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Il y a fort à parier que vous ne lirez pas tout le texte ci-dessous
Pourquoi les gens ne lisent pas les textes d'internet jusqu'à la fin

Pour les sites internet commerciaux ce n'est pas grave pourvu que vous voyiez la publicité. C'est le nombre de clics qu'ils vendent et non le contenu du texte. Qu'il soit lu ou non, cela leur importe peu. Par contre ceux que cela déçoit ce sont les rédacteurs, rédactrices et metteurs en pages qui passent des heures folles à présenter leur recherche ou dossier. Vous aurez remarqué que MétéoPolitique ne présente pas de publicité donc force est de constater que des contenus de textes lus en entier sont la récompense du webmestre. Mais pourquoi si peu sont-ils lus?

Nous savons depuis longtemps que la photo et le titre d'un texte sont les deux principaux éléments qui font cliquer sur un texte.  Une photo d'une personne attire davantage que celle d'une chose.  Le titre doit être court et vous dire immédiatement si le sujet vous intéresse. Cependant pour certains et certaines, le titre peut être trop violent ou mièvre malgré que le sujet non seulement puisse les intéresser mais leur être utile.

Donc vous faites partie des 50% qui ont cliqué et aurez peut-être l'opportunité de voir les photos que le webmestre a patiemment choisies pour appuyer le texte et vous montrer en image la crédibilité du contenu qui vous est présenté. Vous trouverez aussi ci-dessous les commentaires du journaliste spécialiste des technologies informatiques au New York Times, Farhad Manjoo. Avant de trouver la raison de l'absence de lecture intégrale, il faut s'assurer qu'il est vrai que vous ne lirez pas ce texte en entier. Pour ce faire, le journaliste a en main un volumineux sondage à propos du comportement des internautes en ligne chez Slate.com  

 

Voici ce qu'en dit l'éminent chroniqueur Farhad Manjoo.  «Alors je vais faire court. Disons que pour chaque tranche de 161 personnes qui ont atterri sur cette page, 61 ou 38% sont déjà partis.  Ce qui signifie que les gens ont "rebondi" dans le trafic internet, selon le jargon du milieu, et qu'il n'ont pas passé beaucoup de temps à comprendre ce qu'offrait cette page.  Vous êtes maintenant 100 personnes à lire ce texte, un bon chiffre rond.  Mais pas pour longtemps.  Nous sommes rendus au point de cette page où il vous a fallu descendre le curseur pour continuer à lire.  Déjà 5 personnes ont quitté pour ne pas toucher au curseur.  Bye!

Alors nous sommes 95.  Un groupe presque intime, le nombre parfait pour ce genre de texte.  Bravo de le lire, les amis.es!  Je commençais à m'inquiéter de votre capacité de concentration.... wôôh!  Une seconde! est-ce que vous nous quittez?  Vous "twittez" déjà un hyperlien sur ce texte?  Vous ne l'avez pas lu encore!  Tout à coup que je me mettrais à argumenter des choses vraiment absurdes telle qu'une demande d'amendement constitutionnel pour obliger les auteurs à laisser deux espaces après un point. Oh là!  Attentez un peu, vous nous quittez aussi? 

Vous allez commenter le texte?  Il n'y a encore rien à dire. Je ne suis même pas rendu à présenter les graphiques du sondage!

Aussi bien me hâter.  Alors voici l'histoire:  seulement un très petit nombre de personnes lisent les textes au complet sur l'internet.  Trop de gens passent des commentaires, sur les sites où c'est possible de le faire, en ne se rendant pas compte que le texte disait la même chose un peu plus loin dans son développement. Il y a longtemps que je m'en doutais et pour avoir la preuve j'ai demandé à Josh Schwartz, un analyste de données pour l'entreprise Chartbeat de faire une étude du comportement des lecteurs de Slate.  Schwartz a déjà fait ce genre d'analyse pour d'autres société et elles ont permis d'utiliser leurs données pour aider à mieux comprendre le phénomène.

