Retour à :  Plan du site -   Entrée de MétéoPolitique - Société - Communication - Regard

Journalistes agissant en robots remplacés par de vrais robots

De l’écriture au choix des sujets, jusqu’à la mise en scène de l'information, les algorithmes sont capables de produire quasi instantanément du contenu à bas coût.

 

Journaliste remplacé par un robot. Un robot qui remplace un journaliste. Agrégation de nouvelles fait par des robots

La douzaine de journalistes de Yahoo! Québec ont appris leur licenciement en février, par e-mails évidemment. Ce site d’information francophone au Canada, qui attire 1,4 million de lecteurs chaque mois, ne ferme pas, mais sera désormais quasi intégralement automatisé.

« Nous n’avons plus besoin de vos services. (…) Merci pour vos contributions passées et bonne chance pour l’avenir », leur a annoncé la direction. Dorénavant, sur ce site d’information, l’agrégation du contenu, sa hiérarchie sur la page d’accueil et la mise en ligne des articles pourront être faites sans intervention humaine directe. Les rubriques actualités, divertissement, sport et économie seront vidées de leurs effectifs.

Seule l’équipe commerciale n’est pas touchée, il faut bien vendre de la publicité!

« Pour certains sites et journaux gratuits, les journalistes se contentent de réécrire des dépêches d’agence et des communiqués de presse.

Quand leurs patrons découvriront que ces tâches peuvent être accomplies par une machine fiable, infatigable et bon marché, ils n’hésiteront pas une seconde », explique, dans la Revue européenne des médias, le sociologue Francis Chateauraynaud, créateur d’un robot blogueur.

C’est déjà la réalité aux États-Unis, où plusieurs titres de presse chargent des robots de rédiger des articles. Ces intelligences artificielles sont capables de rédiger en temps réel des résultats sportifs ou financiers, et sont même, pour les meilleures, aptes à écrire « à la manière de », en reprenant les expressions favorites et les tournures de phrases des journalistes dont ils s’inspirent.

Journaliste remplacé par robot. Un robot qui remplace un journaliste. Agrégation de nouvelles fait par des robots
 

Il tire plus vite que son ombre

 
 

Ken Schwencke, journaliste était développeur au Los Angeles Times en 2014. Il a été réveillé en sursaut par un tremblement de terre.

Il est sorti du lit et est allé directement à son ordinateur, où l’attendait un court article déjà écrit sur le séisme. Il a jeté un coup d’œil au texte et a cliqué sur le bouton «publier».

Et c’est ainsi que le Los Angeles Times a été le premier média à publier un article sur ce tremblement de terre. «Je pense que nous l’avons eu dans les trois minutes», m’a expliqué Schwencke.

Plus rapide que l'homme

Si cela vous semble plus rapide que ce qu’il est possible de faire humainement, c’est parce que ça l’est. Si l’article a bien été signé de Ken Schwencke, le véritable auteur est un algorithme nommé Quakebot [robot du tremblement de terre] qu’il a développé il y a un peu plus de deux ans.

Quakebot le robot

Dès qu’une alerte est émise par le US Geological Survey (USGS - bureau géologique des Etats-Unis) à propos d’un tremblement de terre qui dépasse un certain seuil, Quakebot est programmé pour extraire les données pertinentes du rapport de l’USGS et les insérer dans un gabarit pré-écrit.

L’article est connecté au système informatique de gestion du contenu du LA Times, où il attend d’être relu et publié par un éditeur humain.

Voici le rapport initial rendu par Quakebot lundi matin:

«Un tremblement de terre peu profond de magnitude 4.7 a été signalé lundi matin à cinq miles (8 km) de Westwood, Californie, selon le bureau géologique des États-Unis. La secousse s’est produite à 6h25 heure du Pacifique à une profondeur de 5,0 miles, selon l’USGS, l’épicentre se trouvait à six miles (9,6 km) de Beverly Hills, Californie, sept miles (11,2 km) de Universal City, Californie, sept miles de Santa Monica, Californie et 348 miles (560 km) de Scramento, Californie. Ces dix derniers jours, il n’y a pas eu de tremblement de terre de magnitude 3,0 ou supérieure à proximité.

Cette information est fournie par le service d’annonce des tremblements de terre de l’USGS et ce billet a été créé par un algorithme écrit par l’auteur.

Informations basiques, mais rapides

Pas vraiment de quoi obtenir le prix Pulitzer «mais bon, c’est le cas de tous les premiers articles qui relatent un tremblement de terre. L’objectif de l’algorithme, explique Schwencke, n’est pas d’écrire un article captivant et perspicace.»

L'homme va plus loin dans le contenu

Ça, c’est le rôle de l’équipe humaine du LA Times. Il s’agit plutôt «d’obtenir les informations de base» aussi rapidement et précisément que possible. De cette manière, «tout le monde peut sortir et vérifier: est-ce que quelqu’un a été blessé? Y a-t-il des dommages matériels? Qu’ont à dire les responsables de l’USGS?».

Et c’est justement ce que les reporters du journal ont fait. Schwencke raconte qu’à midi ce même lundi, l’article original de Quakebot avait été mis à jour 71 fois par des auteurs et éditeurs humains, transformant l’amorce ci-dessus en un article de fond en une.

Quakebot n’est pas le premier robot de ce type au LA Times

Schwencke et ses collègues de l’équipe data ont créé des robots similaires qui génèrent des rapports automatiques d’homicide dans une rubrique spécialisée du journal. A nouveau, c’est aux humains de décider ce qui mérite un reportage par la suite.

Journaliste remplacé par robot. Un robot qui remplace un journaliste. Agrégation de nouvelles fait par des robots
 

Une tendance

 
 

En matière de productivité, l’investissement est rentable.

Une agence de presse américaine propose des articles rédigés par des robots à la pige: 500 mots (3 000 signes) pondus instantanément pour 10 dollars.

Plus de dix fois moins cher qu’un journaliste.

Évidemment, ces robots ne traitent que des informations officielles dont on les nourrit, et sont bien incapables de remettre en perspective leurs données ou d’émettre des réserves.

À échelle plus industrielle, l’agence de presse américaine AP a automatisé sa rubrique économique: 4 400 brèves économiques et financières sont depuis publiées chaque mois par des robots, contre 300 auparavant.

Les quelques « journalistes » restants ne servent qu’à vérifier que les robots ne se trompent pas. Une étape supplémentaire est franchie lorsque ce sont Google et, dans une moindre mesure, Twitter qui déterminent les sujets à traiter, plutôt qu’un rédacteur en chef.

Au sein de plusieurs sites d’information en ligne, y compris français, les journalistes, quand ils ne sont pas déjà automatisés, doivent écrire le plus vite possible, ou agréger du contenu, sur les « sujets chauds du moment », c’est-à-dire ce que les gens sont en train de taper dans les moteurs de recherche.

Source: LA Times pour Tribune Publishing compagny; L'Humanité pour le Parti Communiste français PCF;

Choix de photos, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 10 avril 2015

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet: