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Le journaliste a l'international
François Bugingo a menti
Il réplique

Le journaliste François Bugingo a inventé de toutes pièces plusieurs reportages internationaux. Lesquels sont vrais, lesquels sont faux? Depuis quelques temps son opinion prenait de plus en plus de place et appuyait presque toujours un côté de la médaille. Était-il à la solde d'un des protagonistes internationaux? Est-ce un mythomane ou tout simplement mentait-il pour mousser sa carrière? C'est le 23 mai 2015 que le journal La Presse a sorti en exclusivité cette nouvelle.                                            - JosPublic

Réaction de François Bugingo sur FaceBook
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Chers lectrices (eurs), auditrices (eurs), téléspectatrices (eurs) et amis partout sur la planète, comme vous, j’ai vu et lu cet article dégradant qui m’est consacré dans un quotidien montréalais. Je suis sidéré par cette attaque, et je suis désolé que mes employeurs actuels y soient mêlés malgré eux. Depuis deux ans que vous me suivez quotidiennement à la radio, à la télé, dans le journal et sur les plateformes numériques, vous savez bien que l’information que je vous partage est toujours vérifiée, solide et respectueuse de votre attention. Je vous remercie de cette confiance que vous me témoignez et tous les mots de soutien que vous m’adressez depuis la parution de l’article ce matin. Je défendrai mon intégrité en temps et lieux, ainsi qu’aux instances concernées. Merci.

Le journaliste François Bugingo se retire de la vie publique

Société Radio-Canada et La Presse Canadienne 24 mai 2015 Mise à jour le dimanche à 23 h 28 HAE

Le journaliste François Bugingo, dont la crédibilité a été mise en cause dans une enquête du quotidien La Presse, annonce qu'il se retire momentanément de l'espace public.

Dans un communiqué publié dimanche soir le 24 mai 2015, par l'entremise de son avocate, M. Bugingo affirme qu'il prendra le temps nécessaire pour répondre aux allégations.

Il indique avoir décidé de se retirer de la vie publique temporairement pour préserver la « sérénité » de sa famille et de ses proches, et pour lui permettre de répondre aux allégations « avec le même professionnalisme » dont il dit avoir toujours fait preuve.

 
 

Bugingo s'explique

 

Voici le contenu intégral du message qu'il a publié sur sa page Facebook, vendredi le 29 mai 2015, en soirée.

Il y a une semaine, ma carrière a sombré dans la noirceur lorsqu’un article à charge dans un quotidien montréalais en a fait un portrait d’imposture. Depuis, j’ai fait les frais d’un véritable lynchage médiatique d’une violence inouïe. J’ai attendu une fenêtre d’apaisement avant de faire entendre ma voix. Ce que je fais maintenant, sur une tribune neutre, seul face à ma vérité et ma conscience.

(Par souci de transparence, je dois préciser que cette conversation a été proposée à deux animateurs chez mes anciens employeurs qui ont, très honorablement, voulu ne pas être juge et partie. Je comprends leur position et je la respecte) Je mène depuis 23 ans une vie d’explorateur curieux du monde. Je me suis promené comme journaliste, défenseur des droits de l’homme, producteur télé, consultant, formateur, commentateur politique, évaluateur, conseiller et même, à certaines occasions, simple ami de gens dans des pays en détresse. 23 ans que je revendique un parcours atypique, porté par la même passion, la même curiosité envers l’autre. Cette vie dont je suis fier et qui doit aujourd’hui être expurgée de ces erreurs dont certains veulent se servir pour effacer tout le reste.

Car oui, erreurs de jugement,  il y a eu. Expliquées par une obsession de capter l’intérêt du public québécois à des sujets qui lui paraissent très souvent lointains. J’ai romancé une histoire vue sur internet de l’exécution d’un ex-bourreau à Misrata pour rendre plus prenante une chronique. Je me suis approprié une histoire apprise sur Sarajevo que je trouvais bien révélatrice de l’ambiguïté de la guerre. J’ai prétendu une mission européenne en Égypte plutôt qu’admettre simplement avoir écourté mon séjour au Caire après avoir réalisé que mon offre de pigiste ne serait pas sollicitée par une quelconque rédaction: pêché d’orgueil. Ce sont des entorses au code du métier qui ne m’honorent pas. Je les regrette profondément. Je m’en excuse sincèrement auprès des collègues, du public et de mes amis.  J’accepte la réprobation de la profession face aux gestes que j’admets, j’en tire les conséquences et je m’engage à rendre à la FPJQ la carte de presse qui m’avait été accordée.

J’ai été sidéré et bouleversé par le biais d’attaque choisi par l’auteure de l’article incriminant. Il a autorisé plusieurs à me condamner sur le champ.  J’ai, un temps, envisagé de répondre ligne par ligne, exhiber quelques passeports confirmant (visas à l’appui) plusieurs des voyages effectués. J’ai voulu rappeler des missions effectuées au Pakistan, Afghanistan, Haïti ou ailleurs pour prouver que je n’étais pas le personnage de cocktails qu’a présenté un ancien responsable de RSF, etc. Mais à quoi bon ?   Aucune réponse n’aurait été trouvée satisfaisante et suffisante. La journaliste affirme même retenir encore quatre ou cinq dossiers discutables. À la limite, ce sont des dizaines et dizaines de mes voyages que j’ai effectués sans caméra, à l’époque où le selfie n’existait pas, qui pourraient être questionnés.    La perte de confiance a été solidement installée. Mon nom a été souillé sur toutes les plateformes. Personne ne s’embarrasse plus de précautions. Comme toujours, on assassine à la une, et on nuance le propos ou on réhabilite dans les pages intérieures les jours suivants.  Je n’ai pas envie d’infliger aux miens et à mes amis d’autres journées de polémiques, doutes et lancées de boue au visage.

Le temps et la sérénité du débat n’étant pas réunis pour permettre à des témoins de se porter à ma défense, il m’est apparu vain de les convoquer. Imaginez : même ceux qui m’ont accompagné sur des terrains moins polémiques, avec des preuves visuelles, n’osent pas prendre la parole pour invalider cette image d’un personnage à la vie entièrement inventée que certains médias font de moi. Mon nom est devenu tellement toxique que se porter à sa défense s’apparenterait à se placer bras nus face à une meute lancée à grande vitesse. Rares sont ceux qui ont osé ce soutien. Le professionnel bafoué s’en désole ; l’humain que je suis comprend la crainte que suscite un tel acte de courage. Plusieurs m’ont écrit en privé pour reconnaître tout le travail accompli au fil des ans ; j’aurais aimé qu’ils le disent publiquement. Plusieurs journalistes m’ont joint, dans le passé, dans des hôtels aux quatre coins de la planète; leur témoignage aurait peut-être nuancé l’image faite de moi. Nombreux collègues (incluant l’auteure de l’article qui m’a fusillé) ont eu recours à mes contacts partout dans le monde ; ça aurait été utile de les entendre réfuter au moins la caricature faite de moi. Un jour, j’en suis convaincu, ils prendront la parole et rétabliront la vérité.

Puis, la mise en lumière de quelques éléments erronés contenus dans l’article de samedi dernier aurait requis que je piétine un autre principe sacré de la profession : la protection des sources. Permettez que j’honore ce devoir de mon métier. D’autant plus que le dévoilement de certains d’entre eux les placerait en situation de danger de vie. Je préfère encore subir le scepticisme et les injures du public, plutôt que porter la culpabilité d’avoir risqué la sécurité de ceux qui m’ont fait confiance. J’assume et je revendique donc aujourd’hui la part d’ombre qui entoure mon parcours. Elle est inhérente au statut de pigiste que j’ai choisi, aux multiples casquettes que j’ai portées et au désir de présence sur le terrain qui m’a animé.

