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L'ordinateur robot a-t-il surclassé l'humain ? Vous menace-t-il?

Leur intelligence dépasse déjà la nôtre. Ça y est!  Après des décennies d'efforts, le cerveau des machines parvient aujourd'hui à surclasser l'humain, non plus mécaniquement, mais intellectuellement. Plus fiables, plus experts, capables de décider seuls, ces nouveaux robots sont prêts à intégrer la société.  Un défi que, finalement, l'humain se pose à lui-même.  Avec en toile de fond, l'ineffable sentiment de se tendre un miroir aussi inédit qu'étrange. Découvrez six robots en fils et pixels et n'oubliez pas durant ce voyage dans le futur que c'est l'homme qui les invente et qu'il devra les contrôler sous peine de disparaître.
                                                                                                             
- JosPublic

 
 
 

Le B.A. Ba
de l'intelligence artificielle

Les robots intelligents sont nés de la rencontre féconde des mathématiques, de la neurologie, de la linguistique, de la psychologie et de la logique.  En 1956, John McCarty, Claude Shannon, Marvin Minsky et quelques pionniers fondent un nouveau domaine de recherche: l'intelligence artificielle (IA).  Objectif: reproduire l'intelligence humaine grâce aux ordinateurs.  Si les premières machines résolvent des problèmes mathématiques ou apprennent des langues, elles se heurtent à des problèmes a priori simples comme reconnaître une image ou piloter des jambes.  Jusqu'aux années 1990 où les puissances de calculs s'envolent, et avec elles les performances: "Deep Blue " bat au jeu d'échecs Kasparov en 1997. Aujourd'hui en 2015, l'avenir est du côté des "Metadonnées - Big Data" et des nouveaux algorithmes.

 
 
 

Limités dans leurs mouvements: leurs facultés intellectuelles ont explosé

 
 

Ils ont des professions, comme nous.  Chroniqueur,  peintre, consultant,  assistant,  psychologue... Et des noms aussi: Ellie, Marlowe, Watson, Vivi...

Certains ont une voix, d'autres une apparence, un humour ou un caractère qui nous ressemblent. 

Ils nous imitent, parfois à la perfection.

Mais la comparaison s'arrête là. Malheureusement pour nous.  Car ils possèdent ce que nous n'avons pas: un sens de l'observation hors du commun, une connaissance colossale et, surtout, une capacité de calcul démesurée.

"Ils", ce sont les robots de dernière génération.

La plupart ne s'incarnent qu'en pixels scintillants sur la surface de nos écrans.  Car la tête va plus vite que les jambes, et aussi complexes soient-ils, les robots dotés d'un corps singeant le nôtre sont loin d'égaler l'incroyable adaptabilité du corps humain.

Mais ce ne sont finalement pas ces robots humanoïdes qui nous ressemblent le plus.  C'est, (vingt ans après "Deep Blue battant Kasparov" au jeu d'échecs) ( 01 ), pour nombre d'activités réputées "intellectuelles" que les nouveaux robots nous surclassent: qu'elles soient médicales, financières, économiques ou littéraires, leurs analyses sont plus précises et plus rapides, leurs décisions plus fiables, leurs sens souvent plus aiguisés.  Sans parler de leur expression, toujours plus fluide...

«

On ne développe plus une compétence précise,

mais une intelligence artificielle générale

»

ILS PERÇOIVENT, APPRENNENT, PARLENT

Au point qu'ils nous poussent irrésistiblement à parier sur l'existence de "quelqu'un" derrière les pixels.  À ressentir le contact avec une autre intelligence.  Fût-elle artificielle.

Jugez plutôt: Ellie, la psychologue virtuelle née à l'Institut des technologies créatives de l'université de Californie du Sud (États-Unis) en 2011, repère, grâce à sa vision et à son "cerveau" informatique, des signes infimes d'anxiété ou de dépression dans l'intonation de la voix et les mimiques de ses "patients".

Watson, le superanalyste d'IBM, comprend les questions des experts les plus pointues et résout leurs problèmes.  «Il est au premier rang d'une nouvelle ère de l'informatique, qui va transformer l'économie et la société», estime Eric Brown, directeur de Watson technologies.

Une ère où les capacités des robots à percevoir, apprendre et maîtriser le langage sont enfin rassemblées au coeur de processeurs suffisamment puissants pour les faire travailler de concert et interagir avec nous de manière approfondie.

«On ne s'intéresse plus à un seul aspect, comme la reconnaissance vocale ou la vision robotique. On est en train de voir l'émergence de l'intelligence artificielle générale, comme au début des recherches dans ce secteur», s'enthousiasme Patrick Reignier, du laboratoire d'informatique de Grenoble.

