de bonne foi. »

L’ex-PDG de Rona a déclaré qu’il est nationaliste, que son objectif était de conserver le siège social de Rona au Québec, de maintenir un fort réseau de fournisseurs québécois et de retirer l’entreprise de la bourse – de fermer son capital.

Sur les ondes de la CBC/Radio-Canada, le chroniqueur Gérald Filion lui demande sir l’intérêt premier d’une entreprise en bourse n’est-il pas de créer de la valeur pour les actionnaires?  

« Suite à l’échec de la vente de Bell, la Cour suprême a dit que l’offre doit être acceptable pour toutes les parties prenantes. Pas seulement les actionnaires!  Cette déclaration-là, je ne l’ai pas inventée, elle est là! », a-t-il répondu.

« Moi, je pense que les entreprises ont des hauts et des bas, ce n’est jamais un long fleuve tranquille. Il y a des moments qui sont plus difficiles. Ce n’est pas une raison pour vendre des entreprises à la première occasion. RONA avait 75 ans d’existence, on avait passé à travers d’autres crises. La situation économique se replaçant, je pense que les résultats seraient venus avec. Mais, ça, on ne pourra jamais le prouver. »

Il ne fait aucun doute pour Robert Dutton que les sièges sociaux québécois ne bénéficient pas d’une protection adéquate contre les grands prédateurs étrangers.  Pire encore, on l’a notamment vu avec RONA et CAMSO, on ne peut même pas compter sur la Caisse de dépôt et placement du Québec pour défendre les intérêts du Québec inc. contre les acquéreurs étrangers.  Et encore moins sur Investissement Québec, le bras « entrepreneurship » du gouvernement du Québec.

Que nous manque-t-il ?

Tout d’abord, il faut dire qu’on est mal protégé tant au Canada qu’au Québec.  Par législation appropriée, il faut donner des outils aux conseils d’administration des entreprises publiques pour leur permettre d’avoir du temps avant de devoir répondre à une offre d’achat non sollicitée.

Quand Lowe’s a fait sa première offre, on avait juste une semaine pour répondre.  On a réussi à gagner deux semaines, mais c’est insuffisant.  C’est par des lois, comme cela existe dans certains États américains, qu’on pourrait mieux se défendre.

Faut-il que Québec intervienne davantage ?

L’idée, ce n’est absolument pas que le gouvernement achète toutes les entreprises.  Mais il nous faut un meilleur support de la Caisse de dépôt et placement du Québec. 

Regardez ce qui vient de se passer avec CAMSO, un véritable fleuron québécois.  

On a ici un président Pierre Marcouiller (de Camson), qui a monté une grande entreprise, qui est minoritaire et qui se fait approcher par une multinationale.

Le seul moyen que la Caisse, le principal actionnaire de CAMSO, a trouvé pour permettre au président de se retirer... c’est de vendre finalement l’entreprise à Michelin.  Je trouve ça épouvantable.

Que pensez-vous du Fonds de solidarité de la FTQ (FSFTQ) comme protecteur des entreprises québécoises ?

Jean-Dominique Senard, Florent Menegaux (Michelin) and Pierre Marcouiller (Camso)

Le Fonds de solidarité, on les avait approchés pour RONA.  Et tout ce qu’ils ont fait, c’est de transférer notre dossier à la Caisse.  Le problème du Fonds ?  Il est devenu un copier-coller de la Caisse.  On l’a vu avec la vente de CAMSO à Michelin.  Le Fonds détenait lui aussi un bloc d’actions, qu’il a cédé.  Même chose avec RONA.

De tous les financiers avec qui vous avez entretenu des relations d’affaires, qui est votre premier choix ?

C’est André Bérard, l’ancien président de la Banque Nationale.  C’était un grand banquier. Il travaillait à aider les entrepreneurs québécois.  Il était capable de prendre des risques.  Il comprenait les entrepreneurs et les aimait.

L’avenir du Québec inc. ?

Il y a au Québec de très bons entrepreneurs.  Depuis six ans, j’ai visité 300 entreprises au Québec.

Malheureusement, plusieurs se font écœurer par nos institutions.  Chez Investissement Québec et la Caisse, ils ne comprennent pas la réalité des entrepreneurs québécois.

