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La révolution islandaise poursuit sa route
Islande: tout le peuple réécrit la constitution du pays en utilisant internet!

Sources: Sydsvenskan de Suède, Marianne 2, Le Devoir, PressEurop, Le Figaro

Textes de base écrit par :
 Flore Vasseur, Fabien Deglise, David Malan

Publications: 
15 juin, 4, 6 juillet 2011

Fusion des textes et commentaires: JosPublic

Publication ici:
11 juillet 2011

 

 

Les révolutions sociales se suivent et ne se ressemblent pas en Islande ( 03 ). La preuve: après la chute du gouvernement, sous la pression du peuple et dans la foulée de la crise financière de 2008 qui a passablement affecté le pays, les Islandais font aujourd'hui une énième fois dans l'originalité.

Comment? En écrivant la nouvelle constitution du pays collectivement et en ligne.

La défiance des Islandais à l’égard du monde politique a explosé pendant la crise financière. Et aujourd'hui, les citoyens se méfient tout autant du pouvoir politique que des banques.

En 2010, seuls 10,5% des Islandais, un pourcentage historiquement bas, déclaraient avoir "une grande confiance" dans l’Althing, le Parlement islandais.

Nombreux sont ceux qui ont le sentiment d’avoir été trahis.

Le pays ayant été acculé à la faillite en 2008, la population a fait assez vite le lien entre choix économiques désastreux et responsables politiques. Les banques ont été nationalisées, le gouvernement et le parlement renversés, quelques politiciens traduits en justice et le peuple a été sollicité par référendum sur son avenir. Le tout aboutissant assez logiquement à la volonté d’un profond renouveau constitutionnel.

Il faut souligner le respect que le président de la république a démontré lorsque les membres du parlement faisaient tout pour sauver leurs amis.es du monde de la finance et pour réhabiliter les "banksters", il s'est tout simplement appuyé sur le consensus populaire. Voici quelque chose d'assez révolutionnaire de nos jours. Un président de pays qui ne se prend pas pour le pays, mais qui respecte les citoyens et citoyennes.

Ólafur Ragnar Grímsson

Depuis cet épisode, les raisons de manifester n’ont malheureusement pas manqué pour la population islandaise. Et le krach financier a obligé de prendre un nouveau départ. Peu à peu, les Islandais laissent leurs dysfonctionnements derrière eux. Et ce dont il est aujourd’hui question sur l'internet et les réseaux sociaux n’est rien d’autre qu’un projet pour un nouveau pays. Pour une nouvelle chance. C'est la transparence qui est le remède à la crise de confiance en y ajoutant une grande dose de démocratie numérique.

Un nouveau projet pour un nouveau pays
Écrire une nouvelle constitution du pays collectivement et en ligne.

Depuis avril 2011, 25 « conseillers spéciaux » élus.es sont chargés de diriger l’écriture de la nouvelle constitution du pays. Physicien, directeur de théâtre, pasteur, professeur d’économie, journaliste, avocat, étudiant, ils sont issus de la société civile. Le processus se veut collaboratif.

Les projets de clause sont publiés sur le site du gouvernement chaque semaine. Les internautes peuvent directement réagir sur le forum dédié et/ou sur la page Facebook du « conseil » lequel partage ses idées sur Twitter, poste des interviews sur une chaîne Youtube ou des photos des séances de travail sur Flickr.

Cette assemblée qui supervise l'avancement des travaux est aussi chargée d'écouter le reste de la population qui décide de se prononcer sur cette rénovation fondamentale d'un texte de loi datant de 1944. À l'époque, l'Islande est devenu un pays à part entière en se détachant du Danemark.

Chacune des réunions est retransmise en directe et ouverte au public. On bataille sur les droits et devoirs du parlement et des parlementaires, la séparation des pouvoirs, la propriété et l’utilisation des ressources naturelles et le transfert de souveraineté à des organisations internationales (le pays a la présence du FMI en travers de la gorge et remet l’adhésion à l’Europe en question).

Les 25 doivent rendre leur copie fin juillet 2011, laquelle sera soumise à un référendum. Ce sera alors, véritablement un document par le peuple, pour le peuple. Il est peu étonnant que ce processus inédit de e-politique émane d’Islande, micro pays assis sur une mine d’or, isolé de tout mais encore bien connecté à ses mythes.

