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Les islandais en quête de justice
Enfin un politique devra répondre de ses gestes...politiques!
P
rocès de l'ex-Premier ministre islandais Geir Haarde

Démocratie, procès d'un ex-Premier ministre, privatisation, Islande Geir Haarde, Procès

Textes de base écrits par: Angela Bolis, Pierre Manière et autres auteurs anonymes.

Sources:
Le Monde, BBC, Agence France Presse, Société Radio-Canada, Le Figaro, La Tribune, Le New York Times

Publications:
5, 6, 7, septembre 2011

En photo: Le premier ministre Geir Haarde

Traduction, fusion des textes, titrage, choix des photos, mise en page et commentaires: JosPublic
Publication ici le :
20 septembre 2011

Les Faits

Sujets abordés

Les Faits 

Coupable de la crise

Le procès

Enquête européenne

  • Geir Haarde  ( 01 ) a été le premier ministre de l'Islande du 15 juin 2006 à début 2009

  • L'Islande, dont l'économie a explosé en 2008, essuie encore les retombées de la crise financière. Trois ans après, l'heure est à la désignation des coupables.

  • Membre du Parti de l'indépendance (droite), Geir Haarde, premier ministre au moment des événements, en sait quelque chose : il est accusé de "grande négligence" et "violation des lois sur la responsabilité ministérielle" précise le New York Times. "

  • Il comparaît devant la Lansdomur, seule cour habilité à juger des ministres, et qui n'avait jamais été convoquée. Il encourt deux ans de prison

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Coupable de la crise

Lorsque ce secteur a implosé en 2008, les trois principales banques du pays détenaient à elles seules des actifs équivalents à 923 % du produit intérieur brut (PIB) de l'Islande.

Selon M. Haarde, son gouvernement - en laissant les banques du pays faire faillite - a évité les erreurs commises par la Grèce et l'Irlande, qui se sont portées à la rescousse de leurs institutions bancaires.

 

« Nous avons été obligés de les abandonner. Elles ont fait faillite. Et il se trouve maintenant que c'est ce qu'il fallait faire », a-t-il affirmé. Le système banquier s'est bien effondré, mais l'économie réelle, l'ensemble des capacités productrices du pays, sont restées intactes et fonctionnent toujours.    
                                                          — L'ex-premier ministre islandais
Geir Haarde

 

Chef du Parti de l'Indépendance qui dirigeait le pays depuis le milieu de 2006, M. Haarde a dû quitter le pouvoir début 2009 ( 02 ) pour apaiser la colère populaire liée à la crise et à la profonde récession qu'elle a provoquée.

L'économie du pays est depuis revenue à la croissance et les observateurs estiment que le pays pourrait se passer des dernières tranches d'un prêt accordé par le Fonds monétaire international (FMI).

L'erreur qu'il a fait, c'est de ne rien faire", résume Atli Gislason, ( 03 ) membre du Parlement, qui a instruit le dossier contre l'ancien premier ministre. Une accusation qui le désigne potentiellement comme seul responsable de l'effondrement du système bancaire islandais, mais qui n'est pas suffisamment "claire" et "précise vis-à-vis de la loi", de l'avis de la défense.

Surtout, la traduction des éventuelles responsabilités politiques aux poursuites pénales soulève des questions chez nombre d'observateurs. Le principal intéressé est, lui, catégorique : son procès est une "farce politique mise en scène par de vieux ennemis politiques". Il est d'ailleurs le seul mis en cause après un vote du Parlement, alors qu'une commission parlementaire avait proposé à l'origine d'inculper quatre personnes.

Gunnar Helgi Kristinsson ( 04 ), professeur de sciences politiques à l'université d'Islande, évoque des "magouilles et histoires personnelles", voire une vengeance de la part d'anciens opposants de M. Haarde. L'un d'eux, Steingrimur Sigfusson, ( 05 ) actuel chef du parti des verts et de gauche et ministre des finances, s'est d'ailleurs ouvertement demandé si, dans cette crise, rien n'aurait pu être fait pour au moins "minimiser les dégâts".

