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Psychologie cognitive pour la consommation des aliments
Projet de logo coloré sur les produits alimentaires : comme guide d'achat

Un rapport du nutritionniste Serge Hercberg (Inserm, Université Paris 13) conseille d'apposer un logo à 5 couleurs indiquant de façon simple et intuitive la qualité nutritionnelle d'un aliment. Malgré les fortes réticences de l'industrie agroalimentaire, la ministre de la Santé de la France se dit favorable au logo, qui devrait faire partie de la loi de santé attendue en 2015. L'Europe faisant déjà état de phare dans le domaine de l'étiquetage, le milieu de la Santé publique en Amérique voudra probablement emboîter le pas, mais la résistance de la petite industrie alimentaire et des libertariens risquent d'être beaucoup plus grande. Mais avant tout, prenons connaissance de projet français.  - JosPublic

 

 

 
 

Encore des logos, des avis, des labels?

 
 

Vert pour les aliments à consommer à volonté, orange pour ceux qui suscitent des réserves, rouge pour ceux qu'il vaut mieux éviter: les feux tricolores s'apprêtent à faire leur entrée au supermarché. Avec, pour les pouvoirs publics, l'ambition de faire adopter des comportements d'achats plus compatibles avec une bonne diète.

Voeu pieux ?

L'emballage des produits alimentaires affiche, pour certains, un tableau récapitulant leur contribution aux "recommandations nutritionnelles journalières" (RNJ): pourcentages des besoins caloriques ou des apports conseillés couverts pour la journée.

Le Royaume-Uni est le premier pays, dès 1998, à introduire les RNJ sur l’emballage des denrées alimentaires. Au printemps 2007, 8 leaders mondiaux et 2 acteurs français du secteur agroalimentaire dont Coca-Cola, Danone, Kellogg's, Kraft Foods, Masterfoods, Nestlé, Pepsico, Unilever, Monoprix et...

Label déjà utilisé par Coca-Cola en Europe

Orangina Schweppes ( 02 ) ont pris l'initiative d'harmoniser la communication en matière d'étiquetage des informations nutritionnelles (RNJ) sur les emballages de leurs produits. Ceci en accord avec les recommandations d'une organisation privée nommée la Confédération des industries agroalimentaires de l'Union Européenne (CIAA) dont ils sont membres.

Mais, selon le département de sciences sociales de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), l'impact de cet affichage reste modeste. Surtout auprès des populations peu diplômées, qui présentent les déséquilibres alimentaires les plus prononcés. Les chercheurs en psychologie cognitive commencent à comprendre pourquoi.

Au supermarché, des informations contradictoires tiraillent notre cerveau. Il reçoit, d'une part, des signaux de "plaisir", sur un mode affectif à bas niveau de perception: la promesse d'une savoureuse crème glacée est reçue et traitée de façon automatique et non consciente. De l'autre, sous forme de tableaux de chiffres, l'information "santé" exige pour être analysée un effort soutenu.

Étiquetage "prescriptif"

Or, chaque jour, un consommateur aurait à effectuer entre 200 et 300 choix alimentaires parmi 300 000 références commerciales.

Autant dire que notre cerveau privilégiera la voie la moins coûteuse en énergie.

D'autant que si un produit gras, salé ou sucré apporte un plaisir immédiat, l'effet d'un aliment plus sain est plus lointain et incertain.

Réduire son taux de cholestérol fera peut-être diminuer les risques d'accident vasculaire, mais ne l'empêchera pas forcément. Et la loi dite "des petits nombres" renforce l'attrait d'un gain immédiat: le consommateur connaît forcément des personnes qui font mentir les statistiques, et cette vision optimiste l'emporte sur les données pessimistes.

Surtout si l'effet néfaste peut être compensé - en théorie - par une activité physique... Enfin, pour les classes sociales les plus défavorisées, l'alimentation est, selon une synthèse des principaux travaux réalisés par les sociologues de l'Inra, publiée en juin 2014, "souvent perçue comme un (rare) espace de choix et de liberté". Les recommandations sont alors perçues comme une entrave à la libre consommation de produits très valorisés et désormais accessibles à tous.

