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Sûreté du Québec: filature avortée dès l'implication de Jean Charest
Manipulation de reportage télévisuel en campagne électorale?

Eddy Brandone,  ( 01 )

La diffusion du reportage de l'émission Enquête de Radio-Canada, sur l'arrêt de la filature d'Eddy Brandone, a fait beaucoup de bruit, tant dans le milieu politique que journalistique.

Est-ce possible que ce reportage soit la réponse de la Sûreté du Québec à la sortie publique de Me Sylvain Lussier, libéral notoire et procureur en chef de la Commission Charbonneau ?

 

 

 

 

 

Texte par

Les partis politiques, avec en tête le Parti Libéral du Québec, n'ont pas tardé à réagir.

Le premier ministre Jean Charest a vivement nié être intervenu ou même avoir été au courant de la situation. Il a même remis en question l'éthique des journalistes de Radio-Canada.

De leur côté, des partisans libéraux se sont portés à la défense de leur chef. Karl Blackburn, directeur général du PLQ, a qualifié sur Twitter le reportage de “torchon”.

Filature interrompue 1

Reportage d'Alain Gravel de l'émission Enquête de la Télévision de Radio-Canada

Du côté des autres partis politiques, les commentaires se sont fait critiques mais prudents. Pauline Marois a remis aux électeurs le soin d'en juger, en mentionnant toutefois "avoir encore des doutes”, alors que François Legault affirmait trouver l'interruption de la filature “troublante”. De son côté, Amir Khadir a déclaré qu'il “est inadmissible pour quelque raison que ce soit qu’on arrête une filature dans une cause criminelle juste parce que le filou rencontre le premier ministre du Québec.

Les journalistes

Chantal Hébert ( 02 )

En dehors des réactions privées, plusieurs journalistes, principalement des chroniqueurs et des éditorialistes, se sont prononcés sur le fond et la forme de l'émission. En dehors des nombreux appuis à leurs collègues de Radio-Canada, d'autres sont plus durs, par exemple Daniel L'Heureux, qui estime qu' “il fallait dire que rien ne permet d’alléguer que Charest soit intervenu comme plusieurs le penseront. Malaise.” Une opinion que partage l'analyste du magazine L'Actualité.

Filature interrompue 2
Reportage de Marie-Maude Denis de l'émission Enquête de la Télévision de Radio-Canada

La notion d'intérêt public

Parmi les questions les plus débattues, on retrouve celle de l'intérêt public de cette nouvelle. Stéphanie Lalut a interrogé Pierre-Paul Noreau, éditorialiste en chef au journal Le Soleil, afin d'obtenir son avis sur la question. En soi, est-ce que l'interruption de la filature d'un suspect, immédiatement après que ce dernier ait rencontré le premier ministre, est une question d'intérêt public?

«

Je pense que oui. On peut légitimement se demander pourquoi cette filature a-t-elle été arrêtée à ce moment là? Y a-t-il un lien avec la présence du premier ministre?
                                                                                  
 -  Pierre-Paul Noreau

»

Malheureusement la preuve n'est pas faite. Certaines personnes affirment que c'est parce que l'information nécessaire avait déjà été recueillie. C'est peut-être aussi un hasard. On est dans une zone nébuleuse. Le problème, c'est qu'à partir du reportage, on est incapable d'établir un lien clair et net entre l'arrêt de la procédure et une action du premier ministre. Mais plusieurs autres éléments sont intéressants et méritent qu'on s'y attarde. Par exemple que le premier ministre connaisse cet individu sous enquête, proche du Parti libéral depuis longtemps, que M. Brandone avoue lui-même connaître des gens liés à la mafia qui ont été accusés d'activités criminelles. Voilà certainement des aspects à fouiller

Pierre-Paul Noreau ( 03 )

Une question de timing

L'éditorialiste du Soleil est également prudent sur cet aspect. “Diffuser ce reportage sans être capable d'aller plus loin, ça va avoir un effet sur la campagne électorale. Le moment m'apparaît donc délicat. Ça reste cependant absolument la prérogative de Radio-Canada de décider du moment opportun pour diffuser un reportage. Il ne faut pas oublier que ce reportage fait partie d'un tout. Radio-Canada continue à ajouter des pierres à un édifice depuis plusieurs années. Tout ça a commencé avec les enquêtes sur le monde de la construction.” souligne Pierre-Paul Noreau. “Il reste que c'est d'une grande importance d'apprendre qu'il pourrait y avoir une règle non écrite à la Sûreté du Québec de ne pas s'approcher des politiciens pendant une enquête.

