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Vive l'huile de palme ! Vraiment ?

Cette étude, réalisée seulement avec des sources ouvertes, est née après avoir lu un message sur les réseaux sociaux.  Une internaute, dont le pseudonyme Célestine anticolonialiste parle de lui-même, pestait contre la diabolisation de l’huile de palme « les industriels impérialistes aiment trop mentir. Moi, je la mange et en plus j’ai une belle peau ! ».  Et son ami, Bakary, de lui répondre « Depuis quand l’huile de palme est mauvaise ?  Pour que nous achetions leur huile d’olive ?  Je ne le ferai pas. » 

N’ont-ils pas raison ?  Pourquoi tant de haine versée sur l’huile de palme et rien ou presque sur les autres oléagineux ? L’IVERIS a fait des recherches, a tiré le fil du mensonge et tout est venu…

Graines de palmier à huile

 
 

Pour résumer les attaques d’à peu près tous les Organismes Non Gouvernementaux (ONG) occidentaux ayant pignon sur la planète, Greenpeace en tête, la culture de palmiers à huile serait responsable de la déforestation, de l’appauvrissement des sols et de la disparition des espèces tel l’Orang-outan; par conséquent, elle serait également responsable des gaz à effets de serre et donc du réchauffement climatique ; et comme si cela ne suffisait pas, elle serait aussi néfaste pour la santé.

Chaque ONG œuvrant dans son domaine de compétence et toutes ayant à cœur de participer à la curée, Amnesty International et Oxfam ont apporté leur contribution en dénonçant le non-respect des droits humains et les conditions de travail dans les plantations de palmiers à huile.

Bien entendu, il ne s’agit pas ici de défendre les conditions de travail imposées par les multinationales aux travailleurs des plantations d’huile de palme.

Néanmoins, elles ne sont ni pires ni meilleures que celles en cours dans tous les autres secteurs des pays du sud, bois, coton, café, cacao, hévéa, soja au Brésil etc.

Il est difficile de dater précisément le début de ces attaques, elles sont montées en puissance au fur et à mesure que l’huile de palme a commencé à supplanter le soja, le colza et le tournesol.

En vingt ans, la consommation mondiale est passée de 14.6 millions de tonnes en 1995 à 62.6 millions de tonnes en 2015, cela donne une idée de la place prise par cette culture sur le marché des huiles. 

Source

Au cours des dix dernières années, la campagne d’ostracisation menée par les ONG a atteint des sommets. A tel point que leurs arguments répétés à satiété ont fini par entrer dans les cerveaux des consommateurs qui se détournent de ce produit.

Certaines marques, clouées au pilori, se blanchissent désormais de toute satanée trace d’huile de palme dans leur produit en mentionnant « palme free » sur leurs emballages.
 

 
 

La guerre de l’huile bat son plein…

 
 

La guerre des données

Sur ce sujet, il existe une importante littérature, de nombreux chercheurs ayant écrit des articles sérieux. Signalons également le site GAPKI, une association indonésienne qui fait un énorme travail de réinformation.

 – L’Indonésie est le plus important exportateur d’huile de palme, avec la Malaisie, ils produisent 90% de la consommation mondiale. – Mais, les ONG, les médias, et même le Parlement européen se contentent de raisonnements parfois justes mais partiaux, juxtaposés à des chiffres qui ne sont étayés par aucune étude scientifique, au mieux relèvent-ils de données partielles ou orientées.

L’article le plus édifiant, concernant l’utilisation peu orthodoxe des chiffres, est celui paru en 2017 dans The Conversation signé par trois scientifiques.

"fake news" ou "informations fallacieuses"

Dans cette recherche, intitulée « Non, l’huile de palme n’est pas responsable de 40% de la déforestation mondiale », les auteurs ont essayé de comprendre comment le Monde, du 3 avril 2017, avait pu écrire cette révélation choc : « La conversion des terres en plantations de palmiers à huile est à elle seule à l’origine de 40 % des pertes de couvert forestier naturel autour de la planète »

Quelles étaient donc les sources du « journal de référence » pour arriver à un pourcentage aussi impressionnant ?

En réalité, le Monde se réfère à un rapport du Parlement européen, qui lui-même s’appuie sur de nombreuses sources :

- une expertise commandée à trois cabinets privés, dont le citoyen ne sait rien ;

- la FAO Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture;

- un think tank américain, WRI (World Resources Institute), proche des démocrates (10) ;

- Forest trends, une ONG basée à Washington DC, dont le fondateur a travaillé pour l’USAID et est un ancien des Peace Corps au Nicaragua, etc.