Effectivement, selon Silla Sigurgeirsdóttir, ( 06 ) maîtresse de conférences en politiques publiques à l'université d'Islande, et Robert Wade, professeur d'économie politique à la London school of economics, l'administration Oddsson (1991 - 2004) tient sa part de responsabilité.

Dans un article publié en mai 2011 dans le Monde Diplomatique, ( 07 ) qui retrace le déroulé de la crise islandaise, ils rappellent que c'est cette administration qui a dérèglementé, par exemple, les prêts hypothécaires garantis par l'Etat, autorisant des emprunts très généreux.

Pourtant, selon les auteurs : "Loin d'avoir à répondre de ses actes, M. Oddsson s'est vu offrir le poste de rédacteur en chef du principal quotidien de Reykjavík, Morgunbladid, d'où il orchestre la couverture de la crise — un peu comme si, a fait remarquer un commentateur, on avait nommé Richard Nixon ( 08 ) à la tête du Washington Post pendant le Watergate."

M. Haarde mérite toutefois certaines des critiques mentionnées ci-dessus, toujours selon les experts cités dans le Monde Diplomatique. En 2006, lorsque l'agence Fitch ( 09 ) a rétrogradé la note islandaise de "stable" à "négatif", les prémices de la crise auraient été ignorées, voire dissimulées par son gouvernement.

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Le procès

M. Haarde est le seul responsable politique islandais à comparaître pour répondre de ses actes concernant la crise qui a conduit à l'effondrement des grandes banques islandaises.

L'intéressé, qui encoure jusqu'à deux ans de prison, espère toutefois un non-lieu lors de ce procès, misant sur un abandon pur et simple des poursuites.

Geir Haarde devant les représentants des médias

Pour lui, il ne s'agit que d'une «une farce politique» orchestrée par «de vieux ennemis» d'opposition, aujourd'hui au pouvoir. En témoigne, selon ses avocats, le fait qu'il soit le seul responsable politique à comparaître devant la justice. Ils arguent que la commission parlementaire chargée de déterminer les responsabilités individuelles des anciens membres du gouvernement avait initialement proposé l'inculpation de quatre personnes.

Aux yeux de plusieurs politologues, cette position de bouc émissaire nuit à la crédibilité de la procédure judiciaire. «Malheureusement, l'Althingi n'a pas été malin en décidant de l'inculper», a déclaré le professeur de sciences politiques Gunnar Helgi Kristinsson.

Au-delà de ces supposées manœuvres politiciennes, la responsabilité d'une seule personne dans la débâcle islandaise de 2008 a en tout cas de quoi surprendre. "Très étonnant, quand c'est un système complet qui a éclaté, note Gunther Capelle-Blancard, ( 10 ) directeur-adjoint du Cepii (Centre d'études prospectives et d'informations internationales) et professeur à Paris-Sorbonne. Il faut se rappeler que les mesures prises par l'Islande étaient applaudies partout à une époque où, mondialisation oblige, les pays européens cherchaient à se spécialiser dans la finance."

Quelques années avant la crise, la politique islandaise laisse en effet le secteur bancaire croître démesurément : en 2008, il atteint plus de 900 % du PIB islandais, selon M. Capelle-Blancard. Un poids tel que le gouvernement n'avait sans doute pas le choix de laisser tomber les banques, car pas les moyens de les secourir. Les trois plus grands instituts financiers, qui avaient accumulées une dette gigantesque, furent donc déclarés en faillite et nationalisés pour protéger les épargnants islandais.

Bref, "ce n'est pas une personne, ni même un gouvernement, mais une suite de politiques qui sont en cause", estime le chercheur du Cepii.