Résultat ? "L'hypothèse" selon laquelle les consommateurs achèteraient des produits de meilleure qualité nutritionnelle, s'ils disposaient de l'information pertinente pour les identifier, est loin d'être vérifiée."

D'où l'idée de proposer un étiquetage non plus "descriptif" mais "prescriptif", indiquant clairement les produits à favoriser. Et ce, avec un jeu de couleurs sur le dessus du produit afin de minimiser l'effort cognitif.

L'Inra a ainsi proposé un système SAIN-LIM classant les produits selon leur teneur en 5 nutriments essentiels (score SINA) et 3 nutriments à limiter (score LIM) pour en définir 4 milles, de la plus recommandée à la plus déconseillée.

Testé en 2011, il a montré que de tels logos amélioraient la qualité nutritionnelle du panier d'épicerie dans 68% des cas... Même si 20% des "cobayes" protestaient contre une attitude jugée trop paternaliste ou directive.

 Simplifions l'étiquetage! les explications en vidéo:

 
«

Il faut rendre plus accessibles les aliments de bonne qualité
                                          - Serge Hercberg

»
 

Serge Hercberg a remis mardi 28 janvier 2014 à la ministre de la santé son rapport « Propositions pour un nouvel élan de la politique nutritionnelle française ». ( 03 )

Selon ce spécialiste de la nutrition à l’Inserm, il faudrait notamment réglementer les publicités alimentaires s’adressant aux enfants et faire varier les taux de taxes à la consommation en fonction de la qualité nutritionnelle des aliments.

Quel est l’objectif de cet étiquetage?

 

Serge Hercberg: L'objectif est double: simplifier l’étiquetage pour permettre au consommateur de s’y retrouver de manière intuitive, et encourager les industriels à améliorer leurs produits.

Car le système sera souple et gradué, si une recette voit l’excès de gras, de sucre ou de sel diminuer, la couleur attribuée au produit passera de rouge à rose ou orange… 

Cela ne risque pas de diaboliser les aliments?

 

S. H. : Les aliments rouges ne sont pas à fuir, mais à consommer avec modération. Le consommateur pourra faire son choix en connaissance de cause entre deux lasagnes ou dix marques de madeleines en fonction de leur intérêt santé et pas seulement du prix ou de l'emballage. À ce jour, l’information est illisible. Il n’est pas cohérent de dire qu’il faut manger sans excès de sucre, de sel et de gras sans donner les outils pour y parvenir. Le succès de la pétition, appuyant l'étiquetage, par plus d’un millier de signatures en quelques heures, démontre que les consommateurs attendaient cela.

Comment se situe cet étiquetage par rapport à l’éducation thérapeutique des patients?

 

S. H. : Ce sont des démarches complémentaires, c’est pourquoi l’Association française des diabétiques ET la Fédération française de cardiologie soutiennent l’initiative. Tout comme les associations de consommateurs (UFC Que choisir, CLCV), les sociétés savantes, les professionnels de la santé… Cet étiquetage s’adresse aux personnes en bonne santé et aux malades. Tout le monde a à y gagner! 

En quoi faut-il donner un « nouvel élan » à la politique nutritionnelle française, alors que plusieurs programmes ont été lancés à ce sujet depuis 2001 ? 

 

Serge Hercberg : Les choses ont avancé à travers la politique qui a été mise en place en France. Mais au-delà des réussites, on constate certains échecs, notamment un accroissement des inégalités sociales de santé dans le domaine de la nutrition. 

La lettre de mission fixée par la ministre était de faire des propositions qui permettent de réduire ces inégalités et d’avoir des actions fortes et concrètes en direction de la jeunesse.

Parmi les 15 mesures proposées, une des plus fortes est justement de mieux encadrer la publicité pour les produits alimentaires destinés aux enfants. Cela veut dire que le système d’autorégulation qui existe en France dans ce secteur ne fonctionne pas ou fonctionne mal ? 