Au Québec, il nous manque un plan global de développement de nos entrepreneurs.  D’abord pour mieux intégrer les changements technologiques, les aider à améliorer leur productivité, les aider à développer leurs ressources humaines, et leur faciliter l’accessibilité à l’international. 

parcours

 
 

Le parcours et entrevue de Robert Dutton

 
 

En 2018, Robert Dutton est le tout premier entraîneur en résidence de l'École d'entrepreneurship de Beauce (EEB). Pendant 20 ans, il a assuré la direction de Rona à titre de président et chef de la direction. Sous sa gouverne, l'entreprise a connu une croissance soutenue et est devenue le plus important distributeur et détaillant canadien de produits de quincaillerie, de rénovation et de jardinage. Après un passage aussi marquant que remarquable comme entrepreneur-entraîneur, Robert Dutton a décidé d'accompagner les entrepreneurs-athlètes de façon plus assidue, au sein de l'EEB.

2016, il est professeur-associé à HEC-Montréal et siège à des conseils d’administration d’entreprises communautaires

Décembre 2016 : Lettre à moi-même « D’une vie à l’autre » par Robert Dutton

Président et chef de la direction de Rona pendant 20 ans, il en a fait le premier quincaillier au Canada. Entrepreneur en résidence à HEC Montréal.  

Si vous en aviez la chance, quel message aimeriez-vous transmettre à votre alter ego qui entre dans sa vie adulte ? À la demande du journal La Presse, cinq entrepreneurs se sont écrit une lettre à eux-mêmes. 

Mon cher Robert,

Tu as 18 ans et des ambitions très modestes. Parce que tu es timide, un timide maladif. Comme tu as grandi dans la petite quincaillerie de ton père, tu ne veux rien d’autre que prendre sa relève. Rester dans le connu.

Mais tes parents tiennent à ce que tu ailles à l’université. Tu leur dois beaucoup pour ça. Même si, une fois à HEC, tu souffres tout le long de tes études.

Je te revois à la fin de l’université, à 22 ans. Tu as perdu 20 lb. Tu arrives sur le marché du travail à une époque où les emplois ne sont pas rares pour un diplômé en marketing. On te court après.

Mais toi, tu te considères comme un incapable et tu es trop heureux de retourner à la quincaillerie de ton père. C’est impossible pour toi d’aller travailler ailleurs. Ton père te présente avec fierté aux autres membres du regroupement de quincailliers dont il fait partie.

Toi qui es incapable de regarder quelqu’un dans les yeux, tu serres la main du président, André Dion. C’est une rencontre décisive. Il t’offre un emploi. Tu hésites mais tu acceptes. C’est pour deux ans. Tu te dis : je suis condamné pour deux ans seulement.

***

Fais-toi confiance. Accepte de surmonter ta timidité. Ça changera ta vie.

Tu découvriras les origines de Rona. Ce qui a motivé les petits quincailliers du Québec à s’unir parce que les grossistes du Canada refusaient de les approvisionner.

Tu apportes toujours ton lunch au bureau parce que tu es trop timide pour aller à la cafétéria, mais tu te découvres une mission : permettre aux détaillants québécois de prendre leur place. Cette année-là, en 1997, une nouvelle vie commence pour toi.

Pendant des années, tu t’es privé des autres à cause de ta timidité mais tu as développé autre chose. Tu as des qualités d’observateur et une intelligence émotionnelle qui te permettront de faire de grandes choses.

Aujourd’hui, je reste convaincu d’une chose : ça prend une passion pour vivre. Ne pas avoir de passion ? Pour moi, ça ne se peut pas.

Ce n’est pas nécessairement dans le travail qu’on la trouve, mais il faut en avoir une. Ça peut être la famille, le loisir, l’engagement social. Les moines tibétains sont des passionnés de l’absolu.

***

Tu n’as pas pris soin de ta vie personnelle. Pas assez. Tu dis fièrement que tu n’as pas une carrière, mais une vocation, et c’est vrai.