Certaines âmes charitables ont pensé lire dans la charge médiatique qui m’a été servie une cabale de nature raciste ou alors une illustration d’une guerre entre deux groupes de presse. Il n’est pas question que je cautionne cette lecture. Les manquements sont miens. Les responsabilités sont entièrement miennes. En aucun temps mes collaborateurs y ont participé. Et la punition qui m’est infligée publiquement ne devrait surtout rejaillir ni sur eux, ni sur mes employeurs.

Je devais cette longue mise au point à ma famille et mes amis à qui je ne veux pas imposer une autre semaine de pression médiatique. Je le devais aussi à tout le public qui a été ébranlé par cette affaire (autant ceux qui m’ont accablé que ceux qui se sont gardés de me condamner) et qui a droit d’exiger une réponse de ma part. Je le devais enfin à une profession et à des collègues aujourd’hui injustement atteints par ricochet.

Je vais prendre un long recul pour réfléchir à mon futur. J’ai exercé la profession de travailleur de l’information avec passion, enthousiasme, générosité et ouverture. L’opprobre public qui m’est servi est, je l’espère, preuve de l’affection qui m’avait été accordée et non uniquement d’un plaisir machiavélique de lynchage.

Quel que soit mon avenir professionnel, je ne perdrai pas ce bonheur de connaissance de l’autre et du monde.

Qu’importe le chapeau que je porterai demain, je ne vous dis pas adieu, mais bien au revoir.

- François Bugingo

 

François Bugingo: des reportages inventés de toutes pièces

 
 

François Bugingo a décrit une exécution dont il aurait été témoin après la prise de Misrata par les rebelles libyens. Mais en vérité, il n'a jamais mis les pieds dans cette ville.

C'est «l'un des moments les plus douloureux» que François Bugingo ait «jamais vécu dans [sa] carrière de journaliste et de témoin de toutes les guerres qui ont endeuillé le monde dans les 20 dernières années».

À Misrata, en Libye, «l'un des tortionnaires les plus zélés du régime du dictateur Kadhafi » est sur le point d'être exécuté par des miliciens triomphants. L'homme, menotté, dégage une odeur fétide : sans doute s'est-il fait dessus. Son visage est boursouflé des coups qu'il a reçus. Alors que des combattants surexcités l'entraînent vers son lieu d'exécution, il se tourne vers François Bugingo et lui crie : «I hate the bad man the Guide made of me».

Cette histoire a été relatée par François Bugingo lui-même dans son blogue, hébergé sur le site internet du Journal de Montréal, le 11 février 2014. Une scène d'une grande violence, sûrement douloureuse pour tout journaliste qui aurait eu le malheur d'y être confronté.

Le problème, c'est que qu'il n'y était pas!

François Bugingo n'a jamais mis les pieds à Misrata. Il n'a jamais vu un tortionnaire du régime Kadhafi sur le point de se faire exécuter par des milices rebelles en Libye.

Il n'a pas davantage trinqué avec les tireurs d'élite serbes de Sarajevo en 1993;

Il n'a pas négocié la libération d'un journaliste otage avec des terroristes d'Al-Qaïda en Mauritanie en septembre 2011;

Il n'était pas représentant de la Commission européenne auprès du ministre égyptien de l'Intérieur au Caire, en février 2011;

Il n'était pas à Mogadiscio, en Somalie, le 4 août 2011.

François Bugingo a pourtant publiquement prétendu tout cela, au cours des dernières années, aux micros de différents médias - y compris ceux de La Presse, de Radio-Canada, de TVA, de Télé-Québec, du Devoir, du 98,5fm et du Journal de Montréal. Le reporter dispose d'une large tribune au Québec. Notre enquête démontre toutefois que ses faits d'armes journalistiques sont parfois très romancés, quand ils ne sont pas carrément faux.

Dans le cas de Misrata, François Bugingo a lui-même nié s'y être rendu, au cours d'une longue entrevue avec La Presse, le 15 mai 2015 : «Non, je ne suis pas allé à Misrata », a-t-il dit. Lorsque nous avons évoqué la «douloureuse» scène du tortionnaire bientôt mis à mort par les milices de la ville, le journaliste a continué à nier: «Non, non, non. J'ai dû le lire quelque part.»

François Bugingo a affirmé à l'émission "Deux filles le matin" à la télévision de TVA avoir discuté avec un tireur embusqué lors de la guerre de Bosnie en 1993. Il affirme aujourd'hui s'être rendu à Sarajevo deux ans plus tard.

La fable de Sarajevo

De passage à l'émission Deux filles le matin à TVA, le 14 octobre 2015, François Bugingo a évoqué le siège de Sarajevo lorsque l'animatrice lui a demandé de parler d'un «moment marquant, une rencontre qui a changé [sa] vision de la vie».

«Je dirais, en 93, dans la guerre de Bosnie, a-t-il répondu. Je me rappellerai toujours, à Sarajevo, cet homme-là qui, tout l'après-midi, avait passé le temps à tirer, à tirer, à tirer. Et puis le soir, il a sorti une bouteille de slivovitz (alcool slave) et il s'est mis à jouer de la guitare, et je me suis rendu compte que c'était un artiste exceptionnel.»

Interrogé à ce sujet, François Bugingo a précisé qu'il s'était plutôt rendu à Sarajevo en 1995 avec les journalistes français Thierry Cruvellier et Patrick Muller, afin d'y mettre en place une publication, l'International Justice Tribune (IJT). «Je suis allé là pour eux, avec eux.»

Contactés par La Presse, Patrick Muller et Thierry Cruvellier ont tous deux déclaré qu'ils ne s'étaient jamais rendus à Sarajevo avec François Bugingo. En fait, M. Cruvellier a fondé l'IJT en 2004 et s'est rendu pour la première fois en Bosnie en 2005. M. Muller est bien allé à Sarajevo dans le cadre d'un projet média en 1995, mais pas avec François Bugingo.

Des reportages inexistants

François Bugingo, 41 ans, prétend avoir visité 152 pays et couvert la majorité des grands conflits qui ont ravagé la planète au cours des deux dernières décennies, notamment en Irak, en Afghanistan, au Liberia, au Rwanda, en Algérie, au Sierra Leone, en Colombie, au Liban, en Bosnie, au Sri Lanka. Mais les reportages émanant de cette impressionnante couverture sont rares, et souvent même inexistants.

C'est le cas de la guerre en Irak, en 2003. En entrevue, François Bugingo a juré qu'il y était bel et bien, mais que le magazine L'actualité n'était pas intéressé par l'achat de son reportage. À L'Actualité, on n'a pas pu confirmer, puisqu'on n'a pas souvenir de cette proposition de pige.

Dans le numéro juillet-août 2008 du magazine Réussir ici, François Bugingo raconte qu'avant son arrivée au Québec, en 1997, il était pigiste à RFI, à l'Agence France-Presse (AFP) et à l'Agence panafricaine de presse (PANAPRESS). Aujourd'hui, il nie avoir été pigiste pour ces trois agences.

François Bugingo a souvent répété être « devenu un homme » lorsqu'il s'est rendu au Rwanda, à 20 ans, pour couvrir le génocide du printemps 1994. Ses reportages sont introuvables. Il dit en avoir écrit - sans les signer - pour un défunt hebdomadaire burundais, en plus d'alimenter le journaliste français Jean Hélène, de Radio France Internationale (RFI).

Jean Hélène est mort en 2003.

François Bugingo soutient avoir écrit des « résumés » que Jean Hélène intégrait à ses reportages sur le génocide. « Je fournissais pas mal Jean Hélène, pour ce qu'il faisait lui, au groupe RFI dans son ensemble. »

«Jean ne nous a jamais demandé de rémunérer l'un de ses informateurs», s'étonne Christophe Boisbouvier, reporter vétéran de l'Afrique à RFI. «Le nom de M. Bugingo ne dit rien aux anciens comme moi, qui travaillais déjà à RFI en 1994. Ce nom n'apparaît à aucun endroit dans nos archives écrites et sonores. Nous avons même fait la recherche dans les deux volumes de retranscription des archives rwandaises de RFI. Il n'y a aucune trace de M. Bugingo.»