 

S. H. : D’une façon générale, que ce soit pour la publicité ou pour l’amélioration de la qualité des aliments, l’incitation a fonctionné en partie, mais elle a montré ses limites. Aujourd’hui, les engagements sur la publicité ou sur les chartes de qualité patinent un peu. 

Maintenant, il faut passer à une vitesse supérieure avec des règles du jeu qui ne soient plus de l’incitation volontariste, mais de la réglementation. À la fois pour améliorer la qualité des aliments, réduire la pression marketing, rendre plus accessible l’alimentation et favoriser un passage à l’acte alimentaire. On est vraiment dans des mesures qui visent à être plus efficaces. Toutes s’appuient sur de très nombreuses études internationales. 

Vous proposez aussi une variation du taux de TVA en fonction de la qualité nutritionnelle des aliments. Pourquoi ? 

 

S. H. : Les aliments riches en gras, en sucre et en sel sont d’un prix beaucoup plus accessible que des aliments de bonne qualité nutritionnelle. L’idée est de pénaliser par une taxe ces aliments qui ne sont pas les plus intéressants et de subventionner les autres grâce aux produits de la taxe. 

Il ne s’agit pas de pénaliser le pouvoir d’achat de nos concitoyens. On ne veut pas non plus interdire des aliments. On veut proposer une alternative et redynamiser un petit peu un système économique qui permettra d’améliorer l’accessibilité, notamment pour les plus défavorisés, aux aliments de bonne qualité nutritionnelle. 

Ne craignez-vous pas une résistance forte des industriels ? 

 

S. H. : On m’a demandé de faire un rapport scientifique et j’ai répondu à la lettre de mission. Ce rapport n’est ni militant, ni idéologique. Il s’appuie sur des données scientifiques et les propositions sont celles, d’ailleurs, qui sont aujourd’hui recommandées par la plupart des comités d’experts. Mettre par exemple un logo qui facilitera la comparaison par les consommateurs entre différents produits en fonction de leur qualité nutritionnelle permettra aussi de valoriser d’autant plus les industriels qui auront fait un effort. 

De la même manière, la taxe sera proportionnelle à la quantité de gras, de sucre et de sel. Si un industriel réduit, même modestement, ces ingrédients dans sa pâte à tartiner, sa taxe diminuera. Pareil pour la publicité. L’idée n’est pas de l’interdire. On interdit la publicité à certaines heures pour certains aliments qui sont au-dessus d’un certain seuil.

Cela poussera aussi les industriels à améliorer leurs produits.

En mars 2015, le débat est rendu à la Commission des affaires sociales de la France ( 01 )

Source: Science & Vie pour Silvio Berlusconi via la Fininvest

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 13 avril 2015

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Commission des affaires sociales. Mercredi 18 mars 2015. Séance de 9 heures 30. Compte rendu n° 36 – Suite de l’examen des articles du projet de loi relatif à la santé (n° 2302).

La Commission des affaires sociales poursuit l’examen, sur le rapport du projet de loi relatif à la santé (n° 2302), reprenant ses travaux à l’article 5.

Mme la présidente Catherine Lemorton. Chers collègues, je vous rappelle qu’en accord avec les représentants des groupes, et parce que plus de 1 700 amendements ont été déposés sur ce texte, il a été décidé qu’il n’y aurait, pour chaque amendement, que deux prises de parole, l’une favorable et l’autre défavorable, ainsi, évidemment que l’expression des avis des rapporteurs et éventuellement du Gouvernement.

Article 5 (art. L. 3232-8 [nouveau] du code de la santé publique et L. 112-13 [nouveau] du code de la consommation) : Information nutritionnelle complémentaire par graphiques ou symboles...... ici pour lire la suite et tous arguments présentés

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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02

 

À propos des marques en relation avec les compagnies mentionnés dans le texte - Sur MétéoPolitique

 

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03

 

Propositions pour un nouvel élan de la politique nutritionnelle française - Sur MétéoPolitique

 

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