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Les élections et notre mouton intérieur

Les recherches sur le cerveau ont permis de découvrir une zone cérébrale incitant l’être humain au conformisme.  Voilà qui éclaire d’un jour nouveau le débat sur l’influence des populations et des sondages.

 

 
 

La menace d’être exclu de son groupe

 
 

Le fait de se conformer ou le biais de conformité, que l’on pourrait aussi appeler syndrome de Panurge, désigne la tendance que nous avons parfois à délaisser notre raisonnement intime pour rallier l’avis de la majorité – indépendamment du bien-fondé de celui-ci.

Dès les années 1950, le psychologue Solomon Asch avait montré que dans une simple tâche perceptive consistant à comparer les longueurs de différents segments de droite), la connaissance de l’avis majoritaire suffit à faire prendre des décisions absurdes à des individus qui, isolés, répondent correctement.

Récemment, des psychologues de l’Université de Princeton ont étudié ce qui se passe dans notre tête lorsque nous nous laissons entraîner dans des processus de ce type.  Une structure cérébrale nommée insula, repli du cortex cérébral au niveau des tempes, semble déterminer le basculement d’opinion, l’abandon de l’analyse personnelle au profit de la posture conforme aux attentes du groupe.

Solomon Asch

Cette insula ( 01 ) est réputée centraliser des informations de nature émotionnelle en provenance du corps, et s’activer lorsque l’individu sent peser la menace d’être exclu de son groupe d’appartenance.

Le biais de conformité résulterait d’une pression sociale exercée par le groupe sur l’individu, créant une peur d’être marginalisé.  Les conséquences de cet effet touchent notamment aux mécanismes électoraux.

Nicolas de Condorcet, philosophe et mathématicien, montrait au XVIIIe (18e) siècle que le système démocratique livre des décisions sensées, à condition que les électeurs soient ignorants des décisions prises par leurs voisins.  Autrement dit, il faut savoir se protéger du biais de conformité.  C’est aussi ce qu’a montré une étude réalisée dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle française en 2012.  Quelque 1 000 votants étaient interrogés sur leurs intentions de vote au second tour; dès lors qu’on leur présentait les résultats d’un sondage fictif allant dans le sens contraire de leur intention initiale, ils changeaient d’opinion dans 25 pour cent des cas, pour rallier l’avis majoritaire exprimé par le sondage.

Nicolas de Condorcet

JosPublic tente d'imaginer le dommage qu'occasionnent les sondages que nous proposent les médias tout au long de la campagne électorale fédérale de 2015.  Les sondages sont probablement devenus des outils de propagande des propriétaires de journaux !

 
 

Opposition droite - gauche, mythe ou réalité ?

 
 

Existe-t-il des différences psychologiques entre ceux qui votent «à droite» et ceux qui votent «à gauche»?

Les électeurs de gauche sont-ils vraiment plus progressistes, ceux de droite plus individualistes?

Des études de psychologie politique révèlent les différences.

L'exemple de l'élection provincial du Québec en 2014

Les médias par leurs commentateurs de la scène politique, présentent les chefs de partis comme s'ils participaient à un combat de boxe:  Pauline Marois du Parti Québécois affronte Philippe Couillard du Parti Libéral du Québec, un débat gauche-droite, et chacun a un autre parti politique à son extrême: François Legault et la Coalition Avenir Québec à droite et Françoise David de Québec solidaire à gauche.

Pauline Marois

Philippe Couillard

François Legault

Françoise David

François Hollande

Nicolas Sarkozy

François Bayrou

Un scénario semblable fut vécu en France en 2012: François Hollande pour le Parti socialiste contre Nicolas Sarkozy pour l'ump. Gauche contre droite.

À tel point que le candidat centriste s'était dit exaspéré de voir présenter aux Français une « opposition factice ». François Bayrou fustigeait un système politico-médiatique qui, selon lui, oppose de façon artificielle une moitié des Français à une autre.  Toute la question est : cette séparation est-elle artificielle ?