En tant que vice-président international de Reporters sans frontières (RSF), François Bugingo a souvent affirmé avoir mené des missions secrètes ou des opérations sensibles pour négocier la libération de journalistes otages à travers le monde - ce que nient catégoriquement quatre dirigeants de Reporter sans frontière RSF, anciens et actuels, que nous avons contactés en France.

«Il n'a jamais eu de mandat pour négocier avec des preneurs d'otages, des terroristes, tranche Hervé Deguine, ancien secrétaire général adjoint de RSF. Tout cela, c'est du matériau pour un bon roman de kiosque de gare.»

Deux Espagnols et une Italienne sont enlevés par Al-Qaïda en octobre 2011 en Algérie, puis libérés plus tard au Mali. Contrairement à ce qu'il a soutenu en 2010, François Bugingo n'a jamais négocié avec des terroristes la libération d'un otage en Mauritanie.

L'OTAGE QUI N'EXISTE PAS

27 septembre 2010. François Bugingo est en Mauritanie pour négocier la libération d'un journaliste, pris en otage par le groupe Al-Qaïda. La rencontre est tendue. À un certain moment, des avions survolent le lieu de rendez-vous. «Si les avions tirent, nous vous tuons tous», lance alors le terroriste.

Ce jour-là, François Bugingo dit avoir eu la peur de sa vie. «J'ai un gamin de 6 ans, je me suis dit qu'il était temps que j'arrête», a-t-il raconté à La Presse, le 10 mars 2011. C'est ainsi qu'il a expliqué sa décision de quitter la vice-présidence de Reporters sans frontières (RSF), ainsi que la présidence de la section canadienne de l'organisme, qu'il avait lui-même fondée.

Vérifications faites, RSF n'a jamais donné à François Bugingo le mandat de négocier la libération d'un otage en Mauritanie ; en fait, RSF n'a jamais négocié avec des ravisseurs, et surtout pas avec des terroristes ; de toute façon, il n'y avait aucun journaliste détenu par Al-Qaïda en Mauritanie en septembre 2010.

François Bugingo a plutôt démissionné de Reporter sans frontières RSF le 24 septembre 2010. À l'époque, la section canadienne était en sérieuses difficultés financières. Selon une source, Paris avait refusé d'avancer les 30 000 $ demandés par François Bugingo pour relancer cette section, au bord du gouffre. Depuis, cette entité - qui était entièrement indépendante de Paris - a disparu.

François Bugingo affirme aujourd'hui qu'il n'a pas négocié la libération d'un journaliste otage en Mauritanie. Mais il soutient toujours s'être rendu dans ce pays pour y rencontrer «des gens d'Al-Qaïda».

Dans quel but? Le journaliste refuse d'en dire plus, sous prétexte qu'il est en train d'écrire un livre sur sa vie. «Ça, tu le comprendras dans le bouquin. Ce que je faisais en Mauritanie, et comment je me suis retrouvé autour de cette table.»

Il maintient ne pas avoir été mandaté par RSF. «Je suis allé en Mauritanie pour une autre boîte. J'étais invité par une chancellerie occidentale.» Il dit avoir quitté RSF simplement parce qu'il avait «fait le tour du jardin».

Le 27 septembre 2010, François Bugingo a pourtant écrit

Facebook : «J'avoue avoir eu peur du syndrome de la dernière mission qui finit mal. De retour à mon hôtel. Hâte que tout cela finisse. Que cesse la peur.»

Un an plus tôt, le 11 mai 2009, le journaliste a écrit sur Facebook qu'il était «catastrophé par le cambriolage de Reporters sans frontières Canada. Certaines de nos missions secrètes seront-elles mises en danger? Du boulot en perspective...».

Des missions secrètes? François Bugingo dit maintenant ne pas en avoir mené. «Je n'ai jamais été dans le secret. » Il admet par ailleurs n'avoir jamais négocié la libération d'un otage avec un ravisseur pour le compte de RSF. « Ce n'est pas notre mandat.»

Le 30 octobre 2013, dans son blogue du Journal de Montréal, il écrivait pourtant avoir été «nombre de fois au coeur de différentes négociations pour la libération de captifs».

Hervé Deguine, ex-secrétaire général adjoint de Reporter sans frontières

Hervé Deguine, ex-secrétaire général adjoint de RSF, affirme que la contribution de François Bugingo au sein de l'organisme a été plutôt modeste. «C'est quelqu'un de très sympathique, qui communique bien et qui se présente bien. Pour être président d'une association et faire des cocktails, c'est très bien. Mais s'il faut faire des missions qui demandent de la rigueur, du sérieux, un travail approfondi et de la discrétion, ce n'est pas le bon personnage.»

La vice-présidence de RSF International, qu'a occupée François Bugingo pendant des années, est essentiellement honorifique, précise Hervé Deguine. « C'est deux réunions par an autour d'une table d'un salon bien chauffé à Paris où on discute de grandes idées, mais ce n'est pas du tout un organe qui mène des opérations », contrairement au secrétariat général de l'organisme.

Le fondateur de Reporter sans frontières, Robert Ménard, est plus indulgent envers François Bugingo. «Quand je lui ai demandé de faire des choses pour RSF, il les a toujours bien faites», dit M. Ménard, tout en admettant que son ami présentait «une vision romanesque des choses».

Dans une série d'entrevues, François Bugingo raconte que les miliciens shebab auraient attaqué le convoi dans lequel il se trouvait «ne quinzaine de fois» entre l'aéroport et le palais présidentiel à Mogadiscio, en Somalie. Une telle attaque n'a jamais existé, assure un journaliste somalien.

Début août 2011, François Bugingo dit avoir accompagné un convoi des forces africaines en Somalie (AMISOM) à Mogadiscio. Une partie de la capitale était alors occupée par les milices islamistes Shebab.

SOMALIE:  L'AFFIRMATION

François Bugingo a écrit un texte d'opinion, publié dans Le Devoir, le 3 août 2011, et intitulé «La nuit est triste à Mogadiscio».

Après la parution de ce texte, le journaliste a accordé plusieurs interviews - trois à la radio de Radio-Canada, deux à RDI et une à la radio 98,5fm - dans lesquelles il a témoigné de sa dure expérience. Entre l'aéroport et le palais présidentiel, le convoi dans lequel il prenait place a été attaqué « une quinzaine de fois» par les Shebab ; le président était «terré, assiégé» dans son palais; l'AMISOM ne sécurisait plus qu'une «infime partie» de la capitale.

Débarqué le 1er août 2011 à Mogadiscio, François Bugingo y serait resté deux jours : dans des entrevues accordées à Radio-Canada, le 3 août 2011, il affirme avoir déjà quitté la Somalie et être à Bujumbura, au Burundi.

Or, dans une interview accordée le 4 août au 98,5fm, François Bugingo prétend être toujours à Mogadiscio. Au cours de l'entrevue, il affirme clairement être sur place. Quand l'animateur Benoît Dutrizac lui demande comment il assure sa sécurité, il répond : « Je suis avec ces militaires des forces africaines. [...] Le tout est d'être extrêmement prudent et de réduire le plus possible nos mouvements. »

Cette interview n'a pas été préenregistrée, puisque Benoît Dutrizac évoque le texte du Devoir. « Ça se peut que j'aie fait de l'esbroufe avec Benoît. Que je dise que je suis encore là, mais non », admet François Bugingo.

Pourquoi cette visite éclair en Somalie ? Les motifs du reporter varient d'une interview à l'autre.