De fil en aiguille, de sources compulsées ici et là, de données de la FAO exactes, mais anciennes et mal interprétées, les 40% sortent comme un lapin du chapeau.

Selon le calcul précis et détaillé de ces trois scientifiques, la culture du palmier à huile ne serait donc pas responsable de 40% de la déforestation dans le monde, mais de 2,3% ! 

Néanmoins, ce chiffre de 40% est resté dans les esprits et a été repris par certains médias.

En dehors du sujet traité ici, cet article est exemplaire. Il démontre comment il est possible d’arriver à des aberrations à partir d’une donnée exacte.

Par ailleurs, pour rester sur le chapitre déforestation, il va sans dire que toute activité humaine, dont l’agriculture, a un impact sur l’écosystème. Cependant le palmier à huile ayant le plus grand rendement à l’hectare et ce, dans des proportions importantes, 3,8 tonnes à l’hectare, contre 0,5 pour le soja, sa culture est infiniment moins destructrice. 

 
 

Concernant tous les autres points décriés, santé, environnement, pesticides, l’huile de palme n’est pas mieux traitée.  Dès 2012 pourtant, deux chercheurs canadiens ont publié une étude intitulée « Huile de palme : avantages sanitaires, environnementaux et économiques ».


Leur conclusion est sans appel : « La plupart de ceux qui militent actuellement contre l’huile de palme, en faisant pression sur les fabricants et les distributeurs, agissent au nom de la protection de l’environnement. Pourtant, ces activistes sont frappés de myopie. Leurs actions échoueront à atteindre les grands objectifs qu’ils affichent : réhabilitation de l’environnement et amélioration des conditions de vie de populations pauvres. En effet, dans la pratique, aucune autre source d’huile végétale ne saurait préserver davantage de terres et mettre à disposition autant de calories accessibles, abondantes et abordables, pour les populations du monde entier. »

 

Plantation de soja sec dans l'État de Bahia au Brésil

 
 

Huile de palme VS Soja…

 
 

C’est pourtant en se basant sur les informations de ces activistes myopes que la Commission européenne a publié, en mars 2019, un texte réglementaire qui limite la part de l’huile de palme dans les biocarburants et l’interdit totalement d’ici 2030.

A juste titre, ce texte a déclenché l’ire de l’Indonésie et de la Malaisie. Par cette action, la Commission européenne n’a pas cherché à préserver les intérêts des cultivateurs européens d’huile de colza et de tournesol, elle a avant tout protégé le soja de son allié américain.

Car, et c’est tout à fait remarquable, le texte de la Commission européenne, aboutit à condamner l’huile de palme et à blanchir le soja !  Pour arriver à ce résultat, il a fallu que la Commission joue les contorsionnistes en classant l’huile de palme à un risque très élevé (risque CASI), l’huile de soja, passant, elle, miraculeusement juste sous le seuil fatidique !

Cette décision est d’autant plus scandaleuse que selon Gapki, les chercheurs canadiens et beaucoup d’autres, le soja est beaucoup plus toxique pour la planète : « le palmier à huile nécessite également beaucoup moins d’engrais, de pesticides ou de carburant par unité produite que le colza et le soja. » Au passage, pour toutes ces raisons, un boycott de l’huile de palme serait particulièrement délétère.

Mais la Commission européenne ne s’est pas embarrassée de ces considérations scientifiques et factuelles.

Par aveuglement de certains de ses clercs (fonctionnaires) et par la trahison de certains autres, elle s’est immiscée dans la guerre commerciale sans pitié menée par les États-Unis pour protéger le soja, dont ils sont les premiers producteurs mondiaux et un acteur clé de la filière ; la part de l’huile de palme dans le marché mondial grignotant, année après année, celle du soja américain.

Le soja a été aussi au centre de la guerre commerciale sino-américaine commencée en janvier 2018. Pour rééquilibrer leur balance commerciale avec la Chine, les États-Unis ont imposé, en 2018, des tarifs douaniers sur 34 milliards de dollars d’importations chinoises. La Chine a répliqué en taxant à 25% certains produits américains, dont le soja.

Comme souvent dans ce genre de conflit, soit les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous, soit ils sont contreproductifs. Ce qui devait arriver, arriva, la Chine a revu sa copie, en diversifiant ses sources protéiques et en s’approvisionnant désormais au Brésil, au grand dam des producteurs de soja américain qui, ce n’est pas inutile de le rappeler, ont largement voté pour Donald Trump aux dernières présidentielles .