 Michel Sallé, administrateur de l'association France Islande ( 11 ) et auteur d'une thèse sur l'Islande contemporaine, partage le même avis : "Là-bas, tout le monde sait que Geir Haarde paie pour son prédécesseur, David Oddsson, qui a mis en place un système ultra-libéral lorsqu'il était premier ministre, et qui gouvernait la banque centrale d'Islande pendant la crise."

Depuis la crise, l'économie islandaise – qui a affiché un temps le cinquième revenu moyen le plus haut du monde – a repris le chemin de la croissance. Selon une étude de l'OCDE, ( 12 ) "l'activité économique a cessé de se contracter à la fin de 2010 et une reprise tirée par la consommation et l'investissement des entreprises devrait prendre de l'ampleur, de sorte que la croissance économique atteindrait 3 % à l'horizon 2012." Le FMI est passé par là, note Gunther Capelle-Blancard. Et "c'est un petit pays, homogène, avec un niveau d'éducation très élevé, où il est plus aisé aux salariés de se reconvertir."

Bref, il est déjà loin le temps où "tout s'est effondré en quelques jours, où le pouvoir d'achat des Islandais a chuté de près de 30%", se souvient Michel Sallé de l'Association France-Islande. Début 2009, M. Haarde avait dû quitter le pouvoir pour apaiser la colère populaire liée à la crise, laissant la place à l'opposition de gauche et écologiste. Des manifestations avaient causé les premiers heurts avec la police depuis 60 ans dans l'île. En 2010 et 2011, les Islandais ont rejeté à deux reprises, par référendum, le remboursement des clients des banques qui résident à Londres et/ou à La Haye après la faillite de la banque en ligne islandaise IceSave. Argument des partisans du "non": les citoyens islandais n'ont pas à assumer les pertes d'une banque privée.

Pourtant, selon Michel Sallé, la majorité des Islandais est aujourd'hui plutôt hostile au procès fait à M. Haarde. Sans doute parce que la simple désignation d'un bouc-émissaire ne suffit pas à tourner la page de la crise économique, et à effacer les rancœurs qu'elle a engendré chez les Islandais. Peut-être aussi parce que le Parlement, qui a voté pour le procès de M. Haarde, a atteint une de ses plus basses cotes de confiance. En tout cas, la quête d'un coupable ne semble plus satisfaire la population, la rendant même, finalement, plus suspicieuse et plus soucieuse d'une autre justice.

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Enquête européenne
Le président islandais demande des comptes à l’UE
La vengeance est un plat qui se mange froid, et l'Islande a déjà attendu trois ans.

Le président islandais Olafur Ragnar Grimsson ( 13 ) demande à l’Union européenne de mener une enquête

Alors que la croissance est de retour dans la petite république nordique avec une hausse de 2.7% du produit intérieur brut prévue en 2011 après une récession de 3.5% en 2010, que le chômage baisse, que les investissements reprennent et qu'un rapport du FMI de juin 2011 estime que le pays peut même se passer de la dernière tranche du plan d'aide de 1,6 milliard d'euros accordé en 2008, les autorités islandaises veulent maintenant régler leurs comptes.

Une vendetta ne venant jamais seule, l'Islande s'en prend également à l'Union européenne.
( 14 ) "Comment des Etats membres ont-ils pu accepter les demandes absurdes britanniques et hollandaises ?", s'est indigné le président Olafur Ragnar Grimsson. L'Islande a demandé à l'Union européenne l'ouverture d'une enquête pour déterminer comment elle a pu permettre à la Grande-Bretagne et aux Pays-Bas d'exercer une telle pression sur Reykjavik dans le dossier Icesave.

Suite à la faillite, en 2008, de cette filiale privée de Landsbanki, 340 000 ressortissants anglais et hollandais perdaient leurs actifs, ouvrant la voie à une crise diplomatique sans précédent entre l'Islande et le Royaume-Uni, qui exigeaient que Reykjavik rembourse à hauteur de 3,9 milliards d'euros. Malgré le vote d'une loi dans ce sens, le président ne l'a jamais promulgué, et les Islandais ont refusé deux fois par référendum de rembourser la faillite d'une banque privée.