À Radio-Canada, le 3 août 2011, François Bugingo dit être allé à Mogadiscio « comme journaliste », pour témoigner de la tragédie somalienne au moment où les Shebab bloquaient le pays aux reporters occidentaux. « Il est extrêmement difficile de s'y rendre mais c'est essentiel, c'est crucial. » Une semaine plus tard, toujours à Radio-Canada, il affirme au contraire qu'il était en « mission d'observation », qui ne l'« autorisait pas à parler publiquement aux médias ».

Aujourd'hui, François Bugingo parle d'une « opportunité exceptionnelle » offerte par un militaire qui l'aurait invité à voyager, tous frais payés, avec l'AMISOM. Il refuse de révéler l'identité de ce militaire.

Par ailleurs, les multiples attaques décrites par François Bugingo ne semblent pas refléter la réalité, à l'époque, sur le terrain.

Correspondant de l'AFP, le journaliste somalien Mustafa Haji Abdjinur est catégorique : «Il n'est jamais arrivé qu'un convoi soit attaqué à 15 reprises à Mogadiscio. Ni sur la route Al-Mukarama, qui relie l'aéroport au palais présidentiel, ni sur n'importe quelle autre route», tranche-t-il.

À l'été 2011, la route Maka Al-Mukarama était sécurisée par l'AMISOM et les soldats somaliens. En outre, elle ne se trouvait pas en zone contrôlée par les Shebab.

 

DANEMARK

Toke
Agerschou

Dans son blogue au Journal de Montréal, le 19 février 2015, François Bugingo affirme avoir fait une interview téléphonique avec Toke Agerschou, responsable d'un «programme très spécial anti-radicalisation» de la ville d'Aarhus, au Danemark. Ce programme vise à réintégrer à la société de jeunes djihadistes danois de retour de Syrie.

François Bugingo raconte que son interlocuteur a semblé agacé lorsqu'il a laissé entendre que le programme faisait la part belle aux djihadistes. Toke Argeschou a répondu sèchement, avant de mettre un terme à la conversation. ( 01 )

Toke Agerschou ne se souvient ni de cette interview ni de François Bugingo. En outre, il ne parle pas français, et n'accorde que très peu d'entrevues en anglais, une langue qu'il maîtrise mal. En règle générale, il demande aux reporters étrangers qui le sollicitent d'embaucher un interprète, comme il l'a fait avec une journaliste de La Presse en novembre 2014.

«J'ai coordonné toutes les requêtes médiatiques, avec un collègue, et aucun de nous ne peut se rappeler avoir eu le moindre contact avec François Bugingo», souligne Henning Mols, attaché de presse de Toke Agerschou.

Égypte

Événements de la place Tahrir

La journaliste de France 24 Sonia Dridi, agressée au Caire, en 2011

Printemps arabe, 10 février 2011. François Bugingo fait une intervention au micro de Benoît Dutrizac, au 98,5fm, au cours de laquelle il affirme revenir d'une «mission» en Égypte. «J'ai rencontré le ministre de l'Intérieur, j'ai rencontré différents responsables de la police», raconte-t-il. «J'étais plutôt du côté du pouvoir, pour différentes négociations
[...].
»

En ondes, le journaliste prétend que c'est la Commission européenne qui l'a délégué au Caire ; son mandat consistait à faire le bilan des agressions perpétrées contre les journalistes affectés à la couverture des manifestations de la place Tahrir.

François Bugingo devait tenter d'obtenir «un engagement, de la part des autorités égyptiennes», que ces agressions ne se reproduisent pas.

Un mois plus tard, François Bugingo dit à La Presse s'être rendu en Égypte à titre de représentant de la Commission européenne auprès du ministre de l'Intérieur. «J'étais là pour m'assurer de la libre circulation de l'information», soutient-il dans un article, publié le 10 mars 2015.

Aujourd'hui, François Bugingo revient sur ce qu'il a raconté au 98,5fm et à La Presse : il n'a pas été mandaté par la Commission européenne pour accomplir une mission au Caire. Pas plus qu'il n'a rencontré le ministre égyptien de l'Intérieur. «Non, jamais. Jamais.»

François Bugingo affirme plutôt s'être rendu en Égypte pour lui-même, à ses propres frais. Ce n'est qu'une fois sur place qu'il aurait réalisé ne pas avoir les moyens de rester; il serait donc reparti à Montréal après deux jours. «Il aurait fallu que des boîtes me prennent. Or, la plupart des boîtes québécoises avaient déjà envoyé leurs propres correspondants là-bas.»

Avant de quitter l'Égypte, François Bugingo dit toutefois avoir eu le temps de se greffer à une délégation de la Commission européenne, pour laquelle le gouvernement avait préparé une courte visite à l'extérieur du Caire. Le but de cette visite organisée, dit-il, était de prouver que les manifestants de la place Tahrir n'étaient pas représentatifs du reste du pays.

Au micro du 98,5fm, le 10 février 2011, François Bugingo a prévenu que les manifestants «se trompent très fortement s'ils s'imaginent que tout cela peut partir en un claquement de doigts. Ça ne change pas aussi facilement».

Le lendemain, Hosni Moubarak était chassé du pouvoir.

LA CÔTE D'IVOIRE
Formation de journalistes pour l'Institut Panos


Pauline Bend, directrice des programmes de l'institut (photo à droite)

Dans La Presse, François Bugingo prétend s'envoler pour Abidjan, le 8 mars 2011, pour aller former des journalistes ivoiriens dans le cadre des activités de l'Institut Panos.

Dans une récente entrevue, le journaliste a réitéré cette affirmation.

«Non, il n'a pas travaillé pour nous, écrit Pauline Bend, directrice des programmes de l'Institut Panos - Afrique de l'Ouest.

Nous avons effectivement mené différents projets en Côte d'Ivoire. Toutefois, sur la période de temps donnée, c'est-à-dire mars 2011, nous n'avions aucun projet/activité en cours dans le pays. Il est donc difficile que cette personne ait effectué une formation pour nous, à la date spécifiée. Sur les autres périodes passées (avant 2011) ou récentes (2013-2015), je ne trouve rien non plus.»

Les geôliers d'un des fils du défunt dictateur Mouammar Kadhafi estiment que le journaliste québécois François Bugingo a menti en écrivant l'avoir interviewé dans sa prison en Libye.

Dans une chronique publiée dans Le Journal de Montréal, le 17 février dernier, François Bugingo a écrit: «Rencontré il y a quelques mois à la prison de Zintan (nord-ouest de la Libye) où il est incarcéré, Saïf al-Islam, le second fils de Kadhafi, m'avait lancé presque sans arrogance: "Vous verrez, ils auront tous fait bientôt de regretter mon père. Vous regretterez Kadhafi..."»

François Bugingo a précisé par la suite avoir fait cette interview non pas quelques mois plus tôt, mais en juillet 2012.

«Aucun journaliste occidental n'a rencontré officiellement Saïf al-Islam à Zintan en 2012. À moins que ce monsieur ait des liens très forts avec l'un des gardes pour avoir eu accès secrètement au prisonnier, ce que je ne crois pas, il ment à propos d'une interview réalisée en juillet 2012», nous a déclaré l'un des leaders militaires de Zintan, Jilani al-Dahesh, après avoir consulté plusieurs autres responsables militaires de la ville.

Depuis sa capture en 2011, Saïf al-Islam est détenu dans un lieu secret de Zintan. Contrairement à ce qu'a écrit François Bugingo, il n'est pas en prison; par mesure de sécurité, ses geôliers le déplacent régulièrement d'une maison privée à l'autre. De plus, aucun média étranger n'a réussi à obtenir une interview avec lui. Seule la chaîne libyenne Alassema a diffusé un très court extrait télévisé de sa rencontre avec Saïf al-Islam, en novembre 2013.