Jean-Claude Junker

Mais grâce à Jean-Claude Junker, le président de la Commission Européenne, les agriculteurs américains, et la cote de popularité de Donald Trump, président des États-Unis-d'Amérique, ont été momentanément sauvés.

Donald Trump

En effet, après une rencontre en juillet 2018, à la Maison Blanche, il a été convenu que l’Union européenne s’engageait à acheter plus de gaz et de soja aux États-Unis. 

En contrepartie, ces derniers s’abstenaient de mettre en œuvre leur menace de relever les droits de douane de 25% sur les exportations d’automobiles européennes, tant redoutées par l’Allemagne.

 

Résultat, les exportations de soja US vers le vieux continent ont bondi de 121% entre juillet 2018 et la mi-avril 2019, garantissant ainsi le cours du soja, qui a faibli mais n’a pas cédé.  Note: Le cours du soja a été dopé à la mi-juillet 2019 en raison du mauvais temps aux États-Unis en période de semis.

A deux reprises donc, par le deal passé entre Juncker et Trump, puis par le texte réglementaire de mars 2019, les Européens n’ont pas hésité d’une part à « sacrifier »  leurs propres producteurs de colza et de tournesol pour soutenir « l’ami états-unien », et, d’autre part à prendre le risque de se fâcher avec l’Indonésie et la Malaisie.

Les pays africains producteurs d’huile de palme, notamment les deux plus importants, le Nigéria et la Côte d’Ivoire, n’ont, eux, pas réagi.  Les raisons sont de deux ordres : certes, le Nigéria, est un important producteur mais il est aussi un gros consommateur donc il n’exporte pas son huile, mais au contraire en importe; la Côte d’Ivoire, elle, exporte mais en Afrique de l’Ouest seulement.

Par ailleurs, ces États reçoivent des aides de l’Union Européenne et n’ont, par conséquent, guère de marge de manœuvre pour s’opposer.

 

 
 

Les bienfaiteurs de l’humanité et le royaume des ténèbres   

 
 

Au final, dans cette campagne contre l’huile de palme, qu’ont obtenu les ONG ? En cinq ans, le cours de l’huile de palme a chuté de 45,92%, tandis que le soja a perdu 29,1%, (les prix de l’huile sont corrélés à la hausse ou à la baisse)

La chute des cours a poussé les petits paysans à détruire leurs plantations d’huile de palme et à se tourner vers d’autres cultures (qui ne sont pas plus COP21 compatibles), tandis que les producteurs de soja américain sont largement soutenus lors des périodes difficiles par leur gouvernement.   Résultat : qui paye les pots cassés ? Les petits planteurs africains qui sont les plus touchés par cette guerre économique.

Ce sont donc une nouvelle fois les Africains qui trinquent et parmi eux, les plus fragiles, les petits pays et les petits producteurs, belle réalisation pour ces ONG, ces défenseurs de la planète et de l’humanité.  Au passage, ils font coup double, puisqu’ils sont les premières à bénéficier des fonds distribués par l’Union Européenne UE pour endiguer l’immigration et essayer de relocaliser les petits paysans qu’ils ont contribué à ruiner !

Mais que dire puisque ces ONG, comme leurs bailleurs de fonds, reçoivent tous des subsides des mécènes états-uniens, au premier rang desquels se trouve Georges Soros, bénéficient d’une sorte d’exceptionnalisme.  Ils sont LE bien et guident les pas de l’humanité vers la lumière…

Mais il ne faut pas s’y tromper dans cette affaire d’huile de palme, tous ne sont pas des activistes myopes, certains sont bel et bien parties au conflit d’une guerre économique.

Au final, l’huile de palme est moins nocive pour la planète, pour l’économie des pays pauvres, et pour la santé des hommes que ces ONG qui en dénoncent à tout bout de champ, le caractère dommageable.

En conclusion : suivez les conseils de Célestine anticolonialiste, mangez l’huile de palme, c’est bon pour la peau, grâce à sa teneur élevée en antioxydants, en vitamines A et E…

 

Source: Leslie Varenne est co-fondatrice et directrice de l’Institut de veille et d’étude des relations internationales et stratégiques (IVERIS). Elle est journaliste d’investigation et spécialiste de l’Afrique. Son dernier livre, « Abobo la guerre », porte sur les coulisses de la guerre de 2011 en Côte d’Ivoire.
Paru sur
le site de l’IVERIS

Choix de photos, collection de textes, mise en page et titrage par : JosPublic
Mise à jour le  12 juillet 2019

Note: Nous voilà pris dans un débat qui oppose le survivalisme des peuples indigènes, les impacts de la déforestation primaire, le développement économique et la santé. Se mêle à cela la cupidité des uns et des autres. Ce qui compliquera grandement notre décision et choix au moment de s'approvisionner en huile. Par contre si l'on est attentif à notre lieu de résidence, on trouve comme ici dans ma région l'huile de cameline.