Une convergence rendue possible, d'abord, par l'envolée de la puissance de calcul.  Songez qu'en 1997, le supercalculateur ASCI Red, dédié à la simulation d'essais nucléaires, accomplissait 1 800 milliards d'opérations par seconde - en occupant la surface d'un terrain de tennis, pour un coût de 55 millions de dollars.  Neuf ans plus tard, le processeur de la PlaySation 3 atteignait cette puissance faramineuse...

ASCI Red

Et aujourd'hui, le supercalculateur le plus puissant du monde est 15 000 fois plus puissant.  Les nouveaux robots intelligents des années 2010 n'ont même pas besoin d'autant: Watson, pourtant parmi les plus "musclés", ne développe "que" 80 000 milliards d'opérations par seconde.

Ce qui a changé?  Principalement la possibilité d'accéder à des milliards d'informations.  Photos publiées sur les réseaux sociaux, encyclopédies en ligne, coordonnées de géolocalisation...  L'expansion continue d'Internet et des capacités de stockage a formé des masses considérables de données dans lesquelles les systèmes intelligents piochent leur savoir.

Et dans ce domaine des "Mega Données - Big Data", ce sont les géants du Net comme Google, Facebook et le chinois Baidu qui ont montré la voie, se livrant ces derniers temps à une vraie "chasse" au spécialiste de l'intelligence artificielle.

TRIER DES MILLIARDS DE DONNÉES

En 2013, Google a embauché, au titre de directeur de l'ingénierie, Ray Kurzweil, inventeur, futurologue et ardent promoteur des machines pensantes. 

Avant de s'adjoindre les services de Geoffrey Hinton, chercheur à l'université de Toronto, l'un des meilleurs spécialistes mondiaux de l'apprentissage artificiel.

Quelques temps plus tard, c'est Facebook qui ouvrait un laboratoire de recherche dédié à l'intelligence artificielle sous la houlette de Yann Lecun, autre spécialiste de renommée mondiale. 

Point commun entre ces trois cracks: la mise au point d'algorithmes repérant des similitudes ou des singularités parmi des milliards de données.

L'autre point clé du succès actuel des machines intelligentes est aussi la multiplication de bases de connaissances toujours plus larges et précises - de gigantesques encyclopédies dont la syntaxe hiérarchise précisément les informations.

"Grâce à des systèmes de représentation des connaissances, comme la base Yago et ses 10 millions d'entrées, explique Jean-Louis Dessales, spécialiste du langage à Télécom Paristech, les machines peuvent dire qu'un chanteur est un artiste et qu'un artiste est un humain."

Capacités de calculs surhumaines, aptitudes à fouiller et analyser des pétaoctets d'informations, compréhension du langage...  le robot qui réunira en un seul "cerveau" le meilleur de toutes ces compétences n'est pas encore né. 

Mais, irrésistiblement, les robots actuellement développés en laboratoires nous tendent un fascinant miroir, nous plongeant déjà dans la "vallée de l'étrange" ( 02 ) prophétisée il y a quarante ans par l'informaticien japonais
Masahiro Mori.

Ray Kurzweil

Geoffrey Hinton

Yann Lecun

Jean-Louis Dessales

Masahiro Mori

 

 

Rencontre avec six robots
Ils s'appellent  1. Ellie  2. Marlowe  3. Watson  4. Viv  5. Le peintre fou  6. YuMi

 
 
1

Ellie: la psy à qui rien n'échappe

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Ses créateurs ont baptisé Ellie cette femme virtuelle à la mise soignée, qui se présente sur un écran, assise dans un fauteuil.  Ses "yeux" sont une webcam et un dispositif Kinect (le capteur de mouvements de la console de jeux Xbox); ses oreilles, un micro.  Elle observe les personnes qui se présentent à elles, leur pose des questions précises, analyse leurs réactions, reformule, relance la conversation...

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2

Watson: l'analyste qui bluffe les experts

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Watson s'est fait connaître il y a quelques années en battant Ken Jennings et Brad Rutler, champions du programme télévisé états-unien Jeopardy!  Un jeu au principe très simple: les participants doivent répondre à des questions le plus rapidement possible.

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3

YuMi : l'équipier modèle

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Un ordinateur à l'intelligence corporelle. Grâce à sa caméra, ses dizaines de capteurs et ses logiciels de reconnaissance visuelle, YuMi travaille sans risque de blesser ses collègues humains. Conçu par ABB (Suisse /Suède) en 2009, il est toujours en développement.