Filature interrompue 3
Reportage
d'Alain Gravel et Marie-Maude Denis

Finalement, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a défendu dans son communiqué tant le contenu que le moment choisi par l'équipe d'Enquête pour la diffusion. “C'est précisément parce que le Québec est en campagne électorale que le sujet de cette filature interrompue, sur une connaissance de longue date de M. Charest, est d'intérêt public. Les électeurs sont en droit de connaître ces renseignements pour porter un jugement. Si elle avait choisi de taire ces informations durant la campagne, la SRC aurait bien mal joué son rôle de diffuseur public. D'aucuns auraient pu l'accuser de faire le jeu du gouvernement sortant.

Brian Myles de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ)

D'autres observateurs se questionnaient sur l'impact que ces informations auront en plein campagne électorale.

Marc-François Bernier

Marc-François Bernier, professeur de communications à l'Université d'Ottawa explique sur Facebook que : “la question n'est pas de savoir s'il faut ou non diffuser une enquête en période électorale. On doit la diffuser. La question est de savoir ce que voulait démontrer cette enquête: ingérence politique ou inhibition policière à la SQ ? Dans le premier cas (ingérence), c'est zéro démonstration car absolument rien n'indique que le «suspect» se savait surveillé, encore moins le PM.

Comment intervenir pour faire cesser la filature dans ces circonstances? Dans le second cas (inhibition) on a des sources anonymes qui se contredisent (et spéculent) quant aux raisons de l'interruption de filature. C'est malheureusement un reportage incomplet et fragile et c'est la diffusion d'un tel reportage qui soulève des questions pertinentes sur l'équité et l'intégrité du diffuseur et de ses journalistes, dans ce cas très précis. Cela n'enlève rien à leurs bons coups passés, mais ces bons coups ne doivent pas nous priver de sens critique”.

Pour JosPublic, les analyses ci-dessus sont fort pertinentes. Cependant il y manque : à qui a profité le crime ? Pour employer une expression forte et pertinente à ce qui nous occupe, qui avait intérêt à ce que l'histoire de filature sorte publiquement?

Voici mon hypothèse: le Parti Libéral du Québec voulait ternir la réputation de Jacques Duchesneau, nouveau candidat vedette de la CAQ. L'homme qui a fait la "sale job" pour eux c'est Me Sylvain Lussier, procureur en chef de la Commission Charbonneau. Les policiers qui appuient Duchesneau voulaient faire arrêter le salissage. Alors quoi de mieux que de couler de l'information qui pouvait salir Jean Charest.


Commentaire de JosPublic

Radio-Canada, comme les autres médias est toujours à l'affût d'un bon scoop qui augmente sa cote d'écoute, a joué le jeu dans son propre intérêt. Voilà comment à mon avis ce reportage s'est retrouvé en ondes dans le cadre de la campagne électorale Québec 2012.

Pour faire de la politique il y a des gens qui posent des gestes de tous genres, l'infiltration, la désinformation, la démagogie, le lessivage de réputation et la propagande ne sont que la pointe de l'iceberg des techniques dont se servent les attachés politiques, conseillers en communication et autres organisateurs électoraux.

Je vous invite à porter attention à la chronologie des événements qui entourent le reportage qui est sorti dans les médias et la raison invoquée par Radio-Canada pour le diffuser à ce moment- là.

Le 4 août 2012

Nouveau candidat pour la Coalition Avenir Québec Jacques Duchesneau déclare: c’est en apprenant que le premier ministre s’attribuait une note de 8 sur 10 dans la lutte contre la corruption que l’ex-policier a décidé de faire le saut en politique ( 04 )

Le 5 août, publié le 6 août 2012

Commission Charbonneau: On m'a posé des questions insignifiantes, déclare Jacques Duchesneau

Le 6 août 2012

Denis Lessard du journal La Presse spécialiste des scoops montés de toutes pièces obtient une entrevue avec Me Sylvain Lussier

Me Sylvain Lussier en bon libéral tente de démolir la réputation du candidat et témoin Jacques Duchesneau ( 05 )

Le 7 août 2012

L'équipe de journalistes d'Enquête reçoit de l'information de la part de policiers lui permettant de compléter une enquête déjà commencée

Le 8 août 2012

À 17 heures commence la diffusion des reportages par Radio-Canada ( 3 séquences que vous avez vues ci-dessus)

Le 10 août 2012

Fin de l'histoire: les médias n'en parlent plus. Les partis en présences sont 1 à 1, pas de perdant sauf Jean Charest et sa réputation qui de toute façon est déjà pas mal ternie.