Les données de Schwartz confirment que les lecteurs ne peuvent rester concentrés très longtemps. Plus j'écris plus vous quittez.  Ce n'est pas seulement pour ce texte ou Slate, il en est ainsi partout sur la cybertoile ou le Web dit-on en anglais.»

Ok, nous sommes rendus à 718 mots dans l'histoire.  La moyenne des médias écrits sur papier est de 550. Sur internet, selon l'objectif du site, ils comptent entre 300 et 1200 mots.  Selon les données recueillies, alors que nous nous rendions jusqu'ici nous avons perdu encore 50 personnes de la centaine qu'il y avait en haut de la page.  La moitié! 

Jetez un coup d'oeil au graphique ci-dessous créé par Schwartz, un histogramme montrant où les gens ont arrêté de faire défiler le curseur dans les articles de Slate.  Chartbeat peut suivre à la trace ces informations parce qu'il analyse le comportement des lecteurs en temps réel à chaque fois qu'un logiciel de navigation est sur une page de Slate.com.  Le logiciel d'analyse enregistre ce que le navigateur fait de seconde en seconde incluant la partie de la page affichée à l'écran.»

Dans le graphique ci-dessus, chacune des barres représente la partie des lecteurs qui se sont rendus à un certain point de l'histoire.  Il y a un pic à 0%, parce que 5% des lecteurs n'ont jamais dépassé ce point. Ceux qui ont vu le point d'entrée et n'ont pas cliqué ne sont pas comptés.
Le 4ième pic avant la fin est particulier car il représente les pages où il y a vidéos et photos. On remarque que dans ces pages le lecteur ne lit pas plus mais il fait défiler le curseur jusqu'à la dernière photo

Traduction de la légende ci-dessus:

Many visitors do not scroll

Plusieurs visiteurs ne se servent pas de la barre de défilement à la droite de l'écran

Most visitors read about 50%

La plupart des visiteurs lisent environ 50% d'un texte

Most visitors see all content on video & photo

La plupart des visiteurs voient les vidéos et les photos

En résumé:  lorsqu'une personne atterrit sur une histoire, elle ne va que très rarement jusqu'à la fin de la page.  Beaucoup de gens ne se rendent pas à la moitié.  Encore plus décourageant, il y une relation entre "twitter" un texte et bouger le curseur à la droite de votre écran.  L'analyse des données de Schwartz démontre que les gens envoient des textes qu'ils n'ont pas lus complètement.  Alors si vous recevez un hyperlien d'un texte d'une personne qui croit qu'il pourrait vous intéresser ne prenez pas pour acquis que cette même personne aurait lu le texte qu'elle partage.

Armée de données, sondages et analyses complexes et scientifiques la preuve est faite.  Nous écrivons pour peu de gens. Pourquoi ne suis-je pas surpris? Pourquoi internet changerait-il le comportement humain?

Ce qu'il faut avouer c'est qu'internet a permis à beaucoup de gens qui n'écrivaient pas de lettres, d'écrire à profusion des courriels qui sont des messages aussi valables que les lettres

Voilà un des principaux bienfait d'internet, démocratiser la plume.  Je n'entrerai pas ici dans la qualité de la langue, c'est un grand sujet en soi.  Mais il faut bien avouer que la comparaison avec les journaux papier d'antan ajoute une valeur certaine à la cybertoile.

Par contre il ne faut pas sombrer dans l'optimisme béat.  Il faut se souvenir que plus de 50% des gens ne peuvent comprendre les différents niveaux de langage, 40% ne peuvent tout simplement comprendre le premier niveau de lecture et 20 % des diplômés universitaires ne peuvent décortiquer les grands enjeux d'un texte. ( 01 )  Ajouter à cela toutes les personnes instruites, mais pauvres qui nous lisent à partir des bibliothèques publiques ou le service est offert gratuitement, elle ne reste pas longtemps à l'écran. Finalement ceux et celles qui n'ont par d'ordinateur par manque de revenus décents. Voilà qui réduit un bassin de lecteur et lectrice potentiel. Donc nous sommes très peu nombreux à lire tout simplement.