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4

Marlowe: Le blogueur qui décrypte l'actualité

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«Y a-t-il un seul jour où il n'est pas question de corruption finalement?» écrivait Marlowe le 8 septembre 2014, en ouverture de sa cyberchronique quotidienne.  Difficile de pas y percevoir une pointe de sarcasme.  Dont Marlowe est coutumier: les quelques mots qui ouvrent son décryptage de l'actualité mêlent volontiers traits d'humour et ironie.  Suivent ensuite des dépêches d'actualité largement détaillées, ainsi qu'une volée de citations, le tout organisé de manière à mettre en évidence l'émergence d'un débat, l'irruption d'un thème....

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5

Le peintre fou: artiste toujours inspiré

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Les oeuvres de "The Painting Fool" ("le peintre fou") ont déjà été exposées dans des galeries.  Certaines se sont même vendues quelques centaines d'euros. Ce peintre virtuel, dont  le programme tient dans la mémoire d'un ordinateur de bureau, est capable de composer des scènes à partir de bibliothèques d'images et d'objets virtuels en 3D. Ses algorithmes mêlent choix aléatoires et transformations mathématiques pour donner des formes, des couleurs et des matières.

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6

Viv : l'assistant personnel imbattable

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Vous êtes sur la route qui mène à la maison de votre frère. Il vous a promis ses fameuses lasagnes, et vous êtes chargé d'apporter le vin idoine.  Vous êtes déjà en retard... mais vous pouvez compter sur Viv.

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Bienvenue dans la "vallée de l'étrange"

 
 

 

C'est ainsi que les psychologues ont baptisé le sentiment qui étreint l'homme lorsqu'il est confronté à des robots qui lui ressemblent un peu trop.  Or, cette vallée risque de se creuser.

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Humiliation ou Humilité?

 
 

Que d’humiliations!  Il est loin le temps où l’homme trônait fièrement au centre de l’Univers.  Depuis Copernic, le doute n’est plus permis:  c’est  notre bonne vieille Terre qui tourne autour du Soleil et non le contraire.  Pis, on sait aujourd’hui que notre Soleil tourne lui-même autour d’autres étoiles bien plus massives et que tout ce petit manège tournoie bien loin du centre de notre galaxie.  Et même que notre galaxie, parfaitement banale, gravite elle-même autour de bien d’autres galaxies, de milliards de milliards d’autres…

Chassé du centre du monde il y a cinq siècles, l’homme pouvait encore se consoler en s’imaginant taillé dans un tout autre bois que celui des innombrables espèces animales barbotant et grouillant tout autour de lui.  Le lot de consolation n’était pas vilain, mais il fut piétiné de la plus belle manière avec la publication de De l’origine des espèces d’un certain Charles Darwin.  On y comprenait, dès le milieu du 19e siècle, que toutes les espèces, espèce humaine comprise donc, partageaient les mêmes ancêtres.  Deuxième sale coup pour nos egos.

Que nous restait-il alors?  Nos egos, justement.  Le simple fait d’accéder à la conscience de nous-mêmes, voilà finalement ce qui nous distinguait positivement d’entre tout et d’entre tous.  C’était déjà pas si mal, non?  Pourtant, Sigmund Freud n’a pas tardé à mettre en évidence, au début du 20e siècle, l’importance des mécanismes inconscients dans nos processus cognitifs.

 Conscients, peut-être, mais sûrement pas pleinement.  Que dire alors de la liberté, ce sentiment si singulier qui fait parfois gonfler nos poitrines?  Un autre sujet à caution, car lui aussi mis à mal, au beau milieu du 20e siècle cette fois, avec la découverte de l’ADN, molécule de l’hérédité où se trouve écrite une bonne part de nos talents et de notre destinée.  Pas vraiment libres, à peine conscients…

Que nous reste-t-il?  Peut-être l’intelligence, cette capacité hors norme qui nous rend capables, et nous seuls, de construire des villes, de démontrer des théorèmes, ou encore de soigner nos semblables… 

L’intelligence?  Mais voici que celle des robots du 21e siècle commence à nous contester cet ultime privilège.  Alors quoi?  A part sourire…  Car finalement, c’est l’homme, et lui seul, qui n’a de cesse de se remettre à sa place.

 

Source: Science & Vie pour Fininvest

Choix de photos, commentaires intégrés dans le texte, mise en page, références, et titrage par : JosPublic
Publication : 1er septembre 2015

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Machine téléphonique
circa 1998

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 

Deep Blue a buggé face à Kasparov. L’un des concepteurs de Deep Blue avoue que la stratégie supposée du super calculateur qui a surpris Kasparov et l’a déstabilisé pour le reste de la partie était en fait un bug. - Sur Web & Tec, le 17 octobre 2012

 

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02

 

La vallée dérangeante (de l'anglais uncanny valley), est une théorie scientifique du roboticien japonais Masahiro Mori, publiée pour la première fois en 1970, selon laquelle plus un robot androïde est similaire à un être humain, plus ses imperfections nous paraissent monstrueuses.

 

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