Le 20 août 2012

L'ombudsman de Radio-Canada blanchit de tout blâme les deux journalistes, mais fait des mises en garde aux titreurs de Radio-Canada ( 06 )

Alain Gravel et Marie-Maude Denis de l'émission Enquête de SRC

«

Le 7 août 2012, l'équipe a reçu de l'information inattendue permettant de compléter un reportage déjà bâti mais auquel manquaient des éléments de preuve.                         - Pierre Tourangeau
                                                   Ombudsman pour Radio-Canada

»

Nous avons là le type de coup fourré si souvent observé en politique.

Vous aurez remarqué que depuis, Duchesneau n'est plus attaqué par le Parti Libéral du Québec, Me Lussier ne dit plus un mot. Quant à l'affaire Brandone, il faudra attendre la reprise des travaux de la Commission Charbonneau pour en savoir davantage.

Et voilà comment les policiers enquêteurs qui ne supportent plus d'être trahis par les politiciens.nes ont appuyé l'incorruptible Duchesneau. Sale boulot de part et d'autre mais c'est ainsi que se jouent les rapports de force du pouvoir, ce que l'on nomme dans les salons d'Outremont, faire de la politique "réelle".

Bien sûr que les élucubrations de JosPublic ne sont qu'hypothèses.

 

Sources:
Internet:
Observatoire du journalisme pour Projet J de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Télévision de Radio-Canada pour Société CBC/Radio Canada

Choix de photos, mise en page et références par :
JosPublic
Publication : 22 août 2012

 

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

  Manipulation par le journal La Presse. Les sondages n'ont plus la cote

  L'information en démocratie

Fiche: Communications

Notes & Références encyclopédiques:

01
 

Eddy Brandone a dirigé les finances de la FTQ-Construction. Il est un militant de longue date du PLQ. Cette année encore, il a fait un don de 400$ au parti. À Radio-Canada, Brandone a affirmé avoir rencontré une première fois Jean Charest lors de la course à la direction du Parti conservateur du Canada en 1993. Il militait alors aux côtés de Tony Tomassi, un ancien ministre libéral accusé de fraude. Il a aussi dit être un ami de Johnny Bertolo, un ancien membre de la mafia et trafiquant de drogue assassiné en 2005. Sans être un proche, il a dit connaître Raynald Desjardins, un mafieux accusé de meurtre

 

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02

Blogue de Chantal Hébert  : Au sujet du reportage d’Enquête

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03
 

Pierre-Paul Noreau est directeur de l'Éditorial au Soleil depuis août 2004. Pierre-Paul travaille au Soleil depuis 1977 et est membre de l'équipe de direction depuis l'an 2000. Il y a occupé différentes fonctions, notamment celles de chef de pupitre, de chef des nouvelles et de responsable des pages économiques. Comme journaliste, sa plus longue affectation a été celle de correspondant parlementaire à Ottawa (1986-1993), soit globalement pendant les deux mandats du premier ministre Brian Mulroney. La vie de journaliste, pour lui, pourrait se résumer par l'ouverture, la rencontre, la rigueur et l'honnêteté, dans le souci constant de l'intérêt public.

 

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04
 

Jean Charest ouvre la porte de la CAQ à Duchesneau: C’est en apprenant que le premier ministre s’attribuait une note de 8 sur 10 dans la lutte contre la corruption que l’ex-policier a décidé de faire le saut

 

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05
 

Commission Charbonneau: déclarations de Me Sylvain Lussier. Le procureur en chef descend dans l'arène politique et se discrédite

 

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06
 

Alain Gravel et Marie-Maude Denis blanchis par l'ombudsman de Radio-Canada. Par contre Pierre Tourangeau blâme de laxisme le service des nouvelles pour avoir maintenu des titres de bulletins de nouvelles portant à la confusion. Voir les explications de l'ombudsman

 

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