LIBYE

Saïf al-Islam Khadafi (photo)

En entrevue avec La Presse, le 15 mai 1015, François Bugingo a refusé de dévoiler comment il aurait pu rencontrer le fils Kadhafi. Il a dit avoir été introduit par une personne «qui avait une relation privilégiée avec le chef de la katiba (unité combattante) de Zintan, c'est quelqu'un qui est d'une grande importance là-bas».

Le journaliste a ajouté qu'il n'avait pas pensé avoir «matière à faire un gros reportage. Si j'avais su, j'aurais peut-être négocié d'amener un caméraman, j'aurais peut-être négocié d'avoir un scoop».

Selon lui, l'interview a duré une vingtaine de minutes. «Ce n'était pas une entrevue entièrement libre parce que, un, il était en prison, deux, je ne parle pas une goutte d'arabe, donc je devais passer par le responsable de la traduction, qui me traduisait dans un anglais assez hachuré», a-t-il affirmé.

La Presse a rencontré Saïf al-Islam à deux reprises, avant la chute du régime de son père, d'abord à Tripoli, puis à Montréal. Nous n'avons pas eu besoin de traducteur; l'anglais de Saïf al-Islam, ancien étudiant à la London School of Economics, était excellent.

 

Une large tribune
par Isabelle Hachey

 
 

François Bugingo est une figure médiatique très présente au Québec. Il collabore au bulletin télévisé du TVA 22h, tient une chronique quotidienne sur les affaires internationales à la radio 98,5fm, en plus d'alimenter un blogue et une chronique au Journal de Montréal.

Dans le passé, il a travaillé pour de nombreux autres médias. Il a notamment été animateur de Points chauds, à Télé-Québec, et de la Course évasion autour du monde, au Canal Évasion. En 2010, il a réalisé un documentaire sur le Rwanda, diffusé à Radio-Canada. Par ailleurs, il a animé plusieurs conférences, entre autres au Musée de la civilisation de Québec.

Ses employeurs actuels, au 98,5fm, à TVA et au Journal de Montréal, ont refusé de commenter l'enquête de La Presse, le 24 mai 2015.

François Bugingo est membre de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, dont le Guide de déontologie stipule que «les journalistes ont l'obligation de s'assurer de la véracité des faits qu'ils rapportent au terme d'un rigoureux travail de collecte et de vérification des informations».

Dans son blogue au Journal de Montréal, le 19 janvier 2015, François Bugingo condamne un «grave délit de mensonge ou de fabulation» commis par la chaîne américaine Fox News, estimant qu'il était du «devoir professionnel et éthique» des médias de dénoncer ces dérives. «Il en va de notre crédibilité auprès de nos publics», écrit-il, avant de conclure : 

«Dans les guerres et autres tragédies du monde, la vérité est la première victime, a-t-on souvent dit. Il serait dramatique que ceux qui se disent défenseurs de cette vérité (et Dieu sait si nombre de nos collègues sont morts en recherchant la vérité) contribuent à son enterrement.» 

À la suite de notre enquête, plusieurs lecteurs nous ont demandé ce qui l'avait déclenchée. Depuis plusieurs mois, les écrits de François Bugingo suscitaient de sérieux doutes chez bon nombre de collègues journalistes. Mais c'est la publication de cette interview avec Saïf al-Islam qui a été le véritable élément déclencheur.

François Bugingo prétend être resté deux jours en Libye en juillet 2012. C'est lors de ce voyage qu'il aurait par ailleurs été témoin de l'exécution d'un tortionnaire de l'ancien régime à Misrata - une expérience qu'il a décrite comme «l'un des moments les plus douloureux» de sa carrière, dans son blogue au Journal de Montréal, mais qu'il nie lui-même, désormais, avoir vécue.

Au cours du même voyage éclair, le reporter serait aussi allé à Benghazi, selon ce qu'il a écrit sur son compte Twitter, le 17 juillet 2012: «Voir Benghazi (Libye) sans se cacher, un rêve de gosse en réalisation. Magique.»

En entrevue, François Bugingo nous a dit être entré en Libye en passant par l'Égypte. Il se serait attardé dans la capitale, Tripoli, où son contact devait rencontrer «un paquet de gens». Mais il ne pouvait rester plus de deux jours, puisqu'il avait un tournage en Israël pour la chaîne Évasion.

«On est arrivé à la frontière égyptienne, on est rentré par là, et on a pris la voiture jusqu'à Tripoli, et ensuite on est allé à Zintan», a expliqué François Bugingo, précisant avoir quitté le pays par l'Égypte.

Nous avons fait le calcul: de la frontière égyptienne à Zintan, en passant par Benghazi, il y a 1790 kilomètres. En voiture, il faut compter 44 heures de route pour faire l'aller-retour (sans passer par Benghazi au retour), soit 3 340 kilomètres. Autrement dit, le journaliste aurait passé la quasi-totalité de son voyage de deux jours sur la route.

Aussi, si François Bugingo a rencontré Saïf al-Islam en juillet 2012, pourquoi a-t-il attendu trois ans avant de le mentionner dans l'avant-dernier paragraphe d'une chronique?

Il nous a répondu qu'il n'avait pas encore de tribune au Journal de Montréal, au 98,5 FM et à TVA.

François Bugingo était pourtant déjà une figure médiatique bien établie à l'époque. Une entrevue exclusive avec Saïf al-Islam n'aurait-elle pas trouvé preneur parmi les médias du Québec ou d'ailleurs? «Ce n'était pas une entrevue, a-t-il rétorqué. C'était une conversation.»

Invité à donner à nouveau sa version des faits, François Bugingo ne nous a pas rappelé.

- Avec la collaboration de Mathieu Galtier à Tripoli

 

Réaction de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ)

 
 

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a elle aussi réagi au reportage, se disant « très préoccupée » par les informations révélées par La Presse.

«Les faits rapportés à propos de M. Bugingo, un membre de la FPJQ, sont très sérieux, car ils ont le potentiel d'entacher la crédibilité de la profession journalistique», a écrit la Fédération dans un communiqué.

«L'article fait état de reportages fabriqués et de faits inventés, de façon récurrente, sur plusieurs années»
, a aussi indiqué la FPJQ.

« Compte tenu de la gravité et du caractère systémique des fautes reprochées, l'exécutif de la FPJQ a décidé de mettre en oeuvre une procédure prévue dans ses règlements et d'inviter Monsieur Bugingo à s'expliquer.»

En entrevue à La Presse, la directrice générale de la FPJQ, Caroline Locher, a expliqué que l'exécutif de la Fédération enverra une convocation officielle à François Bugingo en début de semaine du 25 mai 2015. S'en suivra une audition, au cours de laquelle le journaliste sera invité à donner sa version des faits et à répondre aux allégations qui le visent.

Sur sa page Facebook, François Bugingo a écrit avoir l'intention de défendre son intégrité «en temps et lieux, ainsi qu'aux instances concernées». La FPJQ ne lui avait pas encore parlé au moment de nous accorder une entrevue, samedi le 23 mai 2015.

La décision concernant la sanction à imposer au journaliste (qui peut aller de la suspension temporaire à l'expulsion), sera prise par le conseil d'administration de la FPJQ.

Celui-ci est formé de 13 journalistes provenant de divers médias et de différentes régions du Québec.

«C'est déjà arrivé que la FPJQ révoque le statut d'un membre pour des questions de conflit d'intérêts», a affirmé Caroline Locher.

«Mais je n'ai pas de souvenir qu'un cas comme celui-ci est déjà arrivé», a-t-elle ajouté.

Caroline Locher a qualifié le cas de François Bugingo d'«extrêmement rare» et d'«extrêmement grave».

«Le fait qu'il y ait une récurrence, que ce ne soit pas juste une erreur qui a ensuite été corrigée, ça ajoute à la gravité », a-t-elle souligné.