N'y a-t-il pas une psychologie de l'électeur de gauche, et une psychologie de l'électeur de droite ?

Des recherches font apparaître certaines différences dans les valeurs et les modes de pensée de ceux qui se réclament « de gauche » ou de « de droite ».  Toutefois, ces différences ne sont pas innées et résultent à la fois d'un long processus historique et de nécessités visant à marquer son identité et à communiquer avec autrui.

D'une certaine façon, on peut reconnaître avec F. Bayrou qu'elles ne sont plus tout à fait aussi marquées que par le passé.  Mais ont-elles disparu des jugements et des raisonnements des citoyens ?

Au premier abord, on serait tenté de croire que les électeurs qui ont accordé leur vote au candidat de l'ump et ceux qui ont rejoint les rangs du Parti socialiste diffèrent avant tout par leur analyse des contenus idéologiques des programmes.  Mais il s'agit là d'une vision qu'il faudra peut-être abandonner.

Dès les années 1960, le politologue américain Philip Converse, de l'Université du Michigan, a marqué les esprits en constatant, sur la base d'enquêtes d'opinion, non seulement que les citoyens manquent de connaissance politique, mais surtout qu'ils n'utilisent pas les idées politiques abstraites dans leurs jugements politiques (voire ne les comprennent pas !).

En outre, les résultats de ces études tendaient à démontrer que les préférences politiques sont instables et éventuellement incohérentes.  Dès lors, comment les citoyens peuvent-ils se former des opinions sur la politique, une « idéologie politique », alors qu'ils en savent si peu sur la politique ?

D'ailleurs il a été observé que des étudiants ne reconnaissent pas les bases idéologiques des partis auxquels ils se réfèrent.

Pour ne garder qu'un exemple, la question d'avoir ou de valoriser des conceptions politiques libérales ou dirigistes n'est pas, chez les sujets enquêtés, un critère pertinent pour distinguer les groupes politiques.

Il ne leur est pas toujours facile d'indiquer les proximités politiques des principaux journaux quotidiens.

Les différences idéologiques

Faut-il conclure au mieux à la mutation de l'engagement politique ou à la fin des idéologies, et au pire à la «crise de la conscience collective» ?

Peut-être pas.  De fait, « l'innocence idéologique » décrite par Ph. Converse a été critiquée, notamment par des chercheurs affirmant qu'on ne peut pas comprendre les décisions des électeurs seulement d'après leurs connaissances de la politique.  Selon eux, les décisions se prennent sur la base de processus cognitifs et de modes de pensée différents.

Les personnes se reconnaissant plutôt à gauche ou plutôt à droite se distingueraient par leurs formes de raisonnement.

Quelles sont ces différences de pensée ?  Dans les années 1970, la psychologie politique américaine cherchait à montrer que les démocrates ou les républicains, conservateurs ou travaillistes, personnes de droite ou de gauche, présentaient des profils de personnalité spécifiques, une « ouverture d'esprit » particulière, ou une façon de penser plus ou moins complexe.

Une partie des travaux réalisés en psychologie politique, et notamment ceux du psychologue Philip Tetlock, de l'Université de Berkeley, tendait à montrer que les individus de la gauche modérée envisagent les questions politiques dans des termes plus complexes que ceux positionnés à droite, lesquels privilégieraient des effets plus simples et plus directs…

Qu'entend-on ici par « termes plus complexes » ?

Supposons qu'il s'agisse de discuter d'un phénomène (le chômage, l'exclusion, les programmes scolaires, la délinquance…) ou de prendre une décision : on peut employer une seule dimension pertinente (sortir de la drogue, c'est une affaire de volonté et de motivation personnelle) ou plusieurs dimensions connexes ou reliées (la drogue est un problème plus complexe ; c'est une façon d'exprimer un trouble relationnel ou un déficit de lien social) etc.