Dans les journaux du Québec, il est reconnu que la majorité des gens lisent les titres et la partie explicative sous le titre qui est écrit en gros caractères ou les légendes des photos. Vous conviendrez que ce n'est pas assez pour comprendre de quoi il s'agit vraiment ni les enjeux soulevés dans le texte.

Ceci dit, pourquoi alors ceux qui lisent ne terminent pas le texte sur la cybertoile?

Commençons par rappeler qu'un auteur sur la cybertoile devait prendre le temps de calculer en combien de minutes son texte se lit.  Un texte qui devrait être lu en 10 minutes et dont les statistiques montrent une fréquentation de 30 minutes, nous apprend que le lecteur a dû assouvir un besoin très personnel, que le téléphone a sonné ou qu'il a été dérangée par quelqu'un qui avait un besoin pressant de lui ou elle.  Dans ces cas, il n'est pas évident que la personne reviendra dans un état d'esprit propice à reprendre la lecture du texte.

Le lecteur ou la lectrice ne sent pas qu'elle a l'obligation de lire attentivement un texte. Même s'il parle de guerre, il fait partie du temps qu'elle consacre aux activités de loisirs ou de divertissement.  Car après tout, même si c'est une guerre ignoble, comment intervenir personnellement au Mali lorsqu'on demeure à Amqui en Gaspésie?

Les Américains sondés par la Fondation Pew s’abreuvent à de multiples plateformes et à peine 17 % du lot lisent un journal sur une base quotidienne. En moyenne, l'internaute américain, tous âges et toutes conditions confondus, consacre trois minutes et six secondes à une séance de consommation d'informations dématérialisées. On répète: trois minutes et six secondes, alors que le temps de lecture moyen d'un bon vieux journal papier mesuré en 2008 était d'environ une demi-heure les jours de semaine et d'un peu plus de cinquante minutes en fin de semaine. ( 03 )

Les temps changent, soyons réalistes et acceptons le fait que pas plus ni moins de personnes ne terminent un livre, une vidéo, et que dire du zapping devant la télévision!

Ce sont des gestes qui relèvent tous du même besoin.  Justement le besoin.  Dites-moi en quoi ce texte vous servira dans la vie?  Désolé pour les autres, mais les plus futés diront qu'il leur apprend à mieux connaître leur environnement et leur donne des outils pour mieux faire naviguer leur barque dans le fleuve des interactions nécessaires à l'avancement de leurs intérêts en société. 

Oups! 60 personnes n'ont pas eu à répondre à la question, car elles ont quitté la page. Là, il s'agit du niveau de langage employé dans le texte qui les a fait fuir.

En effet les allégories font le plus mauvais effet, ainsi que les références aux savants. Pire lorsque MétéoPolitique met des petits chiffres qui réfère aux notes et références encyclopédiques en bas de page, alors là c'est vu comme du "scientifisme". On a plus de succès en disant «Mon père disait» que «selon Einstein!» 

D'ailleurs ceux qui veulent mesurer la simplicité de leurs textes peuvent se servir de Scholarius le logiciel d'analyse de texte.  Le texte que vous lisez présentement se classe au niveau secondaire selon le logiciel (90-119). ( 02 )

Alors que restent encore ma conjointe et ma mère pour lire la conclusion de ce texte, j'ose affirmer que les rédacteurs.trices qui s'offusquent de ne pas être lus.es devraient se poser la question suivante:  Dans ma ville, si j'avais les moyens d'aviser la population pour lui dire que je fais une conférence à telle date et en tel lieu, combien de personnes se déplaceraient pour venir m'entendre?

Alors, qu'un texte déposé sur un site de la cybertoile soit lu en totalité ou de façon fragmentaire devrait vous combler de satisfaction.

Quant à vous lecteurs et lectrices, un peu plus de concentration ne nuirait certainement pas à intégrer de nouveaux acquis transversaux!

Source: Le chroniqueur cité Farhad Manjoo est un journaliste spécialisé en technologies de l'information au New York Times et à Slate.com pour Graham Holdings Company et auteur de True Enough.

Choix de photos, mise en page, texte, titrage et traduction de l'anglais par : JosPublic
Publication : 22 juillet 2015

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