Le 7 novembre 2012, quand tu rentres à la maison tout seul après avoir été mis dehors [de la direction de Rona] avec un coup de pied au derrière, et que tu es seul, tu trouves ça tellement dur.  Ça aurait été moins pire si tu avais eu une famille.

Je le répète aujourd’hui aux jeunes, il faut avoir une vie personnelle.

Avoir des enfants et des petits-enfants. Aujourd’hui, je vois mes amis qui sont à quatre pattes et qui jouent avec le petit. Qui sont tellement heureux. Quand je vois des gens qui ont réussi leur vie professionnelle et leur vie personnelle, je suis très admiratif.

J’en parle aujourd’hui, mais ce n’est pas certain que j’aurais pu réussir les deux. Mais peut-être que j’aurais pu.

***

Mais toi, à 42 ans, tu es à la tête de Rona.  Tu prends six mois pour réfléchir à ce que tu veux faire de l’entreprise, pour que ce soit une entreprise rentable, mais avec des principes. Des principes non négociables.  C’est le plus beau cadeau que tu t’es fait.

On a juste à regarder la croissance de Rona après.  Le chiffre d’affaires est passé de 800 millions$ à 4,5 milliards$.

Je le constate encore aujourd’hui.  Prendre du temps de réflexion, c’est un investissement.  Je l’ai encore fait après mon départ de Rona.  Je suis revenu de ma retraite à Saint-Benoît-du-Lac avec trois résolutions : ces événements n’auront pas raison de ma santé, ils doivent faire de moi une meilleure personne et un jour, je devrai pardonner.

J’y travaille chaque jour.

***

Quand tu feras le bilan de ta vie, tu seras très content de toi.  Tu seras fier parce que tu as toujours respecté ton code moral.

C’est important aussi de vieillir en santé, physiquement et intellectuellement.  Tu devrais t’en occuper plus et mieux.

Si c’était à refaire, je m’occuperais mieux de ma santé.  J’ai 61 ans, je veux vivre jusqu’à 100 ans.  J’en ai vu des hommes de 65 ans, qui sont censés être de vieux sages mais qui sont de vieux radoteux.  Je ne veux pas radoter.

Tu as des raisons de te réjouir.

Tu seras un jour là où tu veux être une fois à la retraite, avec des jeunes qui vont te forcer à continuer d’évoluer, dans un environnement intellectuellement stimulant.

Ça te fera vivre.

Robert, en décembre 2016

– Robert Dutton

De 1992 à 2012 , Robert Dutton a assuré la direction de RONA.

En 2002, il mena RONA à la Bourse de Toronto

En 1990 , il accède au poste de vice-président et chef des opérations de RONA, chargé de l’ensemble des opérations

Extrait de Tout le Monde en parle du 30 septembre 2018 avec le Fils de quincailler, Robert Dutton qui a constitué son coffre d’outils en occupant tous les postes dans le domaine, de commis à président et chef de la direction de Rona. Éjecté lors de la vente de l’entreprise en 2016, l’entrepreneur relate ce douloureux départ dans son livre, Mise à niveau. L’ex-patron de Rona digère encore mal que le Québec inc. se soit départi de ce fleuron, qu’il a fait grandir et qui représentait, avec ses fournisseurs, un maillon de tout un écosystème économique. Plus que jamais, ce qui le motive dans son travail, c’est que l’humain passe avant l’argent.

Source: à partir d'un texte de Michel Girard chroniqueur financier, journal de Montréal pour Québecor inc.; La Presse pour la Fiducie La Presse; La Société CBC/Radio-Canada.

Choix de photos, collection de textes, mise en page, références et titrage par :JosPublic
Mise à jour le  15 novembre 2018

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

Notes & Références encyclopédiques:

Bio de Robert Dutton...

 

Histoire de Robert Dutton et RONA par Laurence Prud’homme, Jacqueline Cardinal et Laurent Lapierre HEC - Sur MétéoPolitique

PDF 9 pages

 

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Farouche défenseur d'un Québec inc....

 

Le modèle québécois : origines, définition, fondements et adaptation au nouveau contexte économique et social.

Par Pierre-Paul Proulx sur Revue Interventions Économiques en 2002

 

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Le vice-président principal aux activités internationales de Lowe's .....