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  L’industrie de l’huile de palme attaque des journalistes

 Bornéo: survivre à
la déforestation criminelle

Jean ZIEGLER
Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation

 Les enfants qui meurent de faim sont assassinés

Notes & Références encyclopédiques:

L'IVERIS a fait des recherches, a tiré sur le fil du mensonge....
 

En référence au dernier livre de Philippe de Villiers sur l’Europe « J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu »
 

 

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disparition des espèces tel l'Orang-outan...
 

 

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et comme si cela ne suffisait pas...
 

Les dangers de l'huile de palme pour la santé. ...L'huile de palme devrait plutôt s'appeler graisse de palme tant elle contient d'acide gras saturés : 51% de sa composition - Sur No Palm

 

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Chaque ONG oeuvrant dans son domaine de compétence...
 

 

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ayant à coeur de participer à la curée...
 

Oxfam appelle une entreprise d’huile de palme à remédier aux violations des droits des communautés en Indonésie - Sur le site d'Oxfam

 

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cela donne une idée de la place prise par cette culture sur le marché des huiles...

 

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concernant l'utilisation peu orthodoxe des chiffres...
 

Non, l’huile de palme n’est pas responsable de 40 % de la déforestation - Sur The conversation, le 16 mai 2017

 

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En réalité, le Monde se réfère...
 

 

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Il démontre comment il est possible d'arriver à des aberrations...
 
 
 

Dans cet article « Un Président ne devrait pas dire ça » Loïk Le Floch-Prigent revient sur le chiffre totalement absurde des 48 000 morts dus au diesel.

 

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ces activistes myopes que la Commission européenne a publiés...
 

Bras de fer sur l'huile de palme entre l'UE et l'Asie du Sud-Est - Un texte européen devrait classer l'huile de palme dans la liste des biocarburants non durables.

Cette décision a fait bondir l'Indonésie et la Malaisie, les deux principaux exportateurs. Agence France Presse, le 29 mars 2019

 

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il a fallu que la Commission joue les contorsionistes...
 

 

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Cette décision est d'autant plus scandaleuse...
 

En 2011, la Malaisie et l’Indonésie ont produit à elles deux 36,3 % de l’offre mondiale totale d’huiles comestibles en utilisant seulement 5,5 % des surfaces plantées d’oléagineux.

Ce résultat remarquable s’explique intégralement par la productivité élevée de la culture de l’huile de palme. En d’autres termes, le palmier à huile produit près de dix fois plus de matière grasse par hectare que le soja, et plus de cinq fois plus que le colza. - D eux chercheurs canadiens ont publié une étude intitulée : « Huile de palme : avantages sanitaires, environnementaux et économiques »

 

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les États-Unis ont imposé, en 2018, des tarifs douaniers...

 
 

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Ce qui devait arriver, arriva et la Chine...

 

1, La Chine revoit sa copie en soja - Paysan Breton, le 15 juin 2019

2. Why Soybeans Are a Proxy for the Trade War

- Sur The Street, le 28 septembre 2018

3. Le Brésil veut profiter à long terme des malheurs du soja américain en Chine - Sur RFI International, le 4 février 2019

 

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les exportations de soja É.-U. vers le vieux continent ont bondi...

 

Les importations de soja américain s’envolent - La France Agricole, le 18 avril 2019

 

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en raison du mauvais temps aux États-Unis...

 

Le soja dopé par la crainte de récoltes décevantes - La France Agricole, le 18 juin 2019

 

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le Nigéria, est un important producteur...

 
 

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En cinq ans, le cours de l'huile de palme a chuté...

 
 

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Mais il ne faut s'y tromper dans cette affaire...

 

Greenpeace a bloqué un bateau chargé de soja pour protester contre l’inaction du gouvernement en matière climatique et contre la déforestation.

C'était quelques jours avant la publication de cette note. Il est à retenir que ce bateau arrivait du Brésil qui concurrence dorénavant le soja américain. - Sur France Info, le 28 juin 2019

 

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