 
 

Allié ou adversaire ? Une question de mots !

 
 

Bien souvent, notre sensibilité politique nous pousse à rejeter certains discours sans même les écouter. Comment échapper à ces automatismes ?

Les personnalités politiques ont un atout pour éviter ces rejets : emprunter discrètement quelques éléments du vocabulaire de l'autre camp.

Rappelez-vous le jour où, en ouvrant la radio, vous avez entendu s'exprimer un responsable politique jusqu'alors inconnu.  Après un moment d'hésitation pendant lequel vous ne saviez de quelle oreille entendre son propos, le commentateur a précisé l'appartenance politique dudit responsable.

Aussitôt, constatant qu'il était du bord opposé au vôtre, vous avez trouvé son discours inintéressant et de mauvaise foi.  Alors, à quoi s'attendre en période d'élection...  Les appartenances des uns et des autres sont d'emblée connues sans qu'il soit nécessaire de les préciser.  Dès lors, il est probable que des millions de citoyens et citoyennes fermeront leurs oreilles à tout discours prononcé par « celui de l'autre camp ».

Belle perspective de débat national !  C'est l'idée même de la confrontation des idées et de la démocratie qui est mise à mal par ce phénomène psychologique embarrassant.  Tout se passe comme si nous étions plus intéressés par le fait de rejeter un discours à cause de son affiliation politique, que par la compréhension des enjeux ou de la progression du débat.

Comment expliquer cette tendance ?

Le candidat auquel vous n'avez pas daigné accorder votre attention appartient à ce que les psychologues sociaux appellent votre « exogroupe ».  Qu'est-ce qu'un exogroupe ?

Dans toute notre vie sociale, nous traçons implicitement des frontières entre ceux qui font partie de notre groupe, et ceux qui n'en font pas partie.  Qu'il s'agisse de la famille, d'une confrérie, d'un club de sport. Pour utiliser une lapalissade, disons que l'exogroupe est tout ce qui est extérieur à l'endogroupe, c'est-à-dire à l'ensemble des personnes qui partagent certains signes distinctifs (appartenance politique, sexe, nationalité, profession).

 
 

Comprendre la gestuelle des politiques

 
 

Ponctuer son discours du tranchant de la main, ou bien faire des gestes qui figurent de façon symbolique ce que l'on dit : chaque personne politique a sa propre gestuelle qui a pour fonction de toucher l'électorat ciblé.

Les gestuelles diffèrent selon que l'on est de droite ou de gauche !

Les stratégies de communication des candidats politiques sont-elles efficaces ?  Chacun d'entre nous a des idées plus ou moins partagées à propos des effets persuasifs supposés de telle ou telle mise en scène oratoire.

Sans en connaître les arcanes ni les mystères, nous savons que les candidats ont des conseillers en communication (propagandistes ou communicants), personnages de l'ombre qui distillent des recettes censées séduire le public de façon subtile, rarement consciente, mais en tout état de cause toujours efficace.  Que sait-on aujourd'hui, objectivement, des effets persuasifs de ces stratégies de communication?

Nous proposons d'aborder la question sous l'angle méconnu, mais pourtant fondamental, de la communication non verbale.

Les premiers résultats dans le champ politique ont concerné un paramètre primaire du non-verbal : la taille des candidats.  Que cela fasse rire ou pleurer, nos hommes politiques ont le souci permanent de se montrer à la (bonne) hauteur !

Ainsi, Nicola Persico, professeur d'économie au Penn Institute for Economic Research de l'Université de Pennsylvanie, a découvert que sur les 43 présidents des États-Unis, seulement cinq étaient notablement plus petits que la taille moyenne de la population américaine à la même époque, alors que 30 étaient plus grands que la moyenne.

Qui plus est, sur les 54 élections présidentielles américaines, seulement 13 ont été gagnées par le candidat le plus petit. ( 02 )

De façon constante dans l'histoire des États-Unis, les sénateurs et gouverneurs sont en très grande majorité plus grands que la moyenne de la population américaine.