«L'information exacte est une des garanties les plus importantes de la démocratie », a-t-elle déclaré également. « On se bat pour l'accès à de l'information véridique et vraie, alors on ne peut qu'exiger la même chose de nos membres.» L'exigence, aussi, s'applique à l'ensemble des membres, qu'ils soient journalistes ou chroniqueurs, a-t-elle rappelé.

«La chronique et le journalisme d'opinion doivent aussi être basés sur des faits, et on doit les vérifier», a-t-elle tranché.

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a confirmé par communiqué avoir reçu par la poste la carte du chroniqueur international. Elle était accompagnée d'une lettre dans laquelle «M. Bugingo a reconnu sans réserve ses erreurs et le tort qu'il a pu causer à la profession».

Le processus prévu dans les règlements généraux de la FPJQ, qui pouvait mener au retrait de la carte de presse du journaliste, a donc pris fin au même moment. L'organisation a confirmé que celui-ci «n'est plus membre» de la FPJQ.

La fédération ferait aussi bien d'en profiter et faire le ménage. Je suggère de révoquer les pires exemples de journalistes qui par leur présence dans les médias ont permis à Bugingo de croire qu'il s'en tirerait comme eux. Mais lui n'est pas blanc et québécois d'origine comme eux. Ce qui n'excuse en rien son geste, mais peut-être ce qui explique pourquoi c'est le premier qui passe vraiment à la trappe. Les autres sévissent depuis des années et très peu de gestes n'ont été posés pour les obliger à suivre les règles de la FPJQ. À moins qu'ils ne soient pas membres?

Pour ne pas trop leur en mettre sur les bras, je suggère quelques noms seulement,  la fédération devrait enquêter et sanctionner Jean-Jacques Samson ( 02 ) du Journal de Québec pour avoir menti et ne pas avoir vérifié les faits, tel que le rappelle le blâme posé par le Conseil de Presse le 6 décembre 2013, et Bertrand Tremblay pour avoir menti dans une de ses chroniques au journal le Quotidien du Saguenay/Lac-Saint-Jean. ( 03 )

Quant aux animateurs de CHOI, Radio X ( 04 ) et autres insignifiants patentés, ce ne sont pas des journalistes, mais des amuseurs publics qui devraient être retirés des ondes pour raison de propagande haineuse de classe et partage d'information appuyée sur aucune recherche sérieuse. Ils devraient être accusés de torture de l'information!


Commentaire de
JosPublic

 

Les employeurs de Bugingo coupent les liens

 
 

Les employeurs du reporter François Bugingo ont annoncé depuis le 23 mai 2015, la suspension de leurs collaborations avec le journaliste. La direction du 98,5 FM (COGECO Inc.), de même que le Groupe Média de Québecor Inc, qui inclut TVA Nouvelles, le Journal de Montréal et le Journal de Québec, ont choisi de suspendre le collaborateur

La chaîne MAtv, qui devait présenter une émission sur le multiculturalisme dans laquelle François Bugingo agissait comme mentor, a quant à elle choisi de remplacer l'épisode par un autre, à propos de l'environnement, celui-là. «Cette décision a été prise par la direction pour des raisons exceptionnelles», a annoncé la station de télévision.

François Bugingo, ancien président de Reporters sans frontières Canada et ancien animateur et rédacteur en chef de la "course Évasion autour du monde", entre autres, collaborait au bulletin télévisé Le TVA 22 h, en plus de tenir une chronique quotidienne sur les affaires internationales à la radio du 98,5 FM et d'alimenter un blogue et une chronique au Journal de Montréal.

Dans un communiqué, la direction de Groupe Média a dit des allégations envers son collaborateur qu'elles étaient «importantes et prises au sérieux».

«La collaboration avec M. Bugingo est donc suspendue jusqu'à ce que des vérifications soient faites. La direction tient à préciser que M. Bugingo n'est pas un employé du Groupe Média, mais bien un collaborateur», a écrit Groupe Média, qui englobe le secteur dédié aux médias de divertissement et d'information au sein de Québecor Média et de Groupe TVA.

La direction du 98,5 FM a envoyé un document semblable, dans lequel elle a annoncé suspendre «jusqu'à nouvel ordre les collaborations avec le chroniqueur, le temps de faire la lumière sur ces évènements».

L'animateur Benoit Dutrizac, dont l'émission Dutrizac, l'après-midi comprend une chronique quotidienne de François Bugingo, n'a pas souhaité commenter la nouvelle.

«Ma réaction et mes commentaires lundi à l'émission», a-t-il seulement écrit, sur Twitter.

 
 
 
 
 
 
 

Le 25 mai 2015, le Groupe Média (Québecor inc), a annoncé qu'il mettait définitivement fin à sa collaboration avec François Bugingo. Le journaliste chroniqueur n'a pas réussi à convaincre ses employeurs de son intégrité.

«Le Groupe a pris cette décision après avoir rencontré M. Bugingo ce matin, en compagnie de son avocate, au sujet des allégations sérieuses dévoilées au cours des derniers jours», a-t-on indiqué par communiqué.

«M. Bugingo a été informé lundi en fin d'après-midi de la décision du Groupe», a ajouté la filiale de Québecor.

 

L'intérêt public de divulguer la supercherie

 
 

Maisons d'enseignement: Une histoire qui fera école

Pour le chercheur en éthique du journalisme et professeur à l'Université d'Ottawa Marc-François Bernier, cette affaire n'est pas unique dans le monde, mais va faire école au Canada.

« Je ne me souviens pas d'un cas aussi important au Canada. C'est quelque chose qui va marquer l'histoire du journalisme et qui va servir dans les salles de classe. »

Ce qu'il faut en retenir maintenant, estime-t-il, c'est l'importance pour les médias de faire enquête dès qu'ils sont informés d'irrégularités. « C'est inquiétant dans le sens que peut-être qu'il y a eu des indications qui n'ont pas été prises au sérieux par le passé par certains médias », ajoute-t-il.

Selon M. Bernier, quoi que dise maintenant François Bugingo, le mal est fait. « Visiblement sa carrière est terminée à titre de journaliste au Québec », dit-il. 

Marie-Ève Carignan, professeure adjointe au département des lettres et communications de l'Université de Sherbrooke, admet avoir été étonnée d'apprendre la nouvelle samedi. « Ce qui est surprenant, c'est que ce n'est pas sorti plus tôt », note-t-elle au passage.

« Les employeurs aujourd'hui doivent voir comment on peut améliorer ces processus-là pour s'assurer que ça n'arrive pas », ajoute-t-elle.

«

Ça ébranle tous les médias, parce qu'il [François Bugingo] a été sur des tribunes très reconnues, dont de grands médias partout au Québec. Alors, ça ébranle ces médias-là. C'est l'ensemble de la profession qui doit défendre aujourd'hui la crédibilité de la profession.      — Marie-Ève Carignan

»

« Ce qui était particulièrement difficile peut-être dans le cas de M. Bugingo, c'est qu'il donnait son opinion, donc souvent il donnait son opinion sur des faits. Alors parfois, on a l'impression que c'est un journaliste qui est peut-être un peu plus libre », souligne en outre Mme Carignan.

« Mais n'empêche qu'un journaliste d'opinion, tout comme un journaliste d'information, se doit de reposer sur de l'information qui est factuelle, qui est factuelle, qui est vérifiée et vérifiable. »

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard ( 05 ), lui-même fin praticien de la langue de bois, une technique qui s'apparente au mensonge, a lui aussi jugé la situation « préoccupante ».

« Je trouve ça surprenant que, dans un réseau médiatique sérieux, on puisse apparemment - car il faut que ce soit démontré - monter de toutes pièces des reportages et des histoires sur l'actualité internationale », a-t-il ajouté.