«Comment des Etats membres ont-ils pu accepter les demandes absurdes britanniques et hollandaises?», s’est interrogé M. Grimsson dans une interview à la radio-télévision publique RUV. «Cela mérite une enquête».

Les déclarations de M. Grimsson interviennent alors que la maison mère d’Icesave, établissement prisé par les épargnants britanniques et néerlandais, la banque Landsbanki, qui avait fait faillite en 2008, a annoncé avoir récupéré des fonds suffisants pour rembourser toutes «les réclamations prioritaires».
 

En vertu d’une loi adoptée en Islande après sa crise économique de 2008, tous les dépôts bancaires sont considérés comme «réclamations prioritaires».

Landsbanki a précisé qu’après le remboursement des épargnants lésés, il lui resterait encore 13 milliards de couronnes islandaises (89 millions de francs).

Cela signifie que les 3,9 milliards d’euros que la Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont avancés pour indemniser leurs 340 000 ressortissants lésés par la faillite d’Icesave peuvent être remboursés sans mettre les finances publiques islandaises à contribution.

Éviter de se précipiter

L’annonce faite par Landsbanki «nous montre que cette affaire aurait pu être traitée de manière raisonnable dès le début, qu’il était absolument inutile de mettre le peuple islandais et notre coopération avec les pays européens dans un tel carcan», a estimé M. Grimsson. Au lieu de se précipiter, «l’expérience montre qu’il peut être sage d’attendre», a-t-il ajouté.

Reykjavik a à deux reprises négocié des accords de remboursement mais M. Grimsson s’y est à chaque fois opposé, refusant de faire rembourser par les contribuables islandais - à un taux d’intérêt élevé - des dettes contractées par une banque privée.

Les Islandais ont rejeté lors de deux référendums le remboursement par l’Islande des 3,9 milliards d’euros avancés par Londres et La Haye aux épargnants lésés.


Commentaire de
JosPublic

Non, mais lisez-moi ce paragraphe à droite de l'écran! Seul du journalisme de poubelle peut écrire une chose semblable. Évidemment c'est un journal d'Affaires.

En réalité ce que le journal se garde bien de dire, c'est que si l'État d'Islande avait remboursé les clients de IceSave et Landsbanki en faillite technique, elles auraient gardé l'argent qu'elles viennent de trouver inopinément.

Si l'épilogue est finalement heureux pour l'Islande, c'est parce que Landsbanki a annoncé avoir récupéré des fonds suffisants pour rembourser toutes les  "réclamations prioritaires", c'est-à-dire tous les dépôts des épargnants étrangers. La Grande-Bretagne et les Pays-Bas vont ainsi pouvoir être indemnisés sans mettre les finances publiques islandaises à contribution.

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Notes & Références:

01

Qui est Geir Haarde ?

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02

M. Haarde a dû quitter le pouvoir début 2009

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03

Qui est Atli Gislason ?

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04

Qui est Gunnar Helgi Kristinsson ?

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05

Qui est Steingrimur Sigfusson ?

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06

Qui est Silla Sigurgeirsdóttir ?

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07

 

Article publié en mai 2011 dans le Monde Diplomatique, qui retrace le déroulé de la crise islandaise

 

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08

Qui est Richard Nixon ?

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09

Qu'est-ce que l'Agence Fitch ?

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10

Qui est Gunther Capelle-Blancard ?

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11

Qu'est-ce que l'association France Islande ?

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12

Une étude de l'OCDE

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13

Qui est Ólafur Ragnar Grimsson ?

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14

Qu'est-ce que l'Union Européenne ?

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Démocratie, procès d'un ex-Premier ministre, privatisation, Islande Geir Haarde, Procès