 

Lowe's chief no stranger to Canada - Doug Robinson, un vice-président chez Lowe's Cos. Inc. travaillait secrètement à partir du siège social de l'entreprise à Mooresville en Caroline du Nord, à un projet surnommé "GBI North".  

Ce qui signifiait "Développement des affaires au Nord".  Son mandat consistait à développer un plan pour faire entrer la quincaillerie états-unienne au Canada, tout en gardant le secret sur les intentions.  M Robinson a été nommé président des magasins Canadien en 2007. Texte en anglais sur le Globe & Mail, le 22 avril 2018.

 

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Jacques Daoust était furieux qu'on lui demande de dire publiquement...

 

 

 Jacques Daoust hanté jusqu’à sa mort par l’affaire Rona. Alors qu’il était ministre, Daoust affirme avoir été trahi par son chef de cabinet et qu’il n’était plus dans les bonnes grâces du premier ministre. - Sur Le Journal de Montréal, le 11 avril 2018

 

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au sein du nouveau Conseil des ministres du Québec...

 
 

Samedi le 26 mai 2018 la Société CBC/Radio-Canada rapport que: Ancienne libérale déçue, Nadine Girault se présente pour la CAQ.  
D'origine haïtienne, Nadine Girault est devenue la première femme à occuper le poste de vice-présidente à la banque de Montreal.

 

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Au chapitre 21 du livre publié aux Éditions Origo...

 
 

Mise à niveau, la biographie officielle de Robert Dutton, l’ex-grand patron de RONA. Robert Dutton y raconte son histoire, sa vision des choses, ses passions… et ses secrets

Découvrez l’histoire de cet entrepreneur émérite ayant travaillé pendant 35 ans pour RONA et l'histoire de la vente d'un joyau québécois à une multinationale états-unienne.

 

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il était inconcevable de voir RONA devenir une filiale d'une multinationale étrangère...

 

Michel Girard
Chroniqueur financier

Lowe’s ferme des magasins RONA alors qu’on est en pleine période de croissance économique où la construction et la rénovation vont bien.

Avez-vous pensé à ce qui attend RONA lorsque le ralentissement économique surviendra ?

Quand une société étrangère met le grappin sur un fleuron québécois, la destinée de celui-ci repose entre les mains des dirigeants et principaux actionnaires étrangers.

Et une seule chose compte pour eux : la rentabilité, pure et dure. Point à la ligne.

Ils n’en ont rien à foutre de l’histoire du fleuron, de son implication dans les municipalités, villages et villes où ses succursales sont implantées, ni du sort de ses employés et de celui de ses fournisseurs. L’étranger décide en fonction de la piastre à faire.

Avec la fermeture de plusieurs succursales RONA, la multinationale américaine Lowe’s vient de nous servir sur un plateau d’argent un exemple concret du sort réservé à tous les fleurons québécois déjà tombés dans les mains étrangères et ceux qui suivront.... Ici pour la suite de Quand on est à la merci des étrangers

 

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Pire encore, on l'a notamment vu avec RONA et ....

 

Camso vendue au géant Michelin - Selon La Presse, le 12 juillet 2018

Camso, anciennement Camoplast Solideal, est l'un des fleurons industriels du Québec.

Mais l'entreprise est peu connue du public puisque son PDG, Pierre Marcouiller, protège jalousement le caractère privé de ses activités.  « La conclusion d'un accord d'acquisition sera, conformément aux législations applicables, soumise à l'examen des autorités compétentes », précise la marque au célèbre Bibendum "Bib", qui fête d'ailleurs ses 120 ans en 2018.  La société de Magog, fondée en 1982, appartient principalement à la Caisse de dépôt, le Fonds de solidarité FTQ et Desjardins. 

 

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Il semble que Québec inc. en sort gagnant...

 

Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec
22 août 2017

 

Québec inc. en mode acquisitionCondamné à être acheté, Québec inc. ?  Au contraire !  Si l’actualité économique des dernières années a été marquée par la vente de fleurons québécois à des entreprises d’ailleurs, les sociétés québécoises sont plus nombreuses à faire des acquisitions à l’étranger.

 

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