Des doutes dans le milieu journalistique

Anne-Marie Dussault, animatrice de l'émission 24|60 sur ICI RDI, a travaillé pendant deux ans avec François Bugingo.

Il était recherchiste et chroniqueur à l'émission Points chauds, à Télé-Québec, qu'elle animait.

« Déjà, certains de ses récits paraissaient invraisemblables, exagérés, mais sans plus », a déclaré la journaliste, alors qu'elle recevait sur son plateau Isabelle Hachey et l'ex-directeur de l'information à Radio-Canada, Alain Saulnier.

M. Saulnier, aujourd'hui professeur de journalisme à l'Université de Montréal, a affirmé de son côté avoir eu vent de certaines rumeurs au sujet de François Bugingo.

«

Dans la profession, il y a quelques personnes qui avaient des doutes, et ça se parlait depuis un certain temps
                              — L'ex-directeur de l'information à Radio-Canada
                                               
Alain Saulnier

»

Pour M. Saulnier, l'ensemble du monde journalistique est malmené par ce genre d'histoires. Le cas de Bugingo, ou encore celui de Roger Auque, ex-collaborateur de Radio-Canada qui révélait dans ses mémoires posthumes avoir été un agent du Mossad ( 06 ), prouvent l'importance d'avoir à la fois des journalistes crédibles, et la capacité de vérifier leur fiabilité.

Or, selon lui, ce n'est pas chose facile de vérifier la crédibilité de tous les journalistes avec qui un service d'information fait affaire à travers le monde.

Pas de doute sur l'intérêt public pour Isabelle Hachey

La journaliste d'enquête Isabelle Hachey est celle qui a signé les articles sur François Bugingo dans La Presse. Pour elle, nul doute : après avoir enquêté un mois sur l'affaire, elle est convaincue qu'il était d'intérêt public de la publier, le public ayant été trompé par M. Bugingo.

« Je pense que c'est notre devoir en tant que journaliste d'enquêter sur des gens, peu importe ce qu'ils font dans la vie. Je ne vois pas pourquoi on s'empêcherait de faire une enquête sur un journaliste, on le fait bien avec des entrepreneurs - on l'a fait beaucoup avec des entrepreneurs - on l'a fait avec des politiciens, on l'a fait avec des avocats, on l'a fait avec des médecins. Je pense que c'était assez indubitable que cette enquête-là était d'intérêt public », a-t-elle expliqué à Radio-Canada.

Isabelle Hachey affirme que lors de la longue entrevue qu'elle a réalisée avec François Bugingo le 15 mai dernier, jamais il n'a directement dit avoir menti.

« Il n'a jamais dit : " J'admets que c'est faux ". Il n'a jamais dit cela. Mais il s'est contredit énormément sur certains points par rapport à ce qu'il avait écrit, à ce qu'il avait dit en ondes publiquement. » — La journaliste d'enquête Isabelle Hachey.

Que répond la journaliste aux tenants de la « théorie du complot », qui avancent que l'histoire a été publiée pour faire mal à un média concurrent, nommément Québecor?

Pour Isabelle Hachey, ce genre d'accusation est « inévitable » lorsqu'une telle histoire est publiée. « D'un autre côté, c'était quoi la solution? C'était de ne pas écrire, de ne pas enquêter parce que c'est nos concurrents et on a peur de se faire attaquer? », souligne-t-elle.

Finalement, la journaliste de La Presse a tenu à souligner que l'idée de cette enquête venait d'elle, et qu'il ne s'agissait aucunement d'une « commande » de ses patrons de La Presse.

 

«C'est une bombe» - Benoît Dutrizac

 
 

Dutrizac furieux et triste

Lors de son émission lundi, Benoit Dutrizac s'est dit «dépassé» par les événements. Il s'est montré furieux que son ancien collaborateur lui ait menti.

«Toute la fin de semaine, j'ai été hors de moi, en partie à cause de François, en partie à cause des charognards qui se sont jetés sur lui alors qu'il était déjà à terre. Vraiment, tout ça me dégoûte, a-t-il affirmé. Bugingo nous met dans l'embarras. J'étais fier de vous présenter une chronique de nouvelles internationales, c'est tout», a-t-il ajouté.

François Bugingo commentait tous les jours de la semaine l'actualité internationale lors de son émission. Il affirme que le chroniqueur l'avait avisé qu'un article de cette nature était en préparation, mais affirmait qu'il n'avait rien à se reprocher.

« Quand tu as de l'affection pour quelqu'un qui te répond comme ça, tu tends à détourner le regard », a dit Benoît Dutrizac pendant son émission, ajoutant - visiblement ému - que son « ami » ne pouvait plus avoir sa place à l'émission.

«

Je suis furieux qu'un ami m'ait menti       — Benoît Dutrizac

»

BenoÎt Dutrizac a commenté l'affaire Bugingo pour la première fois le 25 mai 2015. «Sacré lundi. Toute une fin de semaine, je peux vous le dire», a dit d'emblée Dutrizac.

«C'est une bombe. C'est un collaborateur, un ami, a ajouté Dutrizac. Je tiens à dire que Bugingo n'a pas violé personne, n'a pas extorqué personne. Et je ne suis pas mandaté par Bugingo pour le défendre

«Je trouve que votre travail est pas mal irréprochable», a aussi dit l'animateur à la journaliste Isabelle Hachey. Cette dernière est l'auteure des révélations faites au sujet de François Bugingo. Elle était l'invitée de Benoît Dutrizac à midi le 25 mai 2015.

L'animateur a cependant déploré que la version de François Bugingo n'ait pas été davantage mise de l'avant. Isabelle Hachey a indiqué s'être entretenue pendant plus d'une heure avec François Bugingo avant la publication de ses reportages. Dutrizac a suggéré qu'il aurait peut-être été bon de rendre disponible «le verbatim intégral» de cet entretien.

Au retour de la pause, l'animateur est revenu sur l'histoire. Voici une transcription de son propos:

«On est tous ébranlés. Je ne crois pas au complot, à une guerre des médias.

Moi j’ai marché droit toute ma vie, j’ai refusé des privilèges, des invitations. J’ai passé la fin de semaine furieux. C’est pour ça que je n’ai rien dit de la fin de semaine. On ne peut pas dire qu’il y avait des doutes ici, il y avait des sourcillements. On est pas en mesure de vous dire ce qui est vrai et ce qui est faux. On le savait que l’article s’en venait. François nous en avait parlé un peu. Il a tout nié. Il nie toujours. Quand t’as de l’affection pour quelqu’un et qu’il te répond comme ça. Tu tends à tourner de regard. Il était avec nous pour "commenter" les nouvelles internationales et il le faisait très bien. Toute la fin de semaine j’ai été hors de moi. En partie à cause de François, en partie à cause des charognards qui s’acharnaient sur lui. C’est tout.» 

 

Affaire Bugingo : difficile « de se prémunir à 100 % »
dit le patron de l'info à la Société Radio-Canada

 
 

Malgré toutes les mesures mises en place par Radio-Canada pour s'assurer que les reportages internationaux qu'elle diffuse sont basés sur des faits vérifiés et vérifiables, « on ne peut pas se prémunir à mille pour cent » contre des journalistes malhonnêtes qui « trafiquent la vérité », affirme le directeur général de l'information de la société d'État, Michel Cormier.

Dans des entrevues, M. Cormier a réagi aux allégations diffusées par La Presse, selon lesquelles François Bugingo a diffusé des faussetés dans des interventions faites sur les ondes de différents médias. M. Bugingo, qui travaillait pour TVA, le 98,5 FM et le Journal de Montréal, a aussi collaboré avec Radio-Canada dans le passé.

« On ne sait pas ce qui s'est passé. On attend toujours la réaction de M. Bugingo », rappelle d'entrée de jeu M. Cormier. Il admet cependant du même souffle « qu'on n'est jamais à l'abri de gens qui vont dire des faussetés à l'antenne ».