Björk

Au pays de Björk — oui, la chanteuse atypique sur la scène pop contemporaine —, cette mise en mode collaboratif de l'écriture d'un document aussi crucial qu'une constitution n'étonne pas, même s'il représente une première à l'échelle mondiale.

Le fait de vivre dans un pays qui ne compte que 320 000 habitants soit l'équivalent environ de la ville de Québec, l'Islande a finalement les atouts qu'il faut pour favoriser les rapprochements numériques, sur toute sortes de sujets, y compris un projet à teneur démocratique.

Tous les gens peuvent participer au débat général puisque des assemblées se tiennent publiquement et les bibliothèques permettent l'accès à Internet. Une situation facilitatrice est sans contredit l'accès à Internet des ménages, d'après les statistiques de l'OCDE ( 05 ), plus de 80% des foyers islandais sont équipés d'internet à haut débit ou à large bande ou ADSL en France. ( 04 ), 2/3 de la population est sur Facebook. Autre atout, le niveau de scolarité moyen de sa population est élevé et les analphabètes sont finalement beaucoup plus rares que les volcans en éruption.

L’Assemblée constituante est ainsi présente sur Facebook et Twitter, et poste régulièrement des vidéos sur YouTube ( 01 ). Par ailleurs, ses réunions sont ouvertes au public et retransmises en direct sur son site Web et sur Facebook.

Le principe de l’externalisation ouverte ou crowdsourcing ( 02 ), qui consiste à confier une tâche à un groupe non défini de personnes, en particulier sur Internet, connaît un succès croissant ces derniers temps. L’appliquer dans ce but est une première. Sur Facebook, l’idée a suscité un enthousiasme international. 

Le risque d’un tel projet de démocratie directe est que seule y prenne part une élite constituée de passionnés. Mais c’est ainsi que fonctionne la démocratie, les absents ont tort si d'eux mêmes ils s'abstiennent de participer et choisissent d'aller pêcher à la ligne.

La nouvelle loi constitutionnelle a donc beaucoup plus de chances de trouver un écho auprès des citoyens que l'actuelle constitution qui avait été ficelée à la hâte. Quand les Islandais ont proclamé leur indépendance du Danemark en 1944, ils avaient en effet, à peu de choses près, conservé la constitution danoise.

Cette fois, les changements seront plus profonds. Dans le projet de nouvelle constitution, on retrouve des directives fortes sur la protection de la nature et des ressources communes du pays.

Mais on peut aussi l’interpréter comme une réponse aux ravages causés au milieu naturel islandais par le producteur d’aluminium américain Alcoa ( 06 ).

Lors de la construction de l’énorme complexe hydroélectrique de Kárahnjúkar en 2006, un vaste périmètre de nature sauvage avait été détruit au nord du Vatnajökull, la plus grande calotte glaciaire d'Islande.

Avant le lancement du chantier, 50 000 Islandais étaient descendus dans la rue pour protester.

Barrage de Kárahnjúkar en construction

La première Constitution participative

Les prémisses de cette constitution en construction font aussi preuve d'originalité en mettant l'accent sur le droit des générations futures, ce qui semble être une autre première dans un tel document. Première qui souhaite faire table rase du principe du «après-moi-le-déluge» qui a induit la dernière crise boursière et du présentisme très contemporain qui afflige les sociétés occidentales.

Une fois fignolée, cette constitution issue de la démocratie islandaise 2.0 va devoir être adoptée par référendum par le peuple qui en assure actuellement son écriture. Et pourrait bien se montrer inspirant pour d'autres...

Plaine de Thingveillir, Islande

Notes & Références:

01

L’Assemblée constituante est ainsi présente sur Facebook et Twitter, et poste régulièrement des vidéos sur YouTube

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02

Le principe de externalisation ouverte ou crowdsourcing

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03

La république d'Islande

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04

Internet à haute vitesse

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05

OCDE Organisation de coopération et de développement économiques

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06

Alcoa, troisième plus grand producteur d'aluminium au monde

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