Pour simplistes que soient ces résultats, ils n'en marquent pas moins un déterminisme préoccupant pour qui prétend qu'une élection se gagne strictement sur un programme politique !

En tout état de cause, on s'interroge sur la façon dont les électeurs se construisent une représentation des qualités d'un candidat pour décider de voter pour lui ou non.

Le « non-verbal » relève surtout de l'expressivité des gestes et du visage, principalement parce que ces paramètres sont considérés comme des éléments clés de la stratégie oratoire des politiques.

L'action oratoire est d'ailleurs considérée depuis l'Antiquité comme la « maîtresse souveraine » (d'après Cicéron) de la persuasion.

Lorsqu'on demanda à Démosthène « ce qu'on devait mettre en première ligne dans l'art oratoire tout entier, il donna la palme à l'action, et lui accorda également le deuxième et le troisième rangs, jusqu'à ce qu'on eût cessé de l'interroger ; il voulait donner à entendre qu'elle ne devait pas être mise en première ligne, mais qu'elle entrait seule en ligne » (Quintilien, Institution oratoire).

Regardons un exemple provenant de France. François Hollande le président en 2014 adopte les gestes de François Mitterrand ex-président socialiste de la France.

Abraham Lincoln mesurait 6 pieds 4 pouces ou 1.95 mètre

Lyndon B. Johnson mesurait 6 pieds 4 pouces ou 1.95 mètre

Barack Obama mesure 6 pieds 1 pouce ou 1.86 mètre

Quand François Hollande prend la pose mitterrandienne
Est-ce une agence de communication qui le conseille?

Ainsi en matière politique.  Nous pensons que notre penchant pour la droite ou la gauche est affaire de grandes idées, de choix de société.  Et bien, il se pourrait que nous ne soyons pas si libres de nos choix.

Que l'opposition entre droite et gauche soit...  contingente d'un point de vue psychologique.

Par exemple, les psychologues mettent au jour un vocabulaire de droite plus centré sur l'individu et un vocabulaire de gauche plus lié au milieu.

Pourtant, des expériences ont montré qu'un professeur peut justifier l'échec d'un élève par ses conditions sociales et familiales quand il parle en public (attitude plutôt de gauche), mais qu'en privé, il admet les dispositions médiocres de l'élève (attitude plutôt de droite).

Ainsi, le discours est et n'est pas de gauche...selon les circonstances.

Par ailleurs, s'il existe des «marqueurs» du discours de gauche et d'autres pour le discours de droite, un adroit politicien de droite qui parsèmerait son discours de quelques marqueurs de gauche pourrait séduire certains électeurs de gauche.  Les oppositions gauche/droite seraient-elles à ce point contingentes ?

Neurosciences, mathématiques et psychologie sociale concordent donc sur un point : pour éviter de réveiller le mouton qui sommeille en l’homme, évitons de le perturber avec les sondages et la présentation d'influences majoritaires.


Commentaire de
JosPublic

Surtout soyons vigilants quant à nos comportements impulsifs. Oui le programme électoral écrit d'un parti politique est plus important que les élucubrations d'un chef en campagne électorale.  Car après l'élection, le parti influencera le chef pour qu'il applique le programme. 

Les Québécois ont bien connu la situation svec les élections qui ont porté au pouvoir Pauline Marois et Philippe Couillard au Québec et Stephen Harper à deux élections fédérales.

Sources: À partir de divers textes sur Cerveau & Psycho. Vidéo du journal Libération pour Edouard de Rothschild

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Mise à jour le 01 septembre 2015

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Notes & Références encyclopédiques:

01

À propos de l'insula du cerveau - Sur le site de l'Université McGill

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02

 

Grandeur des présidents et candidats des États-Unis - Heights of presidents and presidential candidates of the United States - Sur Wikipedia en anglais

 

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