« Nous, à Radio-Canada, on a un code de déontologie, des normes et pratiques très sévères qu'on impose à nos journalistes. On prend toutes les mesures possibles pour éviter ce genre de choses », rappelle-t-il.

« Dans notre cas, il est difficile [...] de faire semblant d'être allé quelque part et de faire des reportages pour Radio-Canada. On fait de la télé, de la radio, du web. On demande aux journalistes de poser des photos d'où ils sont. Si on veut faire une interview avec quelqu'un, faut quand même l'avoir dans des caméras. Il y a quand même des garanties qui viennent avec le fait que c'est le médium qu'on utilise », ajoute-t-il.

« Chaque déplacement à l'étranger de nos journalistes d'ici et de nos correspondants, on les signe, on les contresigne, on fait des vérifications de sécurité », poursuit M. Cormier. « On vérifie même les gens avec qui on va travailler sur le terrain pour s'assurer que ce sont des gens qui sont fiables. Alors, il y a quand même beaucoup de mécanismes qui nous permettent d'éviter ce genre de dérapages. »

«

La seule chose qu'on a, comme journaliste, c'est notre crédibilité. Si on met ça en péril, on est fini      — Michel Cormier

»

Le directeur général de l'information souligne aussi que les politiques de Radio-Canada qui encadrent le recours aux pigistes lors de conflits à l'étranger constituent un garde-fou supplémentaire contre ce genre de situations.

« Nous, on a comme principe de ne pas utiliser des pigistes dans des zones de guerre auxquels on ne peut pas donner la même protection que nos propres journalistes. Donc, ça limite beaucoup le nombre de personnes qu'on utilise dans des zones difficiles où l'information est très difficile à vérifier », souligne-t-il.

M. Cormier reconnaît que « tout le monde dans les médias se sent vraiment mal » dans la foulée de cette « triste affaire », mais souligne que la « responsabilité fondamentale » incombera toujours au journaliste. « Quand on commet une faute grave, on n'est plus journaliste », observe-t-il.

Le patron de l'information à Radio-Canada rappelle que de grands médias américains ont aussi été « floués » par des gens, mais que cela demeure des « cas exceptionnels ».

Brian Williams  ( 07 )

Janet Cooke

Jayson Blair

En février 2015, la chaîne américaine NBC a suspendu son présentateur  du bulletin de nouvelles de soirée, Brian Williams, après qu'il eut admis avoir menti en racontant que l'hélicoptère dans lequel il se trouvait lors d'un reportage en Irak, en 2003, avait essuyé des tirs.

Les quotidiens américains de référence ont aussi déjà été pris au piège. Au début des années 80, la journaliste Janet Cooke du Washington Post a remis sa démission après qu'il eut été révélé qu'elle avait inventé une histoire pour laquelle elle avait d'ailleurs reçu un prestigieux prix Pulitzer. 

Un journaliste du New York Times, Jayson Blair, a aussi démissionné en avril 2003 après que ses patrons eurent réalisé qu'il avait plagié l'histoire d'un soldat américain tué en Irak. Une enquête subséquente a révélé qu'il avait en fait trafiqué plusieurs histoires. L'affaire a ébranlé la direction du quotidien. 

Albert Londres - journaliste et écrivain français

 
 

Bugingo au poteau
Extraits d'une chronique de Stéphane Baillargeon
Le Devoir - 25 mai 2015

 
 

Stéphane Baillargeon, analyste des médias, cite le grand journaliste Albert Londres qui résume l’idéal du journalisme par cette célèbre formule : « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »

Une enquête journalistique sur les apparentes fautes professionnelles d’un journaliste émérite a blessé mortellement sa réputation. Elle n’a pas cherché à faire plaisir non plus qu’à faire du tort : elle a passé le clavier dans la meurtrissure et révélé des choses qui ne pouvaient, qui ne devaient plus rester cachées.

Ces révélations portent en plus un dur coup à la réputation d’une profession qui ne nage déjà pas dans les surplus de sympathies populaires. Mettons que le journalisme québécois doit être encore descendu de quelques barreaux dans l’échelle des métiers les plus méprisés pour se situer maintenant quelque part entre l’ingénieur ou le maire présumés crosseurs.

On peut à peine forcer le trait en se disant que cette histoire rappelle aussi en filigrane la faiblesse de la couverture internationale dans les médias québécois. M. Bugingo en était un des rares spécialistes.  Il pouvait bien faire croire ce qu’il voulait sans trop craindre que d’autres passent en même temps ou après lui pour vérifier. À beau mentir qui revient de loin, surtout à ceux qui n’y sont jamais allés et s’intéressent si peu à l’étranger, proche ou lointain.

La qualité du flou

La réponse est peut-être moins dans les défauts du système que dans la qualité du filou, beau parleur et habile menteur. Comparaison n’est pas raison. Seulement, plusieurs fautes peuvent quand même en excuser une nouvelle. Et ce ne sont pas les mauvais exemples qui manquent, dans de prestigieuses publications en plus, y compris le New York Times. Des savants de l’école de journalisme de l’Université Columbia ont récemment finement démonté un article du Rolling Stone Magazine bourré de faussetés rapportées de bonne foi par une journaliste émérite au sujet d’un prétendu viol collectif. Pourtant, la publication emploie des fact checkers (des vérificateurs de faits) ! 

Justement, le grand renversement est venu d’une pro de l’international qui s’y connaît et qui a expliqué avoir été intriguée par les prétentions du lascar réputé à force de les lui entendre répéter. Son instinct — c’est-à-dire son intelligence du métier appuyée sur une expérience concrète — lui laissait croire que quelque chose clochait. Mme Hachey a donc vérifié et contre-vérifié pendant des semaines. Et l’excellent journalisme a servi à déboulonner le pire… 

Albert Londres se disait aussi convaincu qu’« un journaliste n’est pas un enfant de choeur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de rose ». Ici, maintenant, un journaliste a peut-être été célébré pour les mauvaises raisons pendant des années. Sa dépréciation jusqu’à la déchéance totale, avec les bons arguments, vient probablement de commencer…

Sources: Journal La Presse pour Power Corporation du Canada; Ici Radio-Canada pour la Société CBC/Radio-Canada; Le Devoir pour SPEQ Le Devoir Inc. ; Agence de presse QMI pour Québecor inc.; Radio 98.5 pour COGECO Inc.

Choix de photos, fusion de textes, mise en page, références et titrage par : JosPublic
Publication : 27 mai 2015

Ci-dessous: des textes en lien direct avec le sujet:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes & Références encyclopédiques:

01

 

Entrevue avec Toke Argeschou du Danemark - Sur Le Journal de Montréal/Québec, le 19 février 2015

 

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02

 

Le chroniqueur Jean-Jacques Samson du journal de Québec blâmé par le Conseil de Presse et toujours en emploi - Sur MétéoPolitique

 

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03

 

Bertrand Tremblay accuse malicieusement Nicolas Mainville de Greenpeace - Sur MétéoPolitique

 

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04

 

  Victimes de la Radio-Poubelle en vidéo
Marc Grégoire, auteur principal. partie I

  Suite: 2ième épisode sur 5 en vidéo

  Suite: 3e épisode sur 5 en vidéo

  Suite: 4e épisode sur 5 en vidéo

  Suite: dernière épisode en vidéo

 

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05

 

À propos du Dr Philippe Couillard, spécialiste de la langue de bois - Sur MétéoPolitique

 

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06

 

Roger Auque, ex-collaborateur de Radio-Canada qui révélait dans ses mémoires posthumes avoir été un agent du Mossad - Sur Radio-Canada

 

Retour au texte

07

 

La NBC a suspendu son présentateur vedette Brian Williams pour avoir menti à propos de son expérience en IRAK - Sur Radio